Identité et territoire
Les Naskapis forment l’une des onze nations autochtones reconnues au Québec, soit dix Premières Nations et la nation inuite. Ils appartiennent à la grande famille linguistique et culturelle algonquienne et sont apparentés aux Innus et aux Cris, avec lesquels ils partagent un continuum de langues et de nombreux traits culturels.
Leur territoire historique couvre une vaste portion de l’intérieur de la péninsule du Québec-Labrador, entre le nord du Québec actuel et le Labrador. Ce territoire de toundra forestière et de taïga, parcouru de lacs et de rivières, correspond en grande partie à l’aire de migration des troupeaux de caribous dont dépendait la subsistance du peuple.
Aujourd’hui, Kawawachikamach est le seul village naskapi au Québec. Situé à proximité de Schefferville, dans la municipalité régionale de comté de Caniapiscau, en région administrative de la Côte-Nord, il est reconnu par la Commission de toponymie du Québec sous la désignation de Terres réservées aux Naskapis. La forme naskapie du nom, Kaawaawaachikamaach, figure également au répertoire toponymique officiel.
L’organisation politique qui représente la nation porte le nom de Nation naskapie de Kawawachikamach depuis 1999 ; elle s’appelait auparavant Bande naskapie du Québec.
Mode de vie traditionnel
Avant la sédentarisation, les Naskapis menaient une vie nomade organisée autour de la chasse au caribou. Les familles et les groupes de chasse suivaient les migrations saisonnières des troupeaux à travers l’intérieur de la péninsule, le caribou fournissant à la fois la nourriture, les peaux nécessaires aux vêtements et aux habitations, ainsi que des matériaux pour les outils.
Cette économie de subsistance reposait sur une connaissance fine du territoire, des itinéraires de migration et des cycles saisonniers. La pêche, le piégeage et la cueillette complétaient les ressources tirées de la chasse.
La grande dépendance envers une seule ressource rendait toutefois la nation vulnérable aux variations des populations de caribous. Les années où les troupeaux changeaient de parcours ou diminuaient pouvaient entraîner des pénuries graves, ce qu’illustrent les famines de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle.
Postes de traite et déplacements
À partir du XIXe siècle, la vie des Naskapis est de plus en plus liée aux postes de traite des fourrures établis dans le Nord québécois. La Commission de toponymie du Québec retrace une succession de déplacements :
| Année | Déplacement |
|---|---|
| 1842 | Entre Fort Chimo et Fort Nascopie |
| 1870 | Retour à Fort Chimo |
| 1916 | Installation à Fort Mackenzie |
| 1948 | Nouveau retour à Fort Chimo |
| 1956 | Déplacement vers le lac John, près de Schefferville |
| 1972 | Établissement de la majorité à Matimekosh, près de Schefferville |
Fort Chimo correspond à l’actuel Kuujjuaq, au Nunavik. Ces déplacements répondent à la fois aux besoins du commerce des fourrures, à l’approvisionnement et aux décisions administratives des gouvernements.
À partir de 1893, plusieurs famines frappent durement la nation, liées notamment aux fluctuations des troupeaux de caribous. Au milieu du XXe siècle, le gouvernement fédéral commence à fournir des soins de santé et des rations alimentaires aux Naskapis, ce qui marque une intervention étatique accrue dans leur vie quotidienne.
Établissement près de Schefferville
Le déplacement de 1956 vers le lac John s’inscrit dans le contexte du développement de l’exploitation du minerai de fer dans la région de Schefferville au cours des années 1950. La ville minière devient alors un pôle d’emploi et de services dans un territoire jusque-là éloigné des grands centres.
Les Naskapis vivent pendant près de deux décennies au lac John, à proximité d’autres familles autochtones de la région, dans des conditions de logement et de services souvent précaires. En 1972, la majorité d’entre eux s’établit à Matimekosh, en bordure de Schefferville, aux côtés des Innus.
Cette période de cohabitation et d’installation provisoire précède la négociation d’une entente globale avec les gouvernements, qui permettra à la nation d’obtenir un territoire et un village qui lui soient propres.
Convention du Nord-Est québécois
La Convention du Nord-Est québécois est signée le 31 janvier 1978. Elle fait suite à la Convention de la Baie-James et du Nord québécois de 1975, conclue avec les Cris et les Inuits, et étend un régime comparable aux Naskapis.
La Convention reconnaît aux Naskapis des droits et des avantages en contrepartie de la cession de certains droits, titres et intérêts autochtones au Québec. Elle établit notamment :
- un régime territorial distinguant plusieurs catégories de terres ;
- des droits exclusifs de chasse, de pêche et de piégeage sur certaines portions du territoire ;
- des dispositions relatives à la relocalisation de la communauté et à la construction d’un village ;
- des mesures touchant l’administration locale, les services et le développement économique.
Au Québec, la Convention est approuvée par une loi de l’Assemblée nationale, la Loi approuvant la Convention du Nord-Est québécois. Elle constitue l’un des traités modernes conclus au Québec et demeure le fondement juridique des relations entre la nation et les gouvernements du Québec et du Canada.
Kawawachikamach et gouvernance
En application de la Convention, un nouveau village est construit au début des années 1980 à une quinzaine de kilomètres de Schefferville. Les premiers résidents de Kawawachikamach s’y installent en 1983, mettant fin à la période d’établissement à Matimekosh. La relocalisation s’appuie sur les dispositions de la Convention et sur la législation québécoise relative aux villages cris et au village naskapi.
Sur le plan fédéral, une loi sanctionnée en 1984 met en œuvre un régime d’autonomie administrative pour les Naskapis et les communautés cries visées par les conventions nordiques, en remplacement, pour ces collectivités, de l’essentiel du régime de la Loi sur les Indiens. Ce texte porte aujourd’hui le titre de Loi sur les Naskapis et la Commission crie-naskapie. Il encadre notamment l’organisation de la bande, l’administration des terres de catégorie IA-N et les pouvoirs de réglementation locale.
En 1999, l’organisation politique de la nation adopte le nom de Nation naskapie de Kawawachikamach, qui remplace celui de Bande naskapie du Québec.
Population
Les chiffres de population varient selon la source, la date et la mesure retenue (membres inscrits de la nation, résidents du village ou personnes déclarant une identité naskapie lors d’un recensement).
| Mesure | Effectif |
|---|---|
| Membres de la Nation naskapie | environ 1 612 |
| Membres résidant à Kawawachikamach | 993 |
Ces données, publiées par le gouvernement du Québec dans son profil des nations autochtones, ne doivent pas être confondues avec la population totale résidant au village ni avec les effectifs d’autres registres. La nation est l’une des moins nombreuses parmi les Premières Nations du Québec, et une part importante de ses membres vit à Kawawachikamach.