Origines et formation
Francis Mankiewicz naît le 15 mars 1944 à Shanghai, en Chine. Sa famille s'établit ensuite à Montréal, où il grandit. Il entreprend d'abord des études de géologie avant de se tourner vers le cinéma.
Il part se former à la London School of Film Technique, à Londres, puis revient à Montréal pour y exercer son métier. Il s'inscrit alors dans le milieu cinématographique québécois de la fin des années 1960, période marquée par l'essor d'un cinéma de fiction d'auteur et par le rôle structurant de l'Office national du film du Canada (ONF) dans la formation et la production.
Cette double origine, entre un parcours international et un ancrage montréalais, se reflète dans sa carrière, qui alterne productions en français et en anglais, pour le cinéma comme pour la télévision.
Le Temps d'une chasse
Le premier long métrage de Francis Mankiewicz, Le Temps d'une chasse, est produit en 1972 par l'Office national du film du Canada. Le film suit trois hommes et un garçon partis à la chasse en forêt pour une fin de semaine. Sous le prétexte de l'expédition, le récit observe les rapports entre les adultes et le regard de l'enfant sur leurs comportements.
Le film est récompensé au Palmarès du film canadien et présenté dans des festivals internationaux, dont celui de Venise. Il établit d'emblée certains traits qui reviendront dans l'œuvre du cinéaste : l'attention portée à l'enfance, la description de milieux populaires et une mise en scène centrée sur les personnages et leurs tensions.
Le film s'inscrit dans la production québécoise du début des années 1970, au moment où l'ONF et le secteur privé soutiennent l'émergence d'une nouvelle génération de réalisateurs de fiction.
Collaboration avec Réjean Ducharme
Après Une amie d'enfance (1978), Francis Mankiewicz réalise Les Bons Débarras (1980), sur un scénario original de l'écrivain Réjean Ducharme. Le film est centré sur la relation exclusive et tourmentée entre une mère et sa fille dans un milieu défavorisé des Laurentides.
Les Bons Débarras reçoit huit prix Génie et devient l'une des œuvres de référence du cinéma québécois. Il figure régulièrement parmi les films canadiens les plus souvent cités par la critique et les historiens du cinéma.
La collaboration entre le cinéaste et l'écrivain se poursuit avec Les Beaux Souvenirs (1981), autre drame familial écrit par Ducharme. Ces deux films associent l'écriture singulière de Ducharme, faite d'inventions verbales et de personnages excessifs, à la sobriété de la mise en scène de Mankiewicz.
Films ultérieurs et télévision
En 1988, Francis Mankiewicz réalise Les Portes tournantes, adaptation du roman de l'écrivain acadien Jacques Savoie. Le film entrelace plusieurs générations d'une même famille et revient sur le passé d'une pianiste ayant accompagné les films muets.
Parallèlement, le cinéaste travaille pour la télévision, notamment en langue anglaise. Il réalise entre autres :
- Love and Hate: The Story of Colin and JoAnn Thatcher, inspiré d'une affaire criminelle survenue en Saskatchewan ;
- Conspiracy of Silence.
Ces productions élargissent son public au Canada anglais et illustrent la circulation de plusieurs cinéastes québécois entre les industries francophone et anglophone à la fin des années 1980.
Filmographie sélective (cinéma)
| Année | Titre |
|---|---|
| 1972 | Le Temps d'une chasse |
| 1978 | Une amie d'enfance |
| 1980 | Les Bons Débarras |
| 1981 | Les Beaux Souvenirs |
| 1988 | Les Portes tournantes |
Thèmes et style
L'œuvre de fiction de Francis Mankiewicz se caractérise par une attention constante aux liens familiaux et aux rapports entre enfants et adultes. Dans Le Temps d'une chasse, un garçon observe le comportement des hommes qui l'entourent ; dans Les Bons Débarras, une fillette défend jalousement l'amour de sa mère ; Les Beaux Souvenirs et Les Portes tournantes reviennent eux aussi sur les blessures et les héritages au sein d'une famille.
Le cinéaste privilégie des récits intimistes situés dans des milieux modestes, souvent hors des grands centres, et s'appuie sur le jeu des interprètes plutôt que sur les effets de mise en scène. La critique a souligné la retenue de son style, qui laisse place à l'intensité dramatique des scénarios, notamment ceux de Réjean Ducharme.
Son parcours témoigne également des liens entre le cinéma d'auteur québécois et les institutions de production publiques, à commencer par l'Office national du film du Canada.
Mort et reconnaissance
Francis Mankiewicz meurt à Montréal le 14 août 1993, à l'âge de 49 ans.
La même année, le gouvernement du Québec lui décerne à titre posthume le prix Albert-Tessier, la plus haute distinction québécoise dans le domaine du cinéma, remise dans le cadre des Prix du Québec.
Les Bons Débarras demeure son œuvre la plus connue. Le film est régulièrement présenté lors de rétrospectives et cité dans les ouvrages consacrés à l'histoire du cinéma québécois et canadien. L'ensemble de sa filmographie, de Le Temps d'une chasse à Les Portes tournantes, fait l'objet de notices dans les principales références consacrées au cinéma national, dont le répertoire Films du Québec et l'Encyclopédie canadienne du cinéma.