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Histoire

Première Guerre mondiale au Québec

La Première Guerre mondiale au Québec désigne l'expérience québécoise du conflit de 1914-1918, auquel le Canada participe à titre de dominion britannique dès le 4 août 1914. Le Québec contribue à l'effort militaire, notamment par le 22e Bataillon (canadien-français), ainsi qu'à l'effort industriel et agricole. La période est aussi marquée par de vives tensions politiques et linguistiques, qui culminent avec la crise de la conscription de 1917 et les émeutes de Québec du printemps 1918. Ces événements ont durablement marqué les rapports entre francophones et anglophones au Canada.

Entrée en guerre

Le 4 août 1914, le Royaume-Uni déclare la guerre à l'Allemagne. En tant que dominion de l'Empire britannique, le Canada se trouve automatiquement engagé dans le conflit, sa politique étrangère relevant alors de Londres. Le gouvernement conservateur de Robert Borden décide toutefois lui-même de l'ampleur de la contribution canadienne et fait adopter la Loi sur les mesures de guerre, qui accorde au pouvoir exécutif fédéral des pouvoirs étendus.

Au Québec, la réaction initiale est généralement favorable à la participation. Le chef de l'opposition libérale, Wilfrid Laurier, appuie l'effort de guerre, tout comme le gouvernement provincial libéral de Lomer Gouin et une partie de la hiérarchie catholique. Des rassemblements patriotiques ont lieu à Montréal et à Québec.

Le Québec joue un rôle logistique dès les premières semaines. Le ministre de la Milice, Sam Hughes, fait aménager à la hâte le camp de Valcartier, au nord de Québec, où se rassemble et s'entraîne le premier contingent du Corps expéditionnaire canadien. Ces troupes s'embarquent à Québec et quittent le Canada à l'automne 1914 pour l'Angleterre, avant d'être engagées sur le front occidental.

Recrutement et 22e Bataillon

Au début du conflit, l'enrôlement est entièrement volontaire. Le recrutement des Canadiens français se heurte à plusieurs obstacles : l'armée canadienne fonctionne presque exclusivement en anglais, les officiers francophones y sont peu nombreux, et les premières recrues francophones sont dispersées dans des unités anglophones. La structure démographique joue également, la population francophone étant plus rurale et plus souvent établie au pays depuis plusieurs générations que les immigrants britanniques récents, qui s'enrôlent en grand nombre.

Le 22e Bataillon

Sous la pression de personnalités canadiennes-françaises, le gouvernement autorise en octobre 1914 la formation d'un bataillon d'infanterie francophone, le 22e Bataillon (canadien-français). Il est le seul bataillon francophone du Corps expéditionnaire canadien à combattre au front comme unité constituée. Il participe notamment aux batailles de Courcelette (1916), de la crête de Vimy (1917) et d'Amiens (1918). Deux de ses membres, Jean Brillant et Joseph Kaeble, reçoivent à titre posthume la Croix de Victoria en 1918.

D'autres bataillons francophones sont levés au Québec, dont le 163e Bataillon formé par le journaliste Olivar Asselin, mais la plupart sont démantelés en Angleterre pour fournir des renforts. Après la guerre, la tradition du 22e Bataillon est perpétuée par le Royal 22e Régiment, établi à la Citadelle de Québec.

Personnel médical

Des infirmières canadiennes-françaises servent dans le Service de santé de l'armée canadienne, et une unité hospitalière est formée sous l'égide de l'Université Laval à Montréal pour servir en France.

Débats politiques et nationalisme

La guerre accentue des tensions déjà présentes entre Canadiens français et Canadiens anglais. Le Règlement 17, adopté en Ontario en 1912 pour restreindre l'enseignement en français dans les écoles de cette province, nourrit un vif ressentiment au Québec. Pour de nombreux nationalistes, la défense des droits des francophones au Canada passe avant l'engagement militaire en Europe.

Henri Bourassa, fondateur du quotidien Le Devoir en 1910, devient la principale voix de l'opposition à l'impérialisme britannique. Il critique la participation canadienne à une guerre décidée à Londres et s'oppose à toute forme de service obligatoire. En 1916, l'officier Talbot Papineau, descendant de Louis-Joseph Papineau, lui adresse une lettre ouverte l'exhortant à soutenir l'effort de guerre ; la réponse de Bourassa maintient sa position. Papineau est tué au combat à Passchendaele en 1917.

Les opinions au Québec ne sont toutefois pas uniformes. Des élites politiques, religieuses et économiques soutiennent la participation, des milliers de Québécois s'enrôlent volontairement, tandis que d'autres refusent l'engagement. La presse anglophone du reste du pays reproche fréquemment au Québec sa faible contribution en recrues, ce qui durcit les positions de part et d'autre.

Crise de la conscription de 1917

Les lourdes pertes subies en 1916 et 1917, notamment à la Somme et à Vimy, et la baisse du volontariat amènent le gouvernement Borden à imposer le service militaire obligatoire. La Loi du service militaire, adoptée à l'été 1917, prévoit la conscription des hommes pour le service outre-mer.

La mesure est vivement contestée au Québec. Wilfrid Laurier refuse de joindre un gouvernement de coalition favorable à la conscription. Borden forme alors en octobre 1917 un gouvernement d'union réunissant conservateurs et libéraux conscriptionnistes. La Loi des élections en temps de guerre modifie par ailleurs le corps électoral, en accordant le droit de vote à des parentes de soldats et en retirant ce droit à certains immigrants originaires de pays ennemis.

À l'élection fédérale du 17 décembre 1917, le gouvernement d'union l'emporte nettement à l'échelle du pays, mais le Québec vote massivement pour les libéraux de Laurier, qui y remportent 62 des 65 sièges. Le résultat met en évidence l'isolement politique du Québec au sein de la fédération.

En janvier 1918, le député Joseph-Napoléon Francœur dépose à l'Assemblée législative du Québec une motion indiquant que la province serait disposée à accepter la rupture du pacte fédératif si elle était jugée un obstacle au développement du Canada. Après débat, la motion est retirée sans être mise aux voix.

Émeutes de Québec de 1918

L'application de la conscription suscite de la résistance au Québec : de nombreux appelés demandent des exemptions ou se soustraient à l'enrôlement. À la fin de mars 1918, l'arrestation d'un jeune homme qui ne pouvait présenter ses papiers d'exemption déclenche plusieurs jours d'émeutes à Québec, pendant la semaine de Pâques.

Des foules s'en prennent notamment aux bureaux d'enregistrement de la conscription et à des journaux favorables à la mesure. Le gouvernement fédéral dépêche des troupes, dont des unités venues de l'extérieur du Québec. Le 1er avril 1918, les soldats ouvrent le feu sur la foule dans le quartier Saint-Roch ; quatre civils sont tués et de nombreuses personnes sont blessées.

À la suite de ces événements, le gouvernement fédéral recourt à des mesures d'exception, et les exemptions accordées notamment aux fils d'agriculteurs sont abolies au printemps 1918. Les émeutes de Québec demeurent l'épisode le plus violent de la crise de la conscription et l'un des événements les plus marquants de l'histoire politique du Québec au XXe siècle.

Économie et société

La guerre transforme l'économie québécoise. Montréal devient un important centre de production de munitions, de matériel ferroviaire et de navires, sous l'impulsion des commandes britanniques et canadiennes. La demande stimule aussi l'agriculture, l'exploitation forestière et l'industrie manufacturière, tandis que la main-d'œuvre se raréfie.

L'État fédéral intervient comme jamais auparavant dans la vie économique : emprunts de la Victoire, contrôle de certains prix et ressources, et instauration en 1917 d'un impôt fédéral sur le revenu présenté comme une mesure temporaire. L'inflation pèse sur le niveau de vie des ménages ouvriers, ce qui contribue à une montée de l'agitation syndicale vers la fin du conflit.

Les femmes occupent davantage d'emplois dans l'industrie et les services et s'investissent dans les œuvres patriotiques et caritatives. En 1918, le droit de vote aux élections fédérales est étendu à la plupart des femmes, alors que les Québécoises n'obtiennent le droit de vote aux élections provinciales qu'en 1940.

À l'automne 1918, la pandémie de grippe espagnole frappe durement le Québec, fermant écoles, églises et lieux publics et causant plusieurs milliers de décès, au moment même où la guerre touche à sa fin. L'armistice est signé le 11 novembre 1918.

Internement et peuples autochtones

En vertu de la Loi sur les mesures de guerre, le gouvernement fédéral fait interner des personnes considérées comme des « étrangers ennemis », en majorité originaires de l'Empire austro-hongrois, dont de nombreux Ukrainiens. Au Québec, le principal camp est celui de Spirit Lake, en Abitibi, près d'Amos, où des internés sont astreints au défrichement et aux travaux agricoles à partir de 1915. Cet épisode a fait l'objet d'une reconnaissance commémorative au cours des dernières décennies.

Des membres des Premières Nations du Québec s'enrôlent également dans le Corps expéditionnaire canadien, notamment des Kanien'kehá:ka (Mohawks) de communautés comme Kahnawake et Akwesasne, ainsi que des Wendat de Wendake. Bien que les Indiens inscrits ne soient pas tenus initialement au service militaire, plusieurs milliers d'Autochtones du Canada servent pendant la guerre. À leur retour, ces anciens combattants ne bénéficient pas toujours des mêmes avantages que les autres soldats, ce qui alimente des revendications politiques dans l'après-guerre.

Mémoire

Au lendemain du conflit, les paroisses et les municipalités du Québec érigent des monuments aux morts, et le jour du Souvenir, le 11 novembre, s'inscrit dans le calendrier commémoratif. La bataille de la crête de Vimy, à laquelle participe le 22e Bataillon, occupe une place importante dans la mémoire canadienne du conflit, bien que sa réception au Québec soit plus nuancée.

La crise de la conscription laisse une empreinte profonde dans la mémoire collective québécoise. Elle renforce un nationalisme canadien-français méfiant envers l'impérialisme britannique et resurgit lors du débat sur la conscription pendant la Seconde Guerre mondiale. Les émeutes de Québec de 1918 font l'objet d'une commémoration dans le quartier Saint-Roch.

L'historiographie québécoise a longtemps insisté sur le refus de la conscription. Des travaux plus récents examinent aussi l'engagement des volontaires, l'expérience des infirmières, l'information sur le front diffusée au Québec, la mémoire de Vimy et la diversité des positions de la société québécoise face au conflit. Le Royal 22e Régiment et son musée, à la Citadelle de Québec, conservent l'héritage militaire du 22e Bataillon.

Sources

  1. Savoirs.Québec, registre éditorial « Première Guerre mondiale au Québec »
  2. L'Encyclopédie canadienne, « Première Guerre mondiale »
  3. Histoire Canada, « Le Québec et les guerres mondiales »
  4. Commissariat aux langues officielles, « Le début de la Première Guerre mondiale : le Canada entre officiellement en guerre en tant que dominion britannique »
  5. Anciens Combattants Canada, « Dix faits en bref sur... la Première Guerre mondiale »
  6. Musée canadien de la guerre, « Réaction enthousiaste à la guerre »
  7. Bulletin d'histoire politique (Érudit), dossier « Le Québec et la Première Guerre mondiale 1914-1918 »
  8. RECITUS, « Le Canada et la Première Guerre mondiale »
  9. Le Devoir, « La Grande Guerre de l'Ancien Monde »
  10. Alloprof, « Le Canada et la Première Guerre mondiale »
  11. Dictionnaire biographique du Canada

Recherche documentaire

Références recueillies lors de la recherche web du dossier, en complément des sources citées dans le texte.

  1. Guerres mondiales

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5

Mots-clés : première guerre mondiale, crise de la conscription, 22e bataillon, émeutes de québec 1918, henri bourassa, valcartier, règlement 17, nationalisme canadien-français

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