Toponymie
Le plan d'eau a été désigné en anglais Clearwater Lake jusqu'en 1946. L'appellation française lac à l'Eau Claire s'est ensuite imposée dans la nomenclature géographique québécoise. La Commission de toponymie du Québec retient aujourd'hui lac Wiyâshâkimî comme nom officiel et classe « Lac à l'Eau Claire » parmi les anciens noms.
Ce changement reflète la place des noms autochtones dans la toponymie du Nord-du-Québec. Deux nations ont nommé ce lac :
- Wiyâshâkimî est le nom cri traditionnel. La Commission le traduit par « plan d'eau claire », sens que reprennent les appellations anglaise et française.
- Allait Qasigialingat est le nom inuit. Il signifie « le lac des Cris où il y a des phoques d'eau douce ». Ce nom rappelle la présence de phoques dans ce lac éloigné de la mer. Il témoigne aussi d'un territoire fréquenté par les Inuits et par les Cris.
Les trois appellations désignent le même lac. On trouve encore souvent l'ancien nom et sa forme anglaise dans les travaux scientifiques, surtout en géologie des impacts météoritiques.
Géographie
Le lac se trouve dans le territoire non organisé de la Baie-d'Hudson, dans la région administrative du Nord-du-Québec. Ce secteur fait partie du Nunavik, la portion du Québec située au nord du 55e parallèle. Le lac est à l'intérieur des terres, à l'est de la côte de la baie d'Hudson et du lac Tasiujaq.
La Commission de toponymie du Québec donne les dimensions suivantes :
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Longueur | environ 71 km |
| Largeur | environ 33 km |
| Superficie | 1 243 km² |
Un archipel partage le lac en deux sections. Le bassin occidental est le plus grand ; il est parsemé d'îles disposées en anneau. Le bassin oriental, plus petit, présente une forme presque circulaire.
Le lac s'inscrit dans le paysage du Bouclier canadien, fait de roches anciennes et de nombreux plans d'eau façonnés par les glaciations. La végétation de cette zone se situe à la transition entre la taïga et la toundra forestière.
Géologie
Les deux bassins du lac correspondent à deux structures d'impact météoritique. Ces structures sont connues dans la littérature scientifique sous les noms de Clearwater Ouest et Clearwater Est. Elles comptent parmi les exemples les plus cités de cratères d'impact au Canada.
Les estimations courantes donnent environ 36 km de diamètre à la structure occidentale et environ 26 km à la structure orientale. Les deux structures sont toutefois très érodées. L'anneau d'îles du bassin occidental correspond au soulèvement central de ce cratère complexe. On y trouve des roches fondues par l'impact, ce qui a attiré l'attention des géologues.
Pendant longtemps, on a considéré les deux cratères comme jumeaux, c'est-à-dire formés en même temps par un astéroïde double. Des datations publiées au cours des années 2010 ont remis en cause cette hypothèse. Elles attribuent à la structure orientale un âge nettement plus ancien que celui de la structure occidentale. Si ces résultats se confirment, les deux bassins voisins proviendraient de deux impacts distincts, séparés par une longue période géologique.
Par la suite, l'érosion glaciaire a remodelé le relief et dégagé les deux dépressions, que les eaux ont remplies.
Hydrographie
Le lac Wiyâshâkimî est la source principale de la rivière à l'Eau Claire. Celle-ci coule vers l'ouest sur environ 70 km avant de rejoindre le lac Tasiujaq. Ce dernier, autrefois appelé lac Guillaume-Delisle, est un grand plan d'eau relié à la baie d'Hudson par un étroit passage.
Le lac appartient donc au bassin versant de la baie d'Hudson. Comme les autres plans d'eau du Nunavik, il reste couvert de glace une grande partie de l'année.
Selon le nom inuit du lac, des phoques d'eau douce le fréquentent. Les phoques vivant en permanence en eau douce sont rares. Au Québec, une population de ce type est connue dans les lacs de l'intérieur du Nunavik, non loin de la baie d'Hudson.
Protection du territoire
Le lac fait partie du parc national Tursujuq, le plus vaste parc national du Québec. Ce parc protège un grand territoire situé entre la côte est de la baie d'Hudson et l'intérieur du Nunavik. Il englobe notamment le lac Tasiujaq, la rivière à l'Eau Claire et le lac Wiyâshâkimî.
Le parc relève du cadre légal québécois des parcs nationaux. Sa gestion s'inscrit dans le régime prévu par la Convention de la Baie-James et du Nord québécois. Elle associe l'administration régionale du Nunavik et les communautés inuites et cries voisines.
La création du parc a reconnu la valeur du lac sur trois plans :
- géologique, en raison de ses structures d'impact ;
- écologique, en raison de ses milieux nordiques et de sa faune ;
- culturel, en raison de l'usage ancien du territoire par les Inuits et les Cris.
Le lac est éloigné de toute route. On y accède surtout par voie aérienne ou par des expéditions en canot et en motoneige au départ des villages côtiers.
Occupation humaine
La région du lac est fréquentée depuis longtemps par les Inuits et par les Cris. Le lac se trouve dans une zone de contact entre leurs territoires traditionnels. Ses deux noms autochtones en témoignent : le nom inuit Allait Qasigialingat désigne explicitement le lac comme celui « des Cris ». La chasse, la pêche et le piégeage y ont été pratiqués de façon saisonnière.
Les villages les plus proches sont situés sur la côte de la baie d'Hudson. Umiujaq, village inuit, est établi près de l'embouchure du lac Tasiujaq. Plus au sud, Kuujjuarapik et la communauté crie de Whapmagoostui sont voisins à l'embouchure de la Grande rivière de la Baleine.
Le territoire ne compte pas d'habitation permanente au bord du lac. Les principales activités humaines y sont les usages traditionnels, la recherche scientifique et le tourisme d'aventure.
Homonymes
Le nom Lac à l'Eau Claire reste officiel pour plusieurs autres plans d'eau du Québec. Il ne faut pas les confondre avec le grand lac du Nunavik :
- le lac à l'Eau Claire de Saint-Élie-de-Caxton, en Mauricie ;
- le lac à l'Eau Claire de Val-des-Monts, en Outaouais ;
- le lac à l'Eau Claire des Lacs-du-Témiscamingue, en Abitibi-Témiscamingue.
Ces lacs sont beaucoup plus petits et n'ont aucun lien géologique avec les structures d'impact du Nunavik. Depuis l'adoption du nom Wiyâshâkimî pour le lac nordique, l'appellation « Lac à l'Eau Claire » ne désigne officiellement que ces homonymes.