Dénomination et identité
Le nom atikamekw désigne en langue atikamekw le corégone, ou poisson blanc. Les membres de la nation emploient aussi l'autodésignation Nehirowisiw (pluriel Nehirowisiwok), souvent associée à l'idée d'une personne autonome en harmonie avec son territoire. L'appellation officielle combine fréquemment les deux termes : Atikamekw Nehirowisiwok.
Plusieurs graphies coexistent en français. L'administration québécoise utilise la forme « Attikameks » dans ses publications, tandis que l'Office québécois de la langue française consigne la forme « attikamek » ; la nation elle-même privilégie « Atikamekw », graphie conforme à sa propre orthographe. Sous le Régime français, les sources européennes ont aussi employé l'exonyme « Têtes-de-Boule », aujourd'hui abandonné.
La langue de la nation, le nehiromowin ou atikamekw, appartient à la famille algonquienne et se rattache au continuum des langues cries. Elle demeure couramment parlée dans les trois communautés, où le français est la principale langue seconde. Le statut et la vitalité de la langue sont traités dans les articles consacrés aux langues autochtones.
Territoire
Le Nitaskinan correspond au territoire ancestral revendiqué par la nation. Il couvre une vaste portion de la forêt boréale du centre du Québec, dont des travaux scientifiques évaluent la superficie à près de 80 000 km². Son axe principal est la rivière Saint-Maurice, Tapiskwan Sipi, et ses grands tributaires, qui ont longtemps servi de voies de circulation entre les territoires de chasse familiaux.
Les trois communautés actuelles sont situées dans deux régions administratives :
| Communauté | Région administrative | Situation |
|---|---|---|
| Manawan | Lanaudière | Rive du lac Métabeskéga, enclavée dans la MRC de Matawinie |
| Wemotaci | Mauricie | Haute vallée du Saint-Maurice, territoire de La Tuque |
| Opitciwan | Mauricie | Rive nord du réservoir Gouin, territoire de La Tuque |
Le territoire n'est pas seulement un espace d'exploitation des ressources. Pour les Atikamekw Nehirowisiwok, il constitue un lieu de mémoire, de toponymie et de transmission des savoirs. Les recherches menées auprès des femmes atikamekw soulignent le rôle du territoire comme lieu privilégié de transmission des valeurs, des pratiques et de la langue entre générations. Des projets de cartographie autochtone contemporaine visent à documenter cette occupation en tenant compte des conceptions propres à la nation.
Organisation traditionnelle
Le mode de vie traditionnel des Atikamekw Nehirowisiwok reposait sur la chasse, la pêche, le piégeage et la cueillette, pratiqués selon un cycle saisonnier. Durant l'hiver, les familles se dispersaient sur leurs territoires de chasse respectifs ; à la belle saison, les groupes se réunissaient en des lieux de rassemblement situés le long des cours d'eau, propices aux échanges, aux alliances et aux cérémonies.
L'organisation territoriale reposait sur des territoires de chasse familiaux, associés à des groupes de parenté. Un responsable, souvent un aîné expérimenté, veillait à la gestion du territoire, à la rotation des aires exploitées et au maintien des ressources. Cette organisation a persisté, sous des formes adaptées, jusqu'à l'époque contemporaine, où elle continue de structurer le rapport des familles au Nitaskinan.
La tradition orale occupe une place centrale dans la culture atikamekw. Récits, légendes, toponymes et savoirs pratiques sont transmis de génération en génération et constituent une source essentielle de l'histoire de la nation. Les savoir-faire matériels, notamment la fabrication de canots et de paniers d'écorce de bouleau, font partie du patrimoine reconnu de la nation.
Des premiers contacts au XIXe siècle
Les premières mentions écrites des Atikamekw remontent au début du XVIIe siècle, dans les écrits des missionnaires et des explorateurs français, notamment les Relations des jésuites. Les Atikamekw prennent alors part aux réseaux d'échanges autochtones qui relient l'intérieur des terres à la vallée du Saint-Laurent, en particulier par la rivière Saint-Maurice jusqu'à Trois-Rivières.
Au XVIIe siècle, la nation est durement éprouvée par les épidémies de maladies introduites par les Européens et par les conflits liés aux guerres franco-iroquoises, qui touchent l'ensemble des peuples alliés aux Français. Ces bouleversements provoquent un important déclin démographique et des recompositions entre groupes de la région.
Au XIXe siècle, la traite des fourrures et la présence eurocanadienne se développent en Haute-Mauricie, notamment par l'intermédiaire de postes de traite comme celui de Weymontachie. Les missionnaires catholiques intensifient leur présence, et les rassemblements estivaux se fixent progressivement autour des postes et des missions, préfigurant l'emplacement des communautés actuelles. La création de réserves en vertu du régime fédéral, encadré à partir de 1876 par la Loi sur les Indiens, accentue cette sédentarisation.
Transformations du XXe siècle
Au début du XXe siècle, l'exploitation forestière à grande échelle et l'arrivée du chemin de fer en Haute-Mauricie transforment profondément le Nitaskinan. Les chantiers, la drave sur le Saint-Maurice et l'établissement de villes comme La Tuque modifient l'accès au territoire et introduisent le travail salarié dans l'économie des familles.
L'aménagement hydroélectrique du bassin du Saint-Maurice a des conséquences durables. La mise en eau du réservoir Gouin, au début du siècle, inonde des terres occupées par les ancêtres de la communauté d'Opitciwan. Entre 1950 et 1972, la construction d'autres barrages et la création de réservoirs entraînent plusieurs déplacements de membres de la nation, l'inondation de sites d'occupation et de sépulture ainsi que la perte de territoires de chasse.
Parallèlement, des enfants atikamekw sont envoyés dans des pensionnats autochtones ; une étude scientifique situe leur fréquentation de 1955 à 1972. Cet éloignement a interrompu la transmission de certains savoirs territoriaux et linguistiques, et ses effets intergénérationnels sont aujourd'hui reconnus. La Commission de vérité et réconciliation du Canada a documenté ce système à l'échelle du pays.
Ces transformations ont favorisé la concentration de la population dans les trois communautés, tout en maintenant un lien étroit avec le territoire par la chasse, le piégeage et la fréquentation des camps familiaux.
Revendications et gouvernance
À partir des années 1970, les Atikamekw entreprennent des démarches de revendication territoriale globale. Ils s'associent d'abord à des communautés innues au sein du Conseil attikamek-montagnais, fondé en 1975, avant de poursuivre la négociation sous un leadership proprement atikamekw à partir des années 1990.
Le Conseil de la Nation Atikamekw, aussi appelé Atikamekw Sipi, est fondé en 1982. Organisme représentatif de la nation, il soutient le développement social, culturel et économique des communautés et conduit les négociations territoriales. Chaque communauté dispose par ailleurs de son propre conseil de bande, élu selon les règles en vigueur.
En 2014, le Conseil de la Nation Atikamekw déclare le Nitaskinan territoire atikamekw et affirme la souveraineté de la nation sur celui-ci, à la suite d'une décision de la Cour suprême du Canada relative au titre ancestral (arrêt Nation Tsilhqot'in). Cette déclaration ne constitue pas à elle seule un règlement juridique des revendications. La nation poursuit des négociations territoriales globales avec les gouvernements du Québec et du Canada, portant notamment sur le territoire, l'autonomie gouvernementale et la gestion des ressources. Les communautés mènent aussi des revendications particulières, comme celles de Manawan relatives à son territoire de réserve.
Mémoire collective et enjeux contemporains
La mémoire collective atikamekw s'articule autour du territoire, de la langue et des épreuves vécues au XXe siècle : déplacements, inondations, pensionnats. Les aînés, la tradition orale et les projets de documentation communautaire contribuent à préserver cette mémoire et à la transmettre aux jeunes générations, qui forment une part importante de la population des communautés.
Le décès de Joyce Echaquan, femme atikamekw de Manawan, survenu au Centre hospitalier de Lanaudière à Joliette le 28 septembre 2020, après qu'elle eut filmé les propos dénigrants du personnel à son endroit, a suscité une vive réaction au Québec et au Canada. Le Conseil des Atikamekw de Manawan et le Conseil de la Nation Atikamekw ont alors proposé le Principe de Joyce, qui vise à garantir aux Autochtones un accès équitable, sans discrimination, aux services sociaux et de santé. Cet événement a ravivé l'attention portée aux conclusions de la Commission d'enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec (commission Viens), dont le rapport a été déposé en 2019.
Les enjeux contemporains de la nation touchent notamment la gestion forestière sur le Nitaskinan, l'aménagement des ressources, le logement, l'éducation en langue atikamekw et la reconnaissance de l'autonomie gouvernementale. Les médias québécois ont régulièrement rendu compte des actions collectives atikamekw liées au territoire, comme les mobilisations contre certaines coupes forestières.