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Histoire

Nation wolastoqey au Québec

La Nation wolastoqey (Wolastoqiyik, longtemps désignée sous les noms de Malécites, Amalécites ou Etchemins) est un peuple autochtone de langue algonquienne dont le territoire ancestral, le Wolastokuk, couvre le bassin de la rivière Wolastoq, ou rivière Saint-Jean, et s'étend jusqu'à la rive sud du Saint-Laurent. Au Québec, elle est représentée par la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk, établie dans le Bas-Saint-Laurent. Marquée au XIXe siècle par la perte de la réserve de Viger et par la dispersion de ses familles, elle a reconstitué sa gouvernance en 1987. L'Assemblée nationale l'a reconnue en 1989 comme la onzième nation autochtone du Québec.

Dénominations

Le nom Wolastoqiyik (singulier et adjectif : wolastoqey) signifie « gens de la Wolastoq », du nom autochtone de la rivière Saint-Jean, souvent rendu par « la belle rivière ». Les sources coloniales françaises emploient d'abord le terme Etchemins, puis Amalécites ou Malécites, appellations reprises pendant plus de deux siècles par les administrations coloniales, puis fédérale et québécoise.

Depuis la fin du XXe siècle, l'autodésignation s'impose progressivement dans l'usage public. La Première Nation établie au Québec, longtemps connue sous le nom de Première Nation malécite de Viger, adopte en 2019 le nom de Wolastoqiyik Wahsipekuk. Le gouvernement du Québec emploie désormais la forme « Wolastoqiyik (Malécites) » dans ses publications officielles, et le terme wolastoqey figure dans les dictionnaires de référence du français québécois.

La langue traditionnelle de la nation, le wolastoqey, appartient à la branche orientale de la famille algonquienne et est étroitement apparentée à la langue des Passamaquoddys. Son étude détaillée relève du domaine des langues autochtones.

Territoire ancestral

Le territoire ancestral des Wolastoqiyik, appelé Wolastokuk, s'organise autour du bassin hydrographique de la rivière Saint-Jean, aujourd'hui partagé entre le Nouveau-Brunswick, le Maine et le Québec. Il s'étend vers le nord jusqu'à la rive sud du Saint-Laurent, reliée à la vallée de la Saint-Jean par un réseau de rivières, de lacs et de portages empruntés depuis des siècles, notamment par le Témiscouata.

Au Québec, les sources historiques signalent des présences wolastoqey sur une large portion de la rive sud de l'estuaire, entre Lévis et Rimouski. Plusieurs lieux reviennent dans la documentation :

  • l'île Verte et ses environs ;
  • la rivière Mitis ;
  • la région de Cacouna, devenue un point d'ancrage durable.

Le mode de vie traditionnel repose sur des déplacements saisonniers entre l'intérieur des terres, propice à la chasse et au piégeage, et le littoral, où se pratiquent la pêche et la cueillette. Cette mobilité explique la présence de familles wolastoqey de part et d'autre des frontières coloniales, puis provinciales et internationales, tracées ultérieurement.

Aujourd'hui, la nation est majoritairement représentée dans la vallée de la Saint-Jean au Nouveau-Brunswick, où se trouvent plusieurs communautés wolastoqey, tandis que la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk constitue la composante québécoise de ce peuple.

Régimes français et britannique

Les Wolastoqiyik entrent en contact avec les Européens au début du XVIIe siècle, au moment où Pierre Dugua de Mons et Samuel de Champlain explorent la baie de Fundy et nomment la rivière Saint-Jean en 1604. Sous le Régime français, ils participent à la traite des fourrures et entretiennent des relations étroites avec les missionnaires et les autorités de la Nouvelle-France et de l'Acadie.

Membres de la Confédération wabanaki, aux côtés notamment des Mi'kmaq, des Abénakis, des Penobscots et des Passamaquoddys, ils sont des alliés militaires de la France dans les conflits qui l'opposent aux colonies de la Nouvelle-Angleterre aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Au XVIIIe siècle, les Wolastoqiyik concluent avec la Couronne britannique des traités de paix et d'amitié, qui ne comportent pas de cession de territoire et dont la portée juridique fait encore l'objet de débats et de recours contemporains. Après la Conquête, l'arrivée des loyalistes dans la vallée de la Saint-Jean, à partir de 1783, réduit fortement l'espace disponible pour les activités traditionnelles et accentue la pression sur les terres autochtones, y compris sur la rive sud du Saint-Laurent, où progresse la colonisation agricole.

La réserve de Viger (1827-1870)

En 1827, un établissement destiné aux familles wolastoqey est créé dans le secteur de l'île Verte, sur la rive sud de l'estuaire. Il s'agit de l'une des premières tentatives des autorités coloniales de fixer la population wolastoqey du Bas-Canada sur une terre réservée et de l'orienter vers l'agriculture.

L'établissement devient officiellement la réserve de Viger en 1851, dans le contexte de la législation du Canada-Uni qui met des terres à la disposition des populations autochtones du Bas-Canada.

La réserve fait cependant l'objet de contestations foncières répétées, alimentées par la convoitise des colons et des marchands de bois établis dans la région. En 1869, la nation accepte de céder les terres de Viger à certaines conditions. Les lots sont vendus aux enchères en 1870.

La perte de Viger constitue un épisode central de la mémoire collective wolastoqey au Québec : elle prive la nation de sa principale assise territoriale sur la rive sud et entraîne la dispersion des familles dans les localités voisines et au-delà. Le nom de Viger demeure associé à la Première Nation jusqu'à l'adoption de son nom actuel en 2019.

Whitworth, Cacouna et la dispersion (1870-1987)

À la suite de la cession de Viger, un territoire de remplacement est accordé à la fin du XIXe siècle dans le canton de Whitworth, à l'intérieur des terres. Les conditions du sol et l'éloignement font échouer les tentatives d'agriculture, et les familles qui s'y étaient installées le quittent.

Plusieurs familles s'établissent alors près de Cacouna, sur le littoral, lieu de séjour traditionnel. Le gouvernement fédéral y achète un petit lot en 1891. D'une superficie très restreinte, ce lot ne permet pas l'établissement d'une communauté résidentielle structurée.

Pendant la majeure partie du XXe siècle, la perte des terres et la dispersion de la population contribuent à l'affaiblissement de la vie communautaire organisée. Les membres de la nation vivent dans diverses municipalités du Bas-Saint-Laurent et d'autres régions du Québec, tandis que les liens familiaux et culturels avec les communautés wolastoqey du Nouveau-Brunswick et du Maine se maintiennent de façon inégale.

Cette situation distingue durablement les Wolastoqiyik du Québec de la plupart des autres nations autochtones de la province, regroupées dans des communautés résidentielles dotées d'institutions locales.

Renouveau politique et reconnaissance (depuis 1987)

Reconstitution de la gouvernance

En 1987, des membres de la nation se réunissent à Rivière-du-Loup pour élire un chef et un conseil, relançant ainsi une gouvernance qui s'était effacée au fil du XXe siècle. Cette démarche s'inscrit dans le mouvement plus large d'affirmation politique des peuples autochtones au Canada au cours des années 1980.

Reconnaissance par l'Assemblée nationale

En 1989, l'Assemblée nationale du Québec reconnaît officiellement la nation malécite, qui devient la onzième nation autochtone reconnue au Québec, s'ajoutant aux dix nations visées par la résolution de 1985 sur la reconnaissance des droits des peuples autochtones.

Nom actuel et assise territoriale

En 2019, la Première Nation adopte le nom de Wolastoqiyik Wahsipekuk. Selon le gouvernement du Québec, sa population demeure dispersée et n'est pas regroupée dans une communauté résidentielle. La nation possède deux terres de réserve dans la municipalité régionale de comté de Rivière-du-Loup :

TerreLocalisationUsage
KataskomiqCanton de WhitworthTerritoire de la nation
Lot de CacounaCacounaSiège des bureaux

La Première Nation mène depuis la reconstitution de son conseil des démarches de revendication territoriale, de développement économique et de revitalisation culturelle et linguistique.

Mémoire et historiographie

L'histoire wolastoqey au Québec a longtemps occupé une place marginale dans l'historiographie, en raison notamment de la dispersion de la population et de la faible visibilité institutionnelle de la nation durant le XXe siècle. Les appellations successives (Etchemins, Amalécites, Malécites) compliquent en outre le repérage des Wolastoqiyik dans les archives coloniales.

Depuis la reconstitution de la nation, plusieurs travaux contribuent à documenter ce passé :

  • les publications de la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk, qui retracent l'histoire de Viger, de Whitworth et de Cacouna ;
  • des articles de revues québécoises consacrés au nom et à l'identité wolastoqey, notamment dans Histoire Québec ;
  • des ouvrages de synthèse sur les alliances et les traités conclus avec les peuples autochtones du Québec.

La mémoire de la réserve de Viger, la réappropriation du nom Wolastoqiyik et la reconnaissance de la rivière Wolastoq comme axe identitaire constituent les principaux repères de cette mémoire collective. Les échanges avec les communautés wolastoqey du Nouveau-Brunswick et du Maine rappellent par ailleurs que la nation déborde des frontières actuelles du Québec.

Sources

  1. Gouvernement du Québec, « Wolastoqiyik (Malécites) »
  2. Government of Québec, « Wolastoqiyik (Malecite) »
  3. Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk, « Notre histoire / Maison Denis-Launière »
  4. Wolastoqiyik Atonikek, « Territoire et Histoire »
  5. Histoire Québec (Érudit), « Ton vieux nom – Wolastoqiyik », vol. 25, no 4, 2020
  6. Alliances et traités avec les peuples autochtones du Québec (JSTOR)
  7. Usito, Université de Sherbrooke, « wolastoqey »
  8. Parcs Canada, Répertoire des désignations patrimoniales, « Wolastoq »
  9. Wikipédia, « Wolastoqeys »
  10. Savoirs.Québec, registre éditorial, « Nation wolastoqey au Québec »

Recherche documentaire

Références recueillies lors de la recherche web du dossier, en complément des sources citées dans le texte.

  1. clio-cr.clionautes.org · alliances-et-traites-avecAlliances et traités avec les peuples autonomes du Québec

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5

Mots-clés : wolastoqiyik, malécites, wolastoqey, réserve de viger, cacouna, bas-saint-laurent, rivière saint-jean, peuples autochtones

Processus éditorial

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