Présentation
Le Cassé est un récit bref de Jacques Renaud, écrivain né à Montréal. Il paraît en 1964 aux Éditions Parti pris, maison d'édition issue de la revue du même nom. Le titre joue sur un sens propre au français du Québec : dans l'usage familier, l'adjectif « cassé » désigne une personne sans argent, démunie. Le mot résume ainsi la condition du protagoniste, à la fois pauvre et brisé.
L'ouvrage est généralement décrit comme un court roman, parfois comme une longue nouvelle. Sa brièveté, son rythme saccadé et la violence de son propos en font un texte souvent cité dans les études consacrées au renouvellement de la prose québécoise au cours des années 1960.
Contenu
Le récit se déroule dans les quartiers ouvriers de l'est de Montréal. Il suit Ti-Jean, un jeune homme sans emploi et sans ressources, dont la vie se résume à l'errance, à la frustration et à des rapports tendus avec son entourage. Sa relation avec Philomène, sa compagne, et sa jalousie envers un autre personnage, Bill, nourrissent une tension qui conduit à un dénouement violent.
Le texte ne cherche pas à embellir ce milieu. Il en expose la misère économique, l'aliénation sociale et l'enfermement psychologique. La narration adopte de près le point de vue et la langue des personnages, ce qui donne au récit son caractère brut.
Thèmes
- la pauvreté et le chômage urbains ;
- l'aliénation individuelle et collective ;
- la violence comme expression d'une impuissance sociale ;
- la langue comme marqueur d'appartenance et de dépossession.
Langue et écriture
L'importance de Le Cassé tient d'abord à son écriture. Jacques Renaud y emploie le joual, variété populaire du français parlé à Montréal, non seulement dans les dialogues mais aussi dans la narration. Cette démarche rompt avec la tradition d'une prose littéraire soignée, alignée sur la norme du français de France.
Pour les auteurs regroupés autour de la revue Parti pris, l'usage du joual répond à une intention politique : montrer la dégradation de la langue comme le symptôme d'une société colonisée et économiquement dominée. Le joual n'y est donc pas présenté comme un idéal linguistique, mais comme le reflet d'une condition à dénoncer.
L'œuvre précède de quelques années la création des Belles-sœurs de Michel Tremblay (1968), qui a porté le débat sur le joual sur la scène théâtrale. Les histoires de la littérature québécoise la citent souvent parmi les premiers textes de fiction à avoir posé ouvertement cette question, aux côtés d'autres titres publiés par Parti pris au milieu des années 1960.
Contexte de publication
La revue Parti pris, fondée à Montréal en 1963, défend un projet à la fois indépendantiste, socialiste et laïque. Sa maison d'édition, les Éditions Parti pris, publie à partir de 1964 des essais politiques, de la poésie et des récits. Le Cassé figure parmi ses premières publications de fiction.
La parution s'inscrit dans le climat de la Révolution tranquille, marqué par la modernisation de l'État québécois, l'affirmation nationale et une remise en question des institutions traditionnelles. La littérature de cette période cherche à nommer la réalité québécoise dans ses propres termes. Le récit de Jacques Renaud participe de ce mouvement en donnant une voix au prolétariat urbain montréalais.
Éditions
Le texte a connu plusieurs éditions. Les notices bibliographiques recensent :
| Année | Titre | Éditeur |
|---|---|---|
| 1964 | Le Cassé | Éditions Parti pris, Montréal |
| 1968 | Le cassé suivi de quelques nouvelles | Éditions Parti pris, Montréal |
L'édition de 1968 réunit le récit principal et d'autres textes brefs de l'auteur. Le choix et le nombre des textes d'accompagnement varient d'une édition à l'autre. La Bibliographie du Québec, tenue par Bibliothèque et Archives nationales du Québec à partir du dépôt légal, permet de confirmer les données bibliographiques de chaque édition.
Réception et contestations
Dès sa parution, Le Cassé suscite des réactions vives en raison de sa langue et de la crudité de son contenu. Il est ensuite reconnu par la critique et par l'enseignement comme une œuvre représentative de la littérature québécoise des années 1960, et il est étudié dans les cours de littérature.
Le texte a aussi été la cible de contestations. Un index canadien recensant les tentatives de censure de livres rapporte qu'il a été dénoncé en 1971 et en 1982 et qu'un cégep a fait l'objet d'une demande visant à le retirer de ses cours. Ces épisodes montrent la persistance des débats sur la place de la langue populaire et de la violence dans les œuvres enseignées au Québec.