Contexte
Le référendum s'inscrit dans le long débat sur le statut politique du Québec au sein de la fédération canadienne, ravivé par la Révolution tranquille et l'affirmation du nationalisme québécois au cours des années 1960. Fondé en 1968 sous la direction de René Lévesque, le Parti québécois défend l'option de la souveraineté-association, soit l'accession du Québec à la souveraineté politique jumelée à une association économique avec le Canada.
Lors de l'élection générale du 15 novembre 1976, le Parti québécois prend le pouvoir en s'engageant à ne pas réaliser la souveraineté sans consultation préalable de la population par voie de référendum. Cette stratégie dite « étapiste » distingue l'élection d'un gouvernement souverainiste de la décision sur le statut politique, qui doit être soumise directement aux électeurs.
Pour encadrer cette démarche, l'Assemblée nationale adopte en 1978 la Loi sur la consultation populaire, qui fixe les règles de tenue des référendums au Québec. La loi prévoit notamment la formation de deux comités nationaux, l'un pour chaque option, qui regroupent les partisans et encadrent les dépenses de campagne.
Au niveau fédéral, le gouvernement libéral de Pierre Elliott Trudeau, de retour au pouvoir après l'élection fédérale de février 1980, s'oppose à toute forme de souveraineté du Québec et défend le maintien de celui-ci dans la fédération.
Préparation et question
En novembre 1979, le gouvernement québécois rend public un livre blanc intitulé La nouvelle entente Québec-Canada, qui expose son projet de souveraineté-association. Le 20 décembre 1979, René Lévesque dévoile à l'Assemblée nationale le libellé de la question. Celle-ci fait l'objet d'un débat parlementaire télédiffusé au printemps 1980.
De son côté, le Parti libéral du Québec, dirigé par Claude Ryan, présente au début de 1980 ses propositions constitutionnelles dans un document connu sous le nom de « livre beige », qui préconise un fédéralisme renouvelé.
Libellé de la question
La question soumise aux électeurs se lit comme suit :
« Le Gouvernement du Québec a fait connaître sa proposition d'en arriver, avec le reste du Canada, à une nouvelle entente fondée sur le principe de l'égalité des peuples; cette entente permettrait au Québec d'acquérir le pouvoir exclusif de faire ses lois, de percevoir ses impôts et d'établir ses relations extérieures, ce qui est la souveraineté, et, en même temps, de maintenir avec le Canada une association économique comportant l'utilisation de la même monnaie; aucun changement de statut politique résultant de ces négociations ne sera réalisé sans l'accord de la population lors d'un autre référendum; en conséquence, accordez-vous au Gouvernement du Québec le mandat de négocier l'entente proposée entre le Québec et le Canada ? »
La question ne porte donc pas directement sur l'accession à la souveraineté, mais sur un mandat de négocier. Tout changement de statut politique issu des négociations devait être approuvé lors d'un second référendum.
Campagne référendaire
Conformément à la Loi sur la consultation populaire, deux comités nationaux s'affrontent :
- le Comité national du Oui, présidé par René Lévesque, premier ministre du Québec, qui réunit le Parti québécois et divers groupes souverainistes;
- le Comité des Québécois pour le Non, présidé par Claude Ryan, chef du Parti libéral du Québec et chef de l'opposition officielle, qui rassemble les forces fédéralistes, dont l'Union nationale.
Le gouvernement fédéral participe activement à la campagne en faveur du « non ». Le ministre fédéral de la Justice, Jean Chrétien, y joue un rôle de premier plan.
L'épisode des « Yvette »
Au printemps 1980, une déclaration de la ministre Lise Payette, associant les femmes favorables au « non » au personnage d'Yvette, fillette docile d'un manuel scolaire, et visant l'épouse de Claude Ryan, suscite une vive réaction. Des rassemblements de femmes appuyant le « non », dont un grand rassemblement au Forum de Montréal en avril 1980, contribuent à mobiliser le camp fédéraliste.
L'intervention de Pierre Elliott Trudeau
Le 14 mai 1980, quelques jours avant le scrutin, Pierre Elliott Trudeau prononce à l'aréna Paul-Sauvé, à Montréal, un discours dans lequel il s'engage à renouveler le fédéralisme canadien en cas de victoire du « non ». Cet engagement deviendra un enjeu de mémoire important après le rapatriement de la Constitution.
Résultats
Le scrutin a lieu le 20 mai 1980. Selon les résultats officiels d'Élections Québec, le « non » l'emporte nettement.
| Option | Voix | Pourcentage des votes valides |
|---|---|---|
| Non | 2 187 991 | 59,56 % |
| Oui | 1 485 851 | 40,44 % |
Le taux de participation atteint 85,61 %, ce qui témoigne de la forte mobilisation de l'électorat québécois.
Le soir du vote, René Lévesque prend acte de la défaite devant ses partisans réunis à l'aréna Paul-Sauvé et prononce une phrase restée célèbre : « Si je vous ai bien compris, vous êtes en train de me dire : à la prochaine fois. »
Le résultat rejette le mandat de négocier proposé par le gouvernement. Il ne constitue pas pour autant un vote sur une entente négociée, puisque la question prévoyait la tenue d'un second référendum avant tout changement de statut politique.
Conséquences
Malgré la défaite référendaire, le Parti québécois est reporté au pouvoir lors de l'élection générale d'avril 1981.
Le débat constitutionnel se poursuit au lendemain du scrutin. Le gouvernement fédéral entreprend de rapatrier la Constitution canadienne, jusque-là loi du Parlement britannique. Lors de la conférence constitutionnelle de novembre 1981, une entente est conclue entre le gouvernement fédéral et neuf provinces, sans le Québec; cet épisode est désigné au Québec sous le nom de « nuit des longs couteaux ».
La Loi constitutionnelle de 1982 rapatrie la Constitution, y ajoute une formule de modification et enchâsse la Charte canadienne des droits et libertés. Le Québec ne consent pas à cette nouvelle entente constitutionnelle, ce qui alimente un contentieux durable.
Les tentatives ultérieures de réintégrer le Québec dans l'ordre constitutionnel, notamment l'Accord du lac Meech (1987-1990) puis l'Accord de Charlottetown (1992), échouent. Le débat sur la souveraineté reprend avec la tenue d'un second référendum, le 30 octobre 1995, sous le gouvernement de Jacques Parizeau, au terme duquel le « non » l'emporte de justesse.
Mémoire et historiographie
Le référendum de 1980 occupe une place centrale dans la mémoire politique québécoise. Il est le premier exercice de démocratie directe consacré à l'avenir constitutionnel du Québec et établit un précédent quant aux règles et au déroulement des consultations populaires, encadrées par la Loi sur la consultation populaire.
Plusieurs moments de la campagne sont devenus des repères de la mémoire collective : l'épisode des « Yvette », le discours de Pierre Elliott Trudeau du 14 mai 1980 et la promesse de fédéralisme renouvelé, ainsi que la déclaration de René Lévesque au soir du scrutin. Pour les souverainistes, la promesse de Trudeau, suivie du rapatriement de 1982 sans l'accord du Québec, est souvent interprétée comme un engagement non tenu; pour les fédéralistes, le résultat exprime l'attachement d'une majorité de Québécois au Canada.
L'événement est étudié dans le programme d'histoire du Québec au secondaire et fait l'objet de nombreuses ressources documentaires produites par la Bibliothèque de l'Assemblée nationale, Élections Québec et les médias publics, notamment à l'occasion d'anniversaires comme le 40e anniversaire en 2020.