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Histoire

Nation micmaque au Québec

La nation micmaque (Mi’gmaq, Mi’kmaq ou L’nu, « les gens ») est un peuple autochtone de langue algonquienne dont le territoire ancestral s’étend de la péninsule gaspésienne aux provinces maritimes. Au Québec, elle compte trois communautés, toutes rattachées à la Gaspésie : Listuguj, Gesgapegiag et Gespeg. Le gouvernement du Québec en estime la population à environ 7 816 personnes. Présents sur les rives de la baie des Chaleurs lors des premiers contacts européens du XVIe siècle, les Micmacs ont traversé les régimes français et britannique avant d’affirmer, à partir de la fin du XXe siècle, leurs droits auprès des gouvernements du Québec et du Canada.

Dénomination et identité

Le terme français Micmac, au féminin Micmaque, est la forme consacrée par l’Office québécois de la langue française et les dictionnaires usuels. La nation se désigne elle-même par les noms Mi’gmaq (graphie employée au Québec, notamment à Listuguj et à Gesgapegiag) ou Mi’kmaq (graphie répandue dans les provinces maritimes). Le mot L’nu, au pluriel L’nu’k, signifie « les gens » ou « le peuple » dans la langue de la nation.

La langue micmaque appartient à la famille algonquienne, qui regroupe aussi, au Québec, les langues des Innus, des Cris, des Algonquins, des Atikamekw, des Abénakis et des Malécites. Elle demeure parlée dans les communautés gaspésiennes, à des degrés variables selon les générations.

Sur le plan identitaire, les Micmacs du Québec se rattachent à une nation plus vaste dont les membres vivent aussi au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse, à l’Île-du-Prince-Édouard, à Terre-Neuve et dans l’État du Maine. Le territoire national, appelé Mi’gma’gi, était traditionnellement divisé en districts. La Gaspésie et le nord du Nouveau-Brunswick forment le district de Gespe’gewa’gi, que les communautés présentent comme leur territoire ancestral. Cette notion relève de la perspective de la nation et se distingue des limites administratives des réserves et des ententes conclues avec les gouvernements.

Territoire et communautés

Les trois communautés micmaques du Québec se situent dans la région administrative de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine.

CommunautéAncienne désignationSituation
ListugujRestigoucheEmbouchure de la rivière Ristigouche, près de Pointe-à-la-Croix
GesgapegiagMariaEmbouchure de la rivière Cascapédia, près de Maria
Gespeg—Sans réserve ; membres établis notamment à Gaspé et à Montréal

Listuguj et Gesgapegiag disposent de réserves enclavées dans le territoire de la MRC d’Avignon, au fond de la baie des Chaleurs. Gespeg constitue une bande reconnue sans assise territoriale propre ; selon le gouvernement du Québec, elle compte environ 1 811 membres, dont une partie réside dans la région de Gaspé, au sein de la MRC de La Côte-de-Gaspé. La bande y exploite le Site d’interprétation Micmac de Gespeg, consacré à la culture et au mode de vie micmacs.

Le gouvernement du Québec estime à environ 7 816 le nombre total de Micmacs au Québec, chiffre qui englobe les résidents des communautés et les membres établis à l’extérieur. Une part importante de la population vit hors réserve.

En 2001, les trois communautés ont constitué le Secrétariat Mi’gmawei Mawiomi, organisme politique et administratif chargé des services communs, des partenariats et de la coordination des négociations menées au nom des Micmacs de Gespe’gewa’gi.

Mode de vie traditionnel et premiers contacts

Avant l’arrivée des Européens, les Micmacs pratiquaient un cycle saisonnier fondé sur l’exploitation des ressources côtières et forestières. Durant la belle saison, les groupes se rassemblaient sur le littoral et aux embouchures des rivières pour la pêche, la cueillette de mollusques et la chasse aux mammifères marins ; l’hiver, ils se dispersaient dans l’intérieur des terres pour chasser l’orignal, le caribou et d’autres animaux à fourrure. Le saumon, abondant dans les rivières de la baie des Chaleurs, occupait une place centrale dans l’alimentation et l’économie. Le canot d’écorce de bouleau assurait les déplacements sur les cours d’eau et le long des côtes.

Les Micmacs figurent parmi les premiers peuples d’Amérique du Nord à entrer en relation suivie avec les Européens. Les pêcheurs basques, bretons et normands fréquentaient déjà le golfe du Saint-Laurent lorsque Jacques Cartier, en juillet 1534, rencontra dans la baie des Chaleurs des Autochtones qui lui proposèrent d’échanger des fourrures, épisode généralement associé aux Micmacs. Ces échanges, d’abord occasionnels, ont progressivement intégré les Micmacs aux réseaux de la traite des fourrures et modifié leur économie, leur outillage et leurs alliances.

Les maladies introduites par les Européens ont par ailleurs provoqué, au cours des XVIe et XVIIe siècles, une baisse démographique importante dans l’ensemble du territoire micmac.

Régime français et conflits impériaux

Au XVIIe siècle, les Micmacs nouent avec les Français une alliance durable, renforcée par l’action missionnaire. Le baptême du chef Membertou à Port-Royal, en Acadie, en 1610, marque le début de la christianisation de la nation. En Gaspésie, les missionnaires récollets, dont Chrestien Le Clercq, actif dans la région à partir des années 1670, ont laissé des témoignages sur la vie des Micmacs ; Le Clercq en tire sa Nouvelle relation de la Gaspésie, publiée en 1691. On lui attribue aussi la diffusion d’un système d’écriture à caractères figuratifs servant à l’enseignement des prières, système que les Micmacs se sont approprié.

Le catholicisme devient un élément structurant de l’identité micmaque, sans effacer les institutions politiques propres à la nation, notamment le Grand Conseil réunissant les représentants des districts.

Au XVIIIe siècle, le territoire micmac se trouve au cœur des rivalités entre la France et la Grande-Bretagne. Alliés des Français et des Acadiens, les Micmacs participent aux conflits qui secouent l’Acadie et le golfe. Entre 1725 et 1779, la Couronne britannique conclut avec diverses communautés micmaques, malécites et passamaquoddys une série de traités de paix et d’amitié, qui ne prévoient pas de cession territoriale et dont la portée a été reconnue ultérieurement par les tribunaux canadiens.

En 1760, la bataille de la Ristigouche, livrée dans l’estuaire de la rivière, met fin aux derniers espoirs de secours français ; des réfugiés acadiens et des Micmacs se trouvaient alors rassemblés dans ce secteur.

Régime britannique et XIXe siècle

Après la Conquête, la Proclamation royale de 1763 reconnaît l’existence de terres réservées aux peuples autochtones et réserve à la Couronne le droit d’acquérir ces terres. Dans les faits, la colonisation de la Gaspésie s’accélère dans les décennies suivantes avec l’établissement d’Acadiens revenus après la Déportation, de loyalistes arrivés après 1783 et de pêcheurs venus des îles Anglo-Normandes. Cette pression réduit progressivement l’accès des Micmacs à leurs terres de chasse et à leurs lieux de pêche.

À la fin du XVIIIe siècle et au cours du XIXe siècle, les transformations socioéconomiques amènent de nombreux Micmacs à compléter les activités traditionnelles par le travail salarié, notamment dans l’exploitation forestière, la construction et la pêche commerciale. L’artisanat, dont la vannerie, constitue également une source de revenus.

Au milieu du XIXe siècle, des terres sont mises de côté à l’usage des Micmacs à Ristigouche et à Maria, en vertu de la législation adoptée dans le Bas-Canada puis dans la Province du Canada pour la constitution de réserves. Après la Confédération de 1867, les affaires autochtones relèvent du gouvernement fédéral, et la Loi sur les Indiens de 1876 encadre l’administration des bandes, l’appartenance et la gestion des terres de réserve. La mission de Sainte-Anne-de-Ristigouche demeure alors un lieu de rassemblement religieux important pour les Micmacs de la baie des Chaleurs.

XXe siècle et affirmation politique

Au XXe siècle, les communautés micmaques du Québec vivent, comme les autres Premières Nations, sous le régime de la Loi sur les Indiens, qui limite leur autonomie politique et économique. La seconde moitié du siècle est marquée par un mouvement d’affirmation qui se traduit par la reprise d’appellations micmaques : Restigouche devient Listuguj et Maria devient Gesgapegiag.

La question de la pêche au saumon dans la rivière Ristigouche constitue l’un des épisodes les plus marquants des relations entre les Micmacs et l’État québécois. En juin 1981, la Sûreté du Québec mène des interventions à Restigouche afin de faire appliquer la réglementation provinciale sur la pêche au saumon, que les Micmacs contestent au nom de leurs droits ancestraux. Ces événements ont eu un retentissement important et ont nourri la réflexion sur la reconnaissance des droits autochtones au Québec.

Le 20 mars 1985, l’Assemblée nationale adopte une motion reconnaissant l’existence des nations autochtones du Québec, dont la nation micmaque, ainsi que leurs droits. L’adoption de la Loi constitutionnelle de 1982, dont l’article 35 reconnaît et confirme les droits ancestraux et issus de traités, ainsi que la jurisprudence de la Cour suprême du Canada sur les traités de paix et d’amitié renforcent par la suite la position juridique des Micmacs dans leurs revendications relatives à la pêche et au territoire.

Relations contemporaines avec l’État québécois

Depuis le début du XXIe siècle, les communautés micmaques du Québec mènent leurs négociations de façon coordonnée par l’intermédiaire du Secrétariat Mi’gmawei Mawiomi, créé en 2001, tout en conservant chacune leur conseil de bande.

Plusieurs ententes jalonnent les relations récentes entre le gouvernement du Québec et la nation :

  • 5 février 2020 : entente entre le Québec et la nation micmaque sur la consultation et l’accommodement à l’égard d’activités liées aux hydrocarbures sur le territoire gaspésien ;
  • mai 2025 : entente-cadre signée entre le Québec et les Micmacs de Listuguj en vue de négocier des sujets d’intérêt commun.

Ces ententes s’inscrivent dans le cadre plus large de l’obligation de consulter les peuples autochtones, découlant de la jurisprudence canadienne, et des politiques québécoises en matière de relations avec les Premières Nations.

Sur le plan culturel, les communautés poursuivent des initiatives de transmission de la langue et des savoirs traditionnels, ainsi que de mise en valeur du patrimoine, à l’image du Site d’interprétation Micmac de Gespeg, à Gaspé. La pêche, notamment celle du saumon et la pêche commerciale côtière, demeure à la fois une activité économique et un marqueur identitaire.

Sources

  1. Savoirs.Québec, registre éditorial
  2. Gouvernement du Québec, « Micmacs (Mi’gmaq) »
  3. Gouvernement du Québec, « Événements marquants des relations du Québec avec les Premières Nations et les Inuit »
  4. Office québécois de la langue française, Grand dictionnaire terminologique, « Micmacs »
  5. Office québécois de la langue française, Grand dictionnaire terminologique, « Micmac, Micmaque »
  6. Usito, Université de Sherbrooke, « micmac, micmaque »
  7. L’Encyclopédie canadienne, « Micmacs (Mi’kmaq) »
  8. Gesgapegiag Mi’gmaq First Nation, « History »
  9. Gesgapegiag Mi’gmaq First Nation, « About Gesgapegiag »
  10. Site d’interprétation Micmac de Gespeg, « À propos »
  11. Tourisme Gaspésie, « Site d’interprétation Micmac de Gespeg »
  12. Chrestien Le Clercq, Nouvelle relation de la Gaspésie, Paris, 1691
  13. Dictionnaire biographique du Canada

Recherche documentaire

Références recueillies lors de la recherche web du dossier, en complément des sources citées dans le texte.

  1. Site d’interprétation Micmac de Gespeg, « Explorer »
  2. Micmac (Mi'kmaq)
  3. Les Micmacs - EDUTIC
  4. Autochtones du Québec — Wikipédia
  5. Sociétés et Territoires - Récitus - Les Micmacs
  6. micmacgespeg – Micmac interpretation Site of Gespeg's
  7. EXPLORE
  8. Home Page - Gesgapegiag Mi'gmaq First Nation
  9. Home Page - Gesgapegiag Mi'gmaq First Nation
  10. About Us – micmacgespeg

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5

Mots-clés : micmacs, mi’gmaq, premières nations, gaspésie, baie des chaleurs, listuguj, gesgapegiag, gespeg, gespe’gewa’gi

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