Origines
L'histoire de l'Oratoire est indissociable de celle du frère André (Alfred Bessette, 1845-1937), religieux de la Congrégation de Sainte-Croix. Portier du Collège Notre-Dame, dans le secteur de Côte-des-Neiges, il entretient une dévotion particulière envers saint Joseph et accueille un nombre croissant de visiteurs venus solliciter ses prières, notamment des malades.
En 1904, avec le frère Abundius et des collaborateurs laïcs, il fait construire une petite chapelle dédiée à saint Joseph sur un terrain appartenant à sa communauté, en face du collège, sur le flanc du mont Royal. Cette chapelle d'origine, de dimensions modestes, est conservée aujourd'hui au sein de l'ensemble.
La réputation du frère André, à qui de nombreuses personnes attribuent des guérisons, attire rapidement une affluence que le petit bâtiment ne peut contenir. La chapelle fait ainsi l'objet de plusieurs agrandissements successifs au cours des années qui suivent sa construction. Ce mouvement de dévotion populaire s'inscrit dans le contexte d'un catholicisme québécois alors très présent dans la vie sociale, marqué par les pèlerinages, les sanctuaires et le culte des saints.
Construction de la crypte et de la basilique
Devant l'insuffisance des agrandissements, un ensemble plus vaste est entrepris. La crypte, qui offre un lieu de culte de plus grande capacité, est inaugurée en 1917.
Le projet de basilique suit. Sa pierre d'angle est bénie en 1924. Les plans initiaux sont dus aux architectes Dalbé Viau et Alphonse Venne. Le chantier, de longue haleine, est interrompu pendant la crise économique des années 1930, faute de moyens. Les travaux reprennent après la mort du frère André, survenue le 6 janvier 1937.
La construction de la basilique s'étend sur plusieurs décennies. Les sources publiques divergent légèrement sur la date d'achèvement :
| Source | Période indiquée |
|---|---|
| Répertoire du patrimoine culturel du Québec | construction de 1924 à 1967 |
| Parcs Canada | église achevée en 1966 |
Entre-temps, le sanctuaire est élevé au rang de basilique mineure le 19 mars 1955, jour de la fête de saint Joseph dans le calendrier liturgique catholique.
Le frère André et son culte
Né à Saint-Grégoire, dans la région de la Montérégie, Alfred Bessette entre chez les religieux de Sainte-Croix, où il prend le nom de frère André. Il occupe pendant de longues années des fonctions humbles, dont celle de portier du Collège Notre-Dame, tout en consacrant une grande part de son temps à recevoir les visiteurs.
Sa mort, le 6 janvier 1937, provoque un vaste mouvement de recueillement à Montréal. Son corps repose à l'Oratoire, qui devient aussi un lieu de mémoire associé à sa personne. Son cœur, conservé dans un reliquaire exposé aux fidèles, est dérobé en 1973 puis retrouvé l'année suivante.
La reconnaissance officielle de l'Église catholique suit plusieurs étapes :
- 1982 : béatification par le pape Jean-Paul II ;
- 17 octobre 2010 : canonisation à Rome par le pape Benoît XVI.
Saint André Bessette devient ainsi l'une des figures religieuses québécoises les plus connues, et l'Oratoire demeure le principal lieu associé à son culte.
Architecture et composantes
L'Oratoire forme un ensemble architectural et paysager aménagé en terrasses sur le flanc du mont Royal, avec une façade principale tournée vers le chemin Queen-Mary, dans l'arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce.
L'ensemble comprend notamment :
- la chapelle d'origine de 1904 ;
- la crypte, inaugurée en 1917 ;
- la chapelle votive, où sont déposés des ex-voto et brûlent des lampions ;
- la basilique, surmontée d'un dôme monumental qui domine le paysage de l'ouest de Montréal ;
- des bâtiments annexes ;
- des jardins comprenant un chemin de croix sculpté.
La basilique, conçue à l'origine par Dalbé Viau et Alphonse Venne, a vu son projet évoluer au fil du long chantier ; le moine bénédictin et architecte Dom Paul Bellot a notamment contribué à la conception du dôme. L'ensemble se distingue par l'ampleur de son implantation et par sa visibilité depuis de nombreux points de la ville.
Un escalier extérieur mène au sanctuaire ; selon une pratique de dévotion traditionnelle, certains pèlerins en gravissent les marches centrales à genoux.
Pèlerinage et vie religieuse
Dès ses débuts, l'Oratoire se définit comme un lieu de pèlerinage. Les visiteurs y viennent prier saint Joseph, se recueillir auprès du tombeau du frère André ou déposer des intentions à la chapelle votive. Les ex-voto, dont des béquilles et des cannes laissées par des pèlerins, témoignent des grâces que ceux-ci estiment avoir obtenues.
Le sanctuaire est confié à la Congrégation de Sainte-Croix, communauté à laquelle appartenait son fondateur. Il accueille des célébrations liturgiques régulières, des fêtes religieuses, en particulier autour de la fête de saint Joseph et de la mémoire de saint André Bessette, ainsi que des activités musicales liées à la liturgie.
Au-delà de sa fonction religieuse, l'Oratoire est devenu l'un des sites les plus visités de Montréal. Tourisme Montréal le présente parmi les attraits culturels et patrimoniaux de la ville, et il reçoit des visiteurs du Québec, du reste du Canada et de l'étranger, croyants ou non.
Reconnaissance patrimoniale et mémoire
L'Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal est désigné lieu historique national du Canada le 3 mai 2004. Selon Parcs Canada, la reconnaissance porte sur un ensemble paysager et architectural comprenant notamment la basilique, le dôme monumental, les chapelles, la crypte, les jardins et le chemin de croix.
Au Québec, la basilique est inscrite au Répertoire du patrimoine culturel du Québec, qui documente son histoire et ses caractéristiques. Le sanctuaire s'insère par ailleurs dans le paysage du mont Royal, montagne emblématique de Montréal.
Sur le plan de la mémoire collective, l'Oratoire illustre le rôle central du catholicisme dans la société canadienne-française de la première moitié du XXe siècle, la force de la dévotion populaire et la capacité des fidèles à financer, souvent par de modestes dons, un chantier de grande ampleur. Il demeure aussi un symbole du parcours du frère André, homme d'origine modeste devenu saint de l'Église catholique. Le projet de mise en mémoire de la Ville de Montréal, Mémoires des Montréalais, lui consacre une place parmi les lieux marquants de l'histoire urbaine.