Origines et années Corbeau
Marjolène Morin naît à Montréal. Elle adopte le nom de scène Marjo et s'impose à la fin des années 1970 comme chanteuse du groupe rock québécois Corbeau, formation active de 1978 à 1984.
Corbeau s'inscrit dans l'effervescence du rock francophone au Québec de cette période, aux côtés d'autres formations qui revendiquent un son plus dur que celui de la chanson à texte dominante. La voix rauque et l'énergie scénique de Marjo deviennent la signature du groupe, qui se produit abondamment sur les scènes québécoises et obtient plusieurs succès radiophoniques.
Au sein de Corbeau, Marjo collabore notamment avec le guitariste Jean Millaire, qui restera un partenaire artistique important au début de sa carrière solo. La dissolution du groupe en 1984 marque la fin d'une étape, mais l'expérience acquise sur scène et en studio prépare son passage à une carrière sous son propre nom.
Les années Corbeau sont régulièrement évoquées dans les rétrospectives consacrées à l'artiste comme le point de départ d'un parcours qui fait d'elle l'une des voix féminines emblématiques du rock au Québec.
Carrière solo
Marjo lance son premier album solo, Celle qui va, en 1986. L'album comprend notamment « Chats sauvages », « Doux » et « Impoésie ». « Chats sauvages » devient sa chanson la plus connue et demeure associée à son nom ; Bibliothèque et Archives nationales du Québec documente le lancement de l'album et la place de cette chanson dans le parcours de l'artiste.
Le succès de Celle qui va se traduit l'année suivante par une reconnaissance de l'industrie : au gala de l'ADISQ de 1987, elle remporte les Félix de l'album rock de l'année et de l'interprète féminine de l'année.
Elle poursuit ensuite une carrière discographique et scénique soutenue. Parmi ses albums figurent :
- Tant qu'il y aura des enfants (1990) ;
- Bohémienne (1995) ;
- Bootleg Blues (1998) ;
- Turquoise (2005).
Au fil des années, son répertoire évolue du rock vers le blues, sans renoncer à l'intensité vocale qui caractérise ses premiers enregistrements. Radio-Canada souligne en 2023 un parcours de plus de 45 ans sur scène et en studio.
Style et collaborations
La musique de Marjo repose sur un rock à guitares porté par une voix éraillée et puissante, devenue l'un des timbres les plus reconnaissables de la chanson populaire québécoise. Les portraits qui lui sont consacrés insistent sur l'intensité de ses interprétations et sur une démarche artistique jugée sans compromis.
Avec le temps, elle intègre de plus en plus d'éléments de blues à son répertoire, comme en témoigne le titre de l'album Bootleg Blues (1998). Cette évolution s'accompagne d'un travail d'autrice et de compositrice qui lui vaut une reconnaissance à titre de créatrice, et non seulement d'interprète.
Parmi ses collaborations marquantes figure « Les yeux du cœur », chanson interprétée en duo avec Gerry Boulet, chanteur du groupe Offenbach et autre figure centrale du rock québécois. Ce duo compte parmi les chansons les plus durables de la musique populaire au Québec.
Sa collaboration avec Jean Millaire, amorcée au sein de Corbeau, se prolonge au début de sa carrière solo et contribue au son de ses premiers albums.
Distinctions
Marjo a reçu de nombreuses récompenses au cours de sa carrière. Radio-Canada rapporte qu'elle a remporté 14 Félix de l'Association québécoise de l'industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ).
| Année | Distinction |
|---|---|
| 2023 | Intronisation au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens |
| 1987 | Félix de l'album rock de l'année (Celle qui va) |
| 1987 | Félix de l'interprète féminine de l'année |
Son intronisation au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens, en 2023, reconnaît sa contribution à titre d'autrice-compositrice et son rôle dans l'histoire du rock francophone au Québec.
Les organismes qui lui consacrent une notice, dont le Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens et Radio-Canada, font état de plus d'un million d'albums vendus au cours de sa carrière, un chiffre important à l'échelle du marché québécois.
Place dans la musique québécoise
Marjo occupe une place particulière dans l'histoire de la musique populaire québécoise comme l'une des premières femmes à s'imposer durablement au premier plan du rock francophone, un genre alors largement dominé par des formations masculines. Son parcours, de Corbeau à sa carrière solo, accompagne l'essor puis la consolidation du rock québécois de la fin des années 1970 au début du XXIe siècle.
« Chats sauvages » est régulièrement reprise dans les rétrospectives radiophoniques et les sélections consacrées aux classiques de la chanson québécoise, tout comme « Les yeux du cœur ». Des institutions patrimoniales, dont Bibliothèque et Archives nationales du Québec, et des médias publics, dont Radio-Canada, ont consacré des dossiers d'archives à sa carrière.
Sa reconnaissance par le Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens inscrit son œuvre dans le patrimoine musical canadien, au-delà de son seul rayonnement au Québec.