Définition et toponymie
Le parc des Champs-de-Bataille désigne un ensemble de terrains publics situés à Québec, sur le plateau de la colline de Québec, entre la Grande Allée et les falaises surplombant le fleuve Saint-Laurent. Il comprend deux secteurs distincts :
- les plaines d'Abraham, associées à la bataille du 13 septembre 1759 ;
- le parc des Braves, situé plus à l'ouest, qui rappelle la bataille de Sainte-Foy du 28 avril 1760.
Dans l'usage courant, l'expression « plaines d'Abraham » sert souvent à désigner l'ensemble du parc. Les deux noms ne sont toutefois pas strictement équivalents : les plaines constituent une partie du parc des Champs-de-Bataille. Selon la Commission des champs de bataille nationaux, une première mention du toponyme « plaines d'Abraham » figure sur un plan de 1734. Le nom est traditionnellement rattaché à Abraham Martin, pilote établi à Québec au XVIIe siècle, qui possédait des terres dans le secteur.
Les superficies citées varient selon le périmètre considéré. La Commission indique 98 hectares pour les plaines d'Abraham et 5 hectares pour le parc des Braves, alors que certaines de ses présentations générales du parc évoquent environ 108 hectares.
Les batailles de 1759 et de 1760
Le territoire du parc est indissociable de la guerre de Sept Ans et du siège de Québec par les forces britanniques en 1759.
Bataille des plaines d'Abraham (13 septembre 1759)
Après un siège de plusieurs semaines, les troupes britanniques commandées par le major-général James Wolfe débarquent à l'anse au Foulon et gravissent la falaise pendant la nuit. Au matin du 13 septembre 1759, elles affrontent sur les plaines l'armée française du marquis de Montcalm. L'engagement est bref et tourne à l'avantage des Britanniques. Wolfe est tué au combat et Montcalm, mortellement blessé, meurt le lendemain. Québec capitule quelques jours plus tard.
Bataille de Sainte-Foy (28 avril 1760)
Au printemps 1760, l'armée française, sous le commandement du chevalier de Lévis, tente de reprendre Québec. Le 28 avril 1760, elle remporte contre les troupes du général James Murray la bataille de Sainte-Foy, livrée à l'ouest de la ville. Les Britanniques se replient derrière les fortifications. L'arrivée de navires britanniques au printemps met fin au siège entrepris par Lévis. La capitulation de Montréal, en septembre 1760, consacre la conquête de la Nouvelle-France, confirmée par le traité de Paris de 1763.
Le parc des Braves commémore cette seconde bataille et les combattants des deux camps.
Usages du site après la Conquête
Après 1760, les terrains conservent une vocation militaire liée à la défense de Québec. Ils sont associés à l'invasion américaine de 1775-1776, au cours de laquelle les troupes du Congrès continental assiègent la ville avant de se retirer au printemps 1776.
Au début du XIXe siècle, les autorités britanniques renforcent les défenses à l'ouest de la ville. Plusieurs tours Martello sont alors construites sur les hauteurs ; deux d'entre elles se trouvent aujourd'hui dans le parc et font partie de son patrimoine bâti.
Au fil du XIXe siècle, le secteur accueille également des usages civils : terrains agricoles, propriétés privées, installations institutionnelles et lieux de rassemblement. L'ancienne prison de Québec, construite dans la première moitié du XIXe siècle à proximité des plaines, est aujourd'hui intégrée au Musée national des beaux-arts du Québec, situé en bordure du parc.
Cette diversité d'usages explique que la préservation des terrains historiques soit devenue, à la fin du XIXe siècle, un enjeu pour les milieux qui souhaitaient protéger les lieux des affrontements contre l'urbanisation.
Création et aménagement (1908-1951)
La Commission des champs de bataille nationaux est créée le 17 mars 1908, dans le contexte des fêtes du tricentenaire de la fondation de Québec. Son mandat initial comprend l'acquisition et la conservation des champs de bataille historiques ainsi que leur transformation en parc public. Les célébrations du tricentenaire, tenues à l'été 1908, utilisent d'ailleurs largement les plaines comme lieu de spectacles et de cérémonies.
En 1909, la Commission engage l'architecte paysagiste Frederic G. Todd pour concevoir le plan du parc. Le projet vise à réunir en un vaste espace vert les terrains de 1759 et de 1760, en ménageant des promenades, des points de vue sur le fleuve et des aires commémoratives.
La réalisation s'étend sur plusieurs décennies. Selon la Commission, les acquisitions de terrains et les travaux associés à la création du parc se poursuivent jusqu'en 1951. Au cours de cette période sont aménagés des avenues, des plantations, des belvédères et des jardins, dont le jardin Jeanne-d'Arc, ouvert à la fin des années 1930.
Le parc constitue ainsi l'un des premiers grands parcs historiques nationaux au Canada et l'un des principaux espaces verts de la capitale québécoise.
Monuments et patrimoine
Le parc réunit de nombreux éléments commémoratifs et patrimoniaux :
- le monument des Braves, érigé au XIXe siècle dans le secteur du parc des Braves en hommage aux soldats tombés lors de la bataille de Sainte-Foy ;
- le monument à Wolfe, colonne élevée sur les plaines à l'endroit associé à la mort du général britannique ;
- deux tours Martello du début du XIXe siècle ;
- le jardin Jeanne-d'Arc, jardin ornemental doté d'une statue équestre de Jeanne d'Arc ;
- des plaques, stèles et panneaux d'interprétation retraçant l'histoire militaire et civile du site.
Le patrimoine du parc est également végétal. Les plantations réalisées depuis le début du XXe siècle forment un ensemble arboricole d'intérêt, souligné notamment par la presse québécoise.
Le Musée des plaines d'Abraham, administré par la Commission, présente l'histoire des batailles et du parc. Le Musée national des beaux-arts du Québec occupe pour sa part des pavillons situés dans le périmètre du parc, en bordure de la Grande Allée.
Gestion
Le parc relève de la Commission des champs de bataille nationaux, organisme du gouvernement du Canada qui rend compte au Parlement par l'intermédiaire du ministre responsable du Patrimoine canadien. La Commission assure la conservation, la mise en valeur et l'animation du territoire, et encadre son utilisation par une politique d'utilisation du territoire qui précise les activités permises et les conditions d'organisation d'événements.
Le statut fédéral du parc, situé au cœur de la capitale nationale du Québec, en fait un cas particulier dans l'aménagement de la ville de Québec. La Ville de Québec présente le parc parmi les grands espaces verts accessibles à la population, situé dans l'arrondissement de La Cité-Limoilou, dans la région administrative de la Capitale-Nationale.
La Commission administre l'ensemble formé par les plaines d'Abraham et le parc des Braves, ce qui explique la coexistence des deux appellations dans ses publications et dans l'usage public.
Mémoire collective et usages contemporains
Le parc des Champs-de-Bataille occupe une place singulière dans la mémoire collective. Pour une partie de la population québécoise, les plaines d'Abraham évoquent la Conquête et la fin du régime français ; pour d'autres, elles symbolisent la fondation du Canada britannique. Cette double lecture se manifeste régulièrement lors des commémorations.
En 2009, à l'occasion du 250e anniversaire de la bataille de 1759, un projet de reconstitution historique suscite une vive controverse et est finalement annulé. D'autres activités commémoratives se tiennent néanmoins cette année-là, dont une lecture publique de textes marquants de l'histoire québécoise.
Le parc est aussi un lieu de loisirs et de grands rassemblements. Il accueille notamment des spectacles du Festival d'été de Québec, des célébrations de la Fête nationale du Québec et diverses activités sportives et culturelles en toutes saisons, dont la promenade, le ski de fond et la raquette en hiver. Le kiosque Edwin-Bélanger y présente des spectacles en plein air.
Par la superposition de ces fonctions, le parc demeure à la fois un champ de bataille préservé, un espace commémoratif et un parc urbain central de Québec.