Toponymie
Le nom français La Grande Rivière figure dans le Répertoire géographique du Québec de 1969, selon la Commission de toponymie du Québec. L'appellation crie Tschishasipi signifie également « grande rivière » ; elle est à l'origine du nom de la communauté de Chisasibi, située près de l'embouchure.
Le cours d'eau a également été désigné sous les noms de Big River et de Fort George. Ces appellations rappellent la présence de postes de traite de la Compagnie de la Baie d'Hudson établis dans le secteur de l'estuaire, en particulier celui de Fort George, qui fut longtemps un lieu de rassemblement pour les familles cries de la région.
L'article défini fait partie intégrante du nom : on écrit « La Grande Rivière » avec une majuscule à l'article. Le nom a par ailleurs été repris pour désigner l'ensemble des aménagements hydroélectriques du bassin, couramment appelés « complexe La Grande », ainsi que les centrales et réservoirs numérotés (La Grande-1, La Grande-2-A, La Grande-3, La Grande-4).
Géographie
La Grande Rivière prend sa source dans la partie centrale du Québec-Labrador, sur le plateau intérieur de la Jamésie. Ses eaux proviennent notamment des lacs Naococane, Nichicun et Roundeyed. La rivière s'écoule ensuite globalement d'est en ouest sur environ 893 km avant d'atteindre la baie James, à proximité de Chisasibi.
Le cours d'eau se situe dans la région administrative du Nord-du-Québec. Il traverse le Bouclier canadien, un paysage de roches précambriennes, de nombreux lacs et de forêt boréale clairsemée qui fait progressivement place à la taïga vers le nord et l'intérieur des terres. Dans sa partie aval, la rivière franchit les basses terres côtières de la baie James avant de rejoindre la mer.
Bassin versant
La Commission de toponymie attribue au bassin hydrographique naturel de la rivière une superficie d'environ 100 000 km². Les dérivations réalisées dans le cadre des aménagements hydroélectriques ont considérablement accru la superficie drainée vers la centrale la plus en aval, en y ajoutant des apports provenant d'autres bassins voisins.
Affluents
La Grande Rivière reçoit plusieurs tributaires importants le long de son parcours. Les principaux sont :
| Rive | Affluent |
|---|---|
| Nord | Rivière Laforge |
| Nord | Rivière Kanaaupscow |
| Sud | Rivière Sakami |
La rivière Laforge joue un rôle particulier dans le réseau aménagé : elle sert de voie de transfert pour une partie des eaux du bassin de la rivière Caniapiscau, détournées vers La Grande Rivière afin d'alimenter les centrales du complexe.
Au sud, le secteur de la rivière Sakami reçoit les eaux dérivées des bassins des rivières Eastmain et Opinaca, et plus récemment une partie de celles de la rivière Rupert, acheminées vers le réservoir Robert-Bourassa. Ces transferts font de La Grande Rivière le collecteur d'un réseau hydrographique beaucoup plus vaste que son bassin d'origine.
Aménagement hydroélectrique
Le cours de La Grande Rivière a été profondément transformé par l'aménagement hydroélectrique réalisé dans les années 1970 et 1980, puis prolongé dans les décennies suivantes. Annoncé par le gouvernement de Robert Bourassa au début des années 1970, le projet de la Baie-James a été confié à la Société d'énergie de la Baie James.
Première phase
La première phase comprenait trois grandes centrales échelonnées sur la rivière : La Grande-2 (renommée Robert-Bourassa), La Grande-3 et La Grande-4, chacune associée à un vaste réservoir. Ces réservoirs occupent aujourd'hui de larges portions de l'ancien lit de la rivière. La centrale Robert-Bourassa, aménagée en souterrain, est dotée d'un évacuateur de crues en gradins surnommé l'« escalier de géant ».
Phases ultérieures
Des centrales supplémentaires ont été ajoutées par la suite, dont La Grande-1, près de l'embouchure, et La Grande-2-A, ainsi que des ouvrages sur la rivière Laforge et dans le bassin de la Caniapiscau. Des dérivations ont aussi été réalisées depuis les rivières Eastmain, Opinaca et Rupert.
L'ensemble forme l'un des plus importants complexes hydroélectriques au monde et assure une part considérable de la production d'électricité du Québec. L'énergie est acheminée vers le sud de la province par un réseau de lignes de transport à très haute tension.
Occupation humaine
Le bassin de La Grande Rivière fait partie du territoire traditionnel des Cris d'Eeyou Istchee, qui l'occupent pour la chasse, la pêche et le piégeage depuis des millénaires. Les postes de traite de la Compagnie de la Baie d'Hudson établis près de l'embouchure ont structuré, à partir du XIXᵉ siècle, les échanges entre les Cris et les marchands de fourrures.
L'aménagement hydroélectrique a donné lieu à la signature de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois en 1975, entente conclue entre les gouvernements du Québec et du Canada, les Cris et les Inuits. Cette convention a défini notamment les régimes territoriaux, les droits de chasse, de pêche et de piégeage ainsi que des mesures de compensation.
La communauté crie de Chisasibi, établie sur la rive sud près de l'embouchure, a été aménagée au début des années 1980 pour accueillir la population de l'île de Fort George, dont l'environnement était touché par la modification du régime de la rivière. En amont, le village de Radisson, fondé pour les besoins des chantiers, demeure la principale localité non autochtone du secteur et le terminus de la route de la Baie-James.
Environnement
La création des réservoirs a entraîné l'ennoiement de vastes superficies de forêt et de tourbières, modifiant les habitats terrestres et aquatiques. L'un des effets les plus documentés est l'augmentation temporaire de la teneur en mercure des poissons des réservoirs, liée à la décomposition de la matière organique submergée, ce qui a eu des conséquences sur les pratiques alimentaires des communautés cries.
Le régime hydrologique de la rivière a également été modifié : le débit, autrefois marqué par une crue printanière, est désormais régularisé selon les besoins de la production électrique, avec des débits hivernaux plus élevés qu'à l'état naturel. Dans l'estuaire, ces changements ont influé sur la dynamique des glaces et sur le mélange des eaux douces et salées dans la baie James.
Les effets environnementaux du complexe La Grande ont fait l'objet de programmes de suivi à long terme menés par Hydro-Québec et par divers organismes de recherche.
Homonymie
La Grande Rivière de la baie James ne doit pas être confondue avec d'autres cours d'eau et lieux portant un nom semblable au Québec, notamment :
- la Grande Rivière de la Gaspésie, qui se jette dans le golfe du Saint-Laurent et donne son nom à la ville de Grande-Rivière ;
- la réserve écologique de la Grande-Rivière, aire protégée située en Gaspésie, sans lien avec le cours d'eau du Nord-du-Québec ;
- l'ancienne seigneurie de la Grande-Rivière, également située en Gaspésie.

