Description
Le monument est l'œuvre d'Alfred Laliberté (1878-1953), sculpteur né à Sainte-Élisabeth-de-Warwick, dans le Centre-du-Québec, et auteur de nombreux monuments publics au Québec au cours de la première moitié du XXe siècle.
L'ensemble se compose d'un piédestal surmonté d'une figure allégorique féminine. Elle est désignée comme la « Liberté aux ailes brisées ». Cette figure ailée est représentée agenouillée, ses chaînes rompues. Elle évoque à la fois l'idéal de liberté porté par les patriotes et l'échec militaire des insurrections.
Le piédestal porte les noms des douze patriotes exécutés à la prison du Pied-du-Courant. Des médaillons de bronze présentent les effigies de trois figures associées aux Rébellions :
- Chevalier de Lorimier, notaire et patriote pendu le 15 février 1839 ;
- Louis-Joseph Papineau, chef du Parti patriote et président de la Chambre d'assemblée du Bas-Canada ;
- Wolfred Nelson, médecin et commandant des patriotes victorieux à Saint-Denis en novembre 1837.
Le choix de ces trois personnages associe la direction politique du mouvement, son volet militaire et ses victimes. Il ne retient pas seulement les condamnés à mort.
Historique
Souscription et inauguration (1923-1926)
Un comité a mené le projet d'érection par souscription populaire. De 1923 à 1926, il a recueilli environ 20 000 $. Le monument a été inauguré le 24 juin 1926, jour de la Saint-Jean-Baptiste, fête patronale des Canadiens français. Ce choix inscrit la commémoration des patriotes dans l'affirmation nationale canadienne-française de l'entre-deux-guerres.
Le monument a d'abord été installé à l'angle des rues Notre-Dame et De Lorimier, à proximité immédiate de la prison du Pied-du-Courant.
Déplacement (1993)
En 1993, le monument a été déplacé vers le site de l'ancienne prison. Ce déplacement visait à le rapprocher de l'emplacement approximatif des pendaisons. Le lieu où il se dresse est aujourd'hui désigné sous le nom de place des Patriotes. Ce toponyme est consigné par la Ville de Montréal et par la Commission de toponymie du Québec.
Les douze patriotes commémorés
Après l'échec du soulèvement de novembre 1838, les autorités britanniques ont fait juger de nombreux insurgés par un conseil de guerre. Douze condamnés ont été pendus devant la prison du Pied-du-Courant, à Montréal, entre décembre 1838 et février 1839.
| Date de l'exécution | Patriotes pendus |
|---|---|
| 21 décembre 1838 | Joseph-Narcisse Cardinal, Joseph Duquet |
| 18 janvier 1839 | Pierre-Théophile Decoigne, François-Xavier Hamelin, Joseph-Jacques Robert, Ambroise Sanguinet, Charles Sanguinet |
| 15 février 1839 | Chevalier de Lorimier, Charles Hindenlang, Amable Daunais, François Nicolas, Pierre-Rémi Narbonne |
D'autres condamnés ont été déportés en Australie. Ces exécutions ont profondément marqué la mémoire collective canadienne-française. Le nom de ces hommes figure sur le piédestal du monument de Laliberté.
La lettre écrite par Chevalier de Lorimier à la veille de son exécution est devenue l'un des textes les plus cités de l'historiographie des Rébellions. Elle explique la place particulière qu'occupe ce patriote dans l'iconographie du monument.
Le site de la prison du Pied-du-Courant
La prison du Pied-du-Courant est un bâtiment de pierre érigé dans les années 1830 en bordure du fleuve Saint-Laurent, dans l'est du Montréal de l'époque. Après les rébellions de 1837 et de 1838, elle a servi à incarcérer de nombreux patriotes. Les douze pendaisons ont eu lieu sur ce site.
Le bâtiment est classé immeuble patrimonial depuis 1978, en vertu de la législation québécoise sur les biens culturels. Il figure au Répertoire du patrimoine culturel du Québec sous le nom de Prison des Patriotes-au-Pied-du-Courant. Il abrite le siège social de la Société des alcools du Québec.
Depuis 2003, un centre d'interprétation consacré aux patriotes est installé dans une partie de l'ancienne prison. Il présente l'histoire des Rébellions, de l'incarcération des insurgés et des exécutions. L'ancienne prison, le centre d'interprétation et le monument de Laliberté forment ainsi un ensemble commémoratif cohérent, à proximité de la tête du pont Jacques-Cartier.
Autres lieux de mémoire
Le monument de 1926 ne constitue pas le premier hommage monumental rendu aux patriotes à Montréal. Au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, sur le mont Royal, un monument distinct a d'abord été appelé « monument aux Victimes politiques de 1837-1838 ». Il a été inauguré en 1858 et achevé en 1866. Selon le Répertoire du patrimoine culturel du Québec, il s'agirait du premier monument érigé en l'honneur des patriotes.
Les pendaisons de la prison du Pied-du-Courant sont également inscrites au Répertoire du patrimoine culturel du Québec à titre d'événement historique. Cette reconnaissance associe la valeur commémorative du site à celle des faits qui s'y sont produits.
Ailleurs au Québec, la mémoire des Rébellions s'attache surtout aux lieux de combat de la vallée du Richelieu et du comté des Deux-Montagnes. Ces lieux comprennent Saint-Denis-sur-Richelieu, Saint-Charles-sur-Richelieu et Saint-Eustache. Ils accueillent à leur tour monuments, plaques et institutions muséales.
Place dans la mémoire collective
Le Monument aux Patriotes s'inscrit dans le vaste mouvement de commémoration de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Durant cette période, les élites et les associations canadiennes-françaises ont multiplié les monuments consacrés aux figures de l'histoire nationale. Son inauguration un 24 juin et son financement par souscription témoignent de cet ancrage populaire et patriotique.
La signification accordée aux Rébellions a évolué au fil du XXe siècle. D'abord célébrés comme des martyrs de la cause canadienne-française, les patriotes ont aussi été présentés comme des défenseurs du gouvernement responsable et des libertés démocratiques. Le mouvement nationaliste québécois a par ailleurs revendiqué leur héritage.
Depuis 2002, le gouvernement du Québec souligne la Journée nationale des patriotes, fixée au lundi qui précède le 25 mai. Elle reconnaît l'importance de la lutte des patriotes de 1837-1838. Les lieux associés aux exécutions de Montréal, dont la prison du Pied-du-Courant et son monument, figurent parmi les sites où se manifeste cette mémoire. Anciens Combattants Canada recense par ailleurs le monument dans son inventaire des monuments commémoratifs au Canada.