Dénomination et classification
La langue porte plusieurs noms. Ses locuteurs la désignent notamment par l'endonyme Niitsi'powahsin, et le nom Siksiká, qui est aussi celui de l'une des nations qui la parlent, est couramment associé à la langue. En français, on emploie « pied-noir » ou « langue des Pieds-Noirs », et en anglais Blackfoot. Son code ISO 639-3 est bla.
Le pied-noir appartient à la famille algonquienne, l'une des familles de langues autochtones les plus étendues en Amérique du Nord. Au sein de cette famille, il forme une branche des Plaines et se montre très divergent des autres langues, y compris du cri des plaines, son voisin géographique. Cette distance s'explique par une longue évolution séparée, qui a profondément transformé la phonologie et le vocabulaire hérités de l'ancêtre commun.
La langue compte trois variétés principales, associées aux nations qui la parlent :
- le siksika ;
- le kainai ;
- le piikani.
Ces variétés demeurent mutuellement intelligibles et sont généralement considérées comme des dialectes d'une même langue.
Aire et communautés
Le pied-noir est la langue de la Confédération des Pieds-Noirs, alliance historique de nations des Plaines qui comprend les Siksika, les Kainai et les Piikani. Son territoire traditionnel s'étend sur une partie du sud de l'Alberta et se prolonge au sud de la frontière canado-américaine, dans le nord du Montana.
Au Canada, la langue est parlée principalement dans les communautés de ces nations en Alberta, ainsi que dans les villes de la province, où réside une partie des locuteurs. Aux États-Unis, elle est en usage au sein de la nation pied-noire du Montana.
Le territoire canadien de la Confédération correspond pour l'essentiel à celui du Traité no 7, signé en 1877 entre la Couronne et plusieurs nations du sud de l'actuelle Alberta. La langue est étroitement liée à l'identité collective de ces nations, à leurs cérémonies, à leurs récits et à leur rapport au territoire des Plaines.
Caractéristiques linguistiques
Le pied-noir se caractérise par une morphologie verbale complexe. Comme les autres langues algonquiennes, il est de type polysynthétique : un seul verbe peut porter de nombreux éléments (préfixes, racines, suffixes) qui expriment à la fois l'action, ses participants et diverses nuances de sens, de sorte qu'un mot peut correspondre à une phrase entière en français.
Parmi les traits partagés avec la famille algonquienne figurent :
- la distinction grammaticale entre noms animés et inanimés, qui conditionne l'accord des verbes ;
- le système d'obviation, qui distingue, à la troisième personne, le participant principal d'un récit des autres participants ;
- une riche flexion des verbes selon la personne du sujet et de l'objet.
Le pied-noir possède en outre un système d'accent tonal : la hauteur de la voix sur certaines syllabes joue un rôle distinctif dans la prononciation des mots. Ce trait, ainsi qu'une phonologie fortement remaniée, contribue à sa singularité au sein de la famille algonquienne.
Écriture
Le pied-noir s'écrit aujourd'hui en alphabet latin. L'orthographe en usage note les sons propres à la langue à l'aide de lettres latines et de l'apostrophe, qui représente notamment l'occlusion glottale, comme dans l'endonyme Niitsi'powahsin. La notation des voyelles longues et de l'accent varie selon les ouvrages et les programmes.
L'écriture est une pratique vivante : elle sert à la production de matériel pédagogique, de lexiques, de livres pour enfants, de signalisation dans les communautés et de contenus numériques. Elle accompagne l'enseignement de la langue dans les écoles et les établissements postsecondaires des nations concernées, ainsi que la documentation menée avec les aînés et les locuteurs de langue maternelle.
Des enregistrements de la langue figurent par ailleurs dans les collections d'archives canadiennes consacrées aux langues et aux cultures autochtones.
Vitalité, locuteurs et transmission
Recensement de 2021
Au recensement canadien de 2021, 6 450 personnes ont déclaré pouvoir parler le pied-noir, soit une hausse de 18,9 % par rapport à 2016 selon Statistique Canada. D'autres tableaux du même recensement fournissent des chiffres légèrement différents selon la mesure retenue (connaissance de la langue, langue maternelle ou langue parlée à la maison) ; le nombre de personnes ayant le pied-noir comme langue maternelle y est inférieur à celui des personnes capables de le parler, ce qui témoigne d'un apprentissage de la langue comme langue seconde.
| Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Personnes pouvant parler la langue (2021) | 6 450 | Statistique Canada |
| Variation depuis 2016 | + 18,9 % | Statistique Canada |
| Estimation générale des locuteurs | environ 5 000 | Catalogue des langues autochtones |
Statut de vitalité
Le pied-noir est considéré comme une langue en danger : une part importante des locuteurs de langue maternelle appartient aux générations plus âgées, et la transmission familiale aux enfants s'est affaiblie au cours du XXe siècle.
Enseignement et revitalisation
Des écoles et des programmes linguistiques en Alberta visent à préserver et à promouvoir la langue. L'enseignement du pied-noir est offert dans les écoles des communautés et dans certains établissements scolaires de la province, et des établissements postsecondaires gérés par les nations contribuent à la formation d'enseignants et à la production de ressources. La hausse du nombre de personnes capables de parler la langue entre 2016 et 2021 s'inscrit dans ce mouvement de réappropriation.
Histoire et politiques linguistiques
Les nations de la Confédération des Pieds-Noirs occupent depuis des siècles les Plaines du nord, où leur langue s'est développée en lien étroit avec un mode de vie organisé autour du bison, des déplacements saisonniers et d'une vie cérémonielle riche.
La signature du Traité no 7 en 1877 a ouvert une période de profonds bouleversements : établissement des réserves, disparition des grands troupeaux de bison et mise en place de politiques d'assimilation par le gouvernement fédéral. Comme pour les autres langues autochtones du Canada, le système des pensionnats a contribué à interrompre la transmission du pied-noir, les enfants étant éloignés de leur famille et souvent dissuadés de parler leur langue.
À partir de la seconde moitié du XXe siècle, les nations ont repris en main l'éducation de leurs membres et développé des initiatives de documentation et d'enseignement. Ces démarches fondent la situation actuelle de la langue, à la fois menacée et en voie de réappropriation par de nouvelles générations d'apprenants.
Rapport au Québec
Le pied-noir n'a pas d'aire traditionnelle au Québec : aucune communauté pied-noire n'y est établie, et le territoire de la Confédération des Pieds-Noirs se situe dans l'Ouest canadien et au Montana. Dans le profil de la population autochtone du Québec tiré du recensement de 2021, la langue n'apparaît pas avec une présence mesurable dans les catégories linguistiques présentées.
Le pied-noir est toutefois apparenté, par la famille algonquienne, à plusieurs langues autochtones parlées au Québec :
- le cri de l'Est (Eeyou Istchee) ;
- l'innu-aimun (Côte-Nord) ;
- le naskapi (Kawawachikamach) ;
- l'atikamekw (Haute-Mauricie) ;
- l'algonquin (Outaouais et Abitibi) ;
- le mi'kmaq (Gaspésie) ;
- le wolastoqey (malécite).
Sa forte divergence par rapport à ces langues en fait un point de comparaison utile pour l'étude de la diversité interne de la famille algonquienne, dont le Québec abrite plusieurs représentants vigoureux.