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Histoire

Loyalistes au Bas-Canada

Les loyalistes sont des habitants des Treize Colonies demeurés fidèles à la Couronne britannique pendant la Révolution américaine (1775-1783) et réfugiés en Amérique du Nord britannique. Environ 2 000 d'entre eux se seraient établis sur le territoire actuel du Québec, notamment à Sorel, dans le Haut-Richelieu, autour de la baie Missisquoi et en Gaspésie. Leur présence a pesé sur la création du Bas-Canada en 1791 et sur l'ouverture des cantons, où s'est développé le régime de la propriété en franc et commun socage.

Définition et origines

Le terme loyaliste désigne les colons des Treize Colonies qui sont restés fidèles au roi de Grande-Bretagne pendant la Révolution américaine. Persécutés, dépossédés de leurs biens ou engagés dans des régiments provinciaux combattant aux côtés des troupes britanniques, plusieurs dizaines de milliers d'entre eux quittent les nouveaux États-Unis pendant et après la guerre, dont la fin est consacrée par le traité de Paris de 1783.

La majorité gagne la Nouvelle-Écosse et le territoire qui devient le Nouveau-Brunswick. Une autre partie se dirige vers la Province de Québec, alors régie par l'Acte de Québec de 1774, qui maintient le droit civil français et le régime seigneurial.

Le groupe loyaliste est hétérogène : il comprend des civils, d'anciens soldats démobilisés, des personnes noires libres ou réduites en esclavage, ainsi que des membres des Premières Nations alliés aux Britanniques, en particulier des Mohawks. En 1789, un décret du gouverneur Guy Carleton, lord Dorchester, autorise les loyalistes et leurs descendants à ajouter à leur nom les initiales « U.E. » (Unity of the Empire), d'où l'expression « loyalistes de l'Empire-Uni ».

Réfugiés dans la Province de Québec

Dès la fin des années 1770, des réfugiés affluent dans la vallée du Richelieu, voie naturelle entre la colonie de New York et le Saint-Laurent. Le gouverneur Frederick Haldimand organise leur accueil dans des camps où ils reçoivent rations et vêtements, notamment à Machiche (aujourd'hui Yamachiche), à Sorel et à Saint-Jean, sur le Richelieu.

Haldimand se montre réticent à les établir le long de la frontière avec les États-Unis, par crainte d'incidents avec les Américains, et à proximité des seigneuries canadiennes. Il oriente donc la plupart d'entre eux vers les terres situées à l'ouest de la rivière des Outaouais, sur le haut Saint-Laurent et autour de la baie de Quinte, territoire qui devient plus tard le Haut-Canada.

Une minorité demeure néanmoins dans la partie de la province qui correspond au Québec actuel. Les estimations courantes situent ce nombre autour de 2 000 personnes, réparties entre quelques foyers de peuplement. Les listes de ravitaillement et les rôles d'appel conservés par Bibliothèque et Archives Canada permettent de suivre une partie de ces familles et des soldats démobilisés.

Principaux établissements

Sorel

La Couronne acquiert la seigneurie de Sorel au début des années 1780 afin d'y installer des loyalistes et des militaires licenciés. La localité, à l'embouchure du Richelieu, devient l'un des premiers noyaux anglophones et protestants hors de Québec et de Montréal.

Haut-Richelieu et baie Missisquoi

Des familles s'installent sur les rives du haut Richelieu et autour de la baie Missisquoi, dans des seigneuries proches de la frontière, malgré les réserves des autorités. Ces établissements constituent un pont vers le peuplement ultérieur des Cantons-de-l'Est.

Gaspésie

En 1784, des groupes de loyalistes sont dirigés vers la péninsule gaspésienne. Ils se fixent notamment sur la rive nord de la baie des Chaleurs, où naît New Carlisle, ainsi que dans le secteur de Gaspé, à Douglastown. Ces communautés, vivant d'agriculture et de pêche, s'ajoutent aux populations acadienne, canadienne et micmaque déjà présentes et à la présence commerciale britannique liée à la morue.

Montréal et Québec

Certains officiers et notables, comme sir John Johnson, chef du King's Royal Regiment of New York, s'établissent dans les villes ou acquièrent des terres, et prennent part à la vie politique et marchande de la colonie.

Influence politique et Acte constitutionnel de 1791

Habitués aux institutions des colonies anglo-américaines, les loyalistes réclament une assemblée représentative, l'application du droit anglais et la tenure des terres en franc et commun socage plutôt que la concession seigneuriale. Leurs pétitions rejoignent celles des marchands britanniques de Québec et de Montréal.

La présence d'une population anglophone et protestante importante à l'ouest de la colonie contribue à la décision de Londres de diviser la Province de Québec. L'Acte constitutionnel de 1791 crée deux provinces :

ProvinceCaractéristiques
Haut-CanadaMajorité loyaliste anglophone, droit anglais, tenure en franc et commun socage
Bas-CanadaMajorité canadienne-française et catholique, maintien du droit civil français et des seigneuries existantes

Chacune obtient une chambre d'assemblée élue. Au Bas-Canada, les terres non concédées en seigneurie peuvent désormais être divisées en cantons et octroyées en franc et commun socage, ce qui répond à une revendication loyaliste.

Les cantons et le peuplement des Cantons-de-l'Est

En 1792, une proclamation ouvre à la colonisation les terres de la Couronne situées hors des seigneuries du Bas-Canada. Les cantons sont concédés selon le système dit « des chefs et associés » : un chef de canton réunit un groupe d'associés, obtient l'octroi et répartit ensuite les terres. Le premier canton officiellement concédé est celui de Dunham, en 1796.

Les premiers colons du territoire qui forme aujourd'hui les Cantons-de-l'Est comptent des loyalistes déjà installés près de la baie Missisquoi et dans le Haut-Richelieu. Toutefois, la plus grande partie des arrivants des années 1790 et 1800 sont des migrants venus de la Nouvelle-Angleterre, en particulier du Vermont, attirés par les terres disponibles plutôt que par la fidélité politique ; l'historiographie les qualifie parfois de « loyalistes tardifs ».

Le régime des cantons, distinct du régime seigneurial, façonne le paysage rural de la région : lots rectangulaires, villages organisés autour d'églises protestantes et d'écoles, et toponymie largement anglaise. Cette empreinte anglophone domine la région jusqu'à l'arrivée massive de Canadiens français dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Loyalistes noirs et autochtones

La catégorie loyaliste englobe des groupes aux statuts très différents. Des personnes noires ayant rejoint les lignes britanniques en échange de la promesse de leur liberté figurent parmi les réfugiés, tandis que certains loyalistes blancs amènent avec eux des personnes qu'ils tiennent en esclavage. Ces arrivées s'inscrivent dans l'histoire de l'esclavage dans la colonie, pratiqué depuis le Régime français et qui décline au tournant du XIXe siècle avant son abolition dans l'Empire britannique en 1834.

Des Mohawks de la vallée de la Mohawk, alliés de la Couronne, séjournent également dans la vallée du Saint-Laurent pendant et après la guerre. La plupart s'établissent ensuite sur des terres accordées dans le futur Haut-Canada, notamment le long de la rivière Grand et à la baie de Quinte.

Les fonds de Bibliothèque et Archives Canada comprennent des documents relatifs aux loyalistes noirs et aux familles établies au Québec, qui servent aujourd'hui à la recherche historique et généalogique.

Acception politique au XIXe siècle et mémoire

Au XIXe siècle, le mot « loyaliste » prend au Bas-Canada un sens politique plus large. Il désigne les Britanniques et leurs descendants, ainsi que certains Canadiens, qui se mobilisent pour défendre les institutions britanniques, notamment face au mouvement patriote lors des Rébellions de 1837-1838. Des corps de volontaires et des associations dites loyales se forment alors à Montréal et dans les Cantons-de-l'Est. Cette acception doit être distinguée de celle des réfugiés de la Révolution américaine, même si les deux se recoupent dans certaines familles.

La mémoire loyaliste demeure présente au Québec à travers le patrimoine bâti et religieux de Sorel, des Cantons-de-l'Est et de la baie des Chaleurs, ainsi que par la toponymie. L'Association des Loyalistes de l'Empire-Uni du Canada, qui compte des sections au Québec, se consacre à la généalogie et à la commémoration. Les chercheurs disposent des listes de ravitaillement, des rôles d'appel et des réclamations d'indemnisation conservés par Bibliothèque et Archives Canada.

Sources

  1. L'Encyclopédie canadienne, « Loyalistes au Canada »
  2. Bibliothèque et Archives Canada, « Loyalistes »
  3. Service national du RÉCIT de l'univers social, « Les Loyalistes » (Nouvelle-France 1745 et Bas-Canada 1820)
  4. Service national du RÉCIT de l'univers social, « Le Bas-Canada vers 1820 : les Loyalistes »
  5. Service national du RÉCIT de l'univers social, « Les Loyalistes » (Bas-Canada 1820 et Québec 1905)
  6. Clairandrée Cauchy, « Les loyalistes et les Rébellions de 1837-38 »
  7. Wikipédia, « Loyaliste »
  8. Dictionnaire biographique du Canada (notices de Frederick Haldimand et de sir John Johnson)
  9. Savoirs.Québec, fiche du registre éditorial « Loyalistes au Bas-Canada »

Recherche documentaire

Références recueillies lors de la recherche web du dossier, en complément des sources citées dans le texte.

  1. Histoire du Canada (1763–1867) — Wikipédia
  2. Souverainisme au Québec — Wikipédia
  3. [PDF] CLASSE FC CADRE DE CLASSIFICATION DE L'HISTOIRE DU ...

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5

Mots-clés : loyalistes, révolution américaine, bas-canada, acte constitutionnel de 1791, cantons-de-l'est, gaspésie, sorel, régime des cantons, frederick haldimand

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