Dénomination et classification
Le nom que les locuteurs donnent à leur langue est Tłı̨chǫ Yatıì, littéralement « la langue des Tłı̨chǫ ». Le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest retient « Tłı̨chǫ » comme orthographe privilégiée du nom de la langue. La forme dogrib, longtemps employée dans la documentation linguistique et administrative, est un exonyme ; elle subsiste dans plusieurs nomenclatures, notamment celle du recensement canadien, qui classe la langue sous l'appellation « Tlicho (Dogrib) » parmi les langues maternelles. En français, on rencontre aussi la graphie simplifiée « tlicho ».
Sur le plan de la classification, le tłı̨chǫ appartient à la famille dénée, appelée aussi athapascane ou na-dénée selon les auteurs, et plus précisément au groupe des langues dénées du Nord, répandues dans l'ouest et le nord-ouest de l'Amérique du Nord. Il est apparenté aux autres langues dénées des Territoires du Nord-Ouest, comme l'esclave du Nord, l'esclave du Sud, le dënesųłıné (chipewyan) et le gwich'in.
| Référentiel | Désignation |
|---|---|
| ISO 639-3 | dgr |
| Glottolog | dogr1252 |
| Recensement canadien | Tlicho (Dogrib) |
Aire linguistique et communautés
L'aire du tłı̨chǫ se situe entièrement dans les Territoires du Nord-Ouest, entre le Grand lac des Esclaves et le Grand lac de l'Ours. La langue est parlée principalement dans les quatre collectivités tłı̨chǫ :
- Behchokǫ̀, la plus populeuse ;
- Whatì ;
- Gamètì ;
- Wekweètì.
Elle est également en usage à Yellowknife, la capitale territoriale, ainsi qu'à Ndılǫ et à Dettah, situées à proximité.
Ce territoire correspond en grande partie à celui que reconnaît l'Accord tłı̨chǫ, entente sur les revendications territoriales et l'autonomie gouvernementale conclue entre la nation tłı̨chǫ, le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest et le gouvernement du Canada. La langue est étroitement liée à ce territoire : la toponymie de la région, comme l'illustrent les noms officiels des collectivités, est en grande partie exprimée en tłı̨chǫ.
La répartition des locuteurs entre les collectivités tłı̨chǫ et le milieu urbain de Yellowknife constitue un enjeu pour la transmission, l'usage quotidien de la langue étant généralement plus soutenu dans les collectivités que dans la capitale, où l'anglais domine.
Statut officiel et gouvernance
Le tłı̨chǫ est l'une des langues officielles des Territoires du Nord-Ouest, aux côtés de l'anglais, du français et de plusieurs autres langues autochtones, en vertu de la loi territoriale sur les langues officielles. Ce statut confère à la langue une place dans les services publics, l'éducation et la diffusion d'information gouvernementale.
Depuis 2005, la nation tłı̨chǫ dispose d'un gouvernement autonome, issu de l'Accord tłı̨chǫ entré en vigueur le 4 août 2005. Ce gouvernement exerce des compétences dans plusieurs domaines, dont la langue et la culture, et mène des programmes linguistiques actifs. La protection et la promotion du Tłı̨chǫ Yatıì font partie des orientations de cette gouvernance autochtone.
Le ministère de l'Éducation, de la Culture et de l'Emploi des Territoires du Nord-Ouest publie de son côté des ressources consacrées à la langue, notamment des documents d'apprentissage, une liste des langues et dialectes officiels parlés par collectivité et un guide des graphies privilégiées des noms de langues autochtones.
Au niveau fédéral, le tłı̨chǫ s'inscrit dans le cadre plus large des politiques canadiennes de soutien aux langues autochtones, qui visent la réappropriation, la revitalisation et le renforcement de ces langues.
Écriture et caractéristiques
Le tłı̨chǫ s'écrit en alphabet latin, au moyen d'une orthographe adaptée à sa phonologie et employée aujourd'hui dans l'enseignement, la signalisation, les documents publics et la toponymie officielle. Le nom même de la langue illustre plusieurs particularités de cette écriture :
- le ł (l barré) note une consonne latérale sourde ;
- l'ogonek sous une voyelle (ą, ı̨, ǫ) indique une voyelle nasale ;
- le ı sans point est utilisé afin de permettre l'ajout des diacritiques ;
- l'accent grave marque le ton bas, comme dans Behchokǫ̀ ou Whatì.
Comme plusieurs langues dénées, le tłı̨chǫ est une langue tonale : la hauteur de la voix sur une syllabe peut distinguer des mots. Sa morphologie verbale, caractéristique de la famille, repose sur un verbe complexe formé de nombreux préfixes qui expriment la personne, l'aspect, le mode et d'autres informations grammaticales.
Ces caractères spéciaux supposent des outils numériques adaptés (claviers, polices), dont la disponibilité facilite l'usage écrit de la langue dans les communications contemporaines et sur les plateformes numériques.
Vitalité, locuteurs et transmission
Locuteurs
| Source | Année | Estimation |
|---|---|---|
| Gouvernement des Territoires du Nord-Ouest | 2019 | 2 300 locuteurs |
| Catalogue des langues autochtones de Savoirs.Québec | non datée | environ 2 400 locuteurs |
Selon le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, le tłı̨chǫ est, en 2019, la langue autochtone la plus parlée du territoire. Le recensement canadien inclut la langue dans sa nomenclature des langues maternelles, ce qui permet d'en suivre l'évolution d'un recensement à l'autre.
Statut de vitalité
Malgré ce nombre de locuteurs relativement élevé à l'échelle des langues dénées, le tłı̨chǫ est classé comme langue en danger. Comme pour d'autres langues autochtones du Canada, la transmission intergénérationnelle a été fragilisée par l'influence de l'anglais et par les effets durables des pensionnats.
Enseignement et revitalisation
La langue est enseignée dans les écoles des collectivités tłı̨chǫ et soutenue par des programmes linguistiques du gouvernement tłı̨chǫ. Les ressources du gouvernement territorial, ainsi que les initiatives présentées notamment par l'Association canadienne des professionnels de l'immersion et des langues secondes, mettent en relief le lien entre autonomie gouvernementale et revitalisation : la maîtrise des décisions en matière d'éducation et de culture permet à la nation d'orienter elle-même la transmission de sa langue aux jeunes générations.
Documentation et ressources
Le tłı̨chǫ dispose d'une documentation diversifiée, qui sert à la fois la recherche linguistique et l'apprentissage par la communauté.
- Le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest offre une page de ressources en tłı̨chǫ, des renseignements sur les langues parlées par collectivité et un guide des graphies privilégiées.
- Le gouvernement du Canada répertorie des ressources d'apprentissage et d'enseignement pour les langues autochtones, et Bibliothèque et Archives Canada propose une aide à la recherche sur les enregistrements relatifs aux langues et aux cultures autochtones.
- Les référentiels internationaux ISO 639-3 (code dgr) et Glottolog (identifiant dogr1252) répertorient la langue et sa classification.
Le catalogue des langues autochtones de Savoirs.Québec répertorie pour sa part un lexique de 5 562 entrées en tłı̨chǫ, ce qui en fait l'une des langues dénées les mieux pourvues de cette base lexicale. Aucun corpus de phrases bilingues n'y est encore associé.
Ces ressources lexicales, pédagogiques et archivistiques contribuent à l'usage actuel de la langue, en appui à l'enseignement et aux initiatives menées par la nation tłı̨chǫ.
Rapport au Québec
Le tłı̨chǫ n'est pas parlé au Québec et n'y possède aucune communauté d'origine. Son aire se trouve entièrement dans les Territoires du Nord-Ouest.
Aucune langue de la famille dénée n'est par ailleurs implantée sur le territoire québécois. Les langues autochtones du Québec se rattachent à d'autres familles : la famille algonquienne (cri de l'Est, innu-aimun, naskapi, atikamekw, algonquin, mi'kmaq, wolastoqey, abénakis), la famille iroquoienne (kanien'kéha, wendat) et la famille eskimo-aléoute (inuktitut du Nunavik).
Le tłı̨chǫ intéresse néanmoins le lecteur québécois à plusieurs titres. Il offre un point de comparaison pour l'étude de la vitalité des langues autochtones au Canada : avec un nombre de locuteurs du même ordre que celui de l'algonquin, également classé comme langue en danger, il illustre les défis communs de la transmission. Son expérience de gouvernance, où une nation autonome prend en charge ses programmes linguistiques, rejoint par ailleurs des démarches menées au Québec, par exemple chez les Cris d'Eeyou Istchee, dont la langue demeure vigoureuse. Enfin, son statut de langue officielle territoriale constitue un exemple de reconnaissance juridique d'une langue autochtone au Canada.