Fondation
Le collège est fondé en 1635, peu après le retour des Français à Québec consécutif au traité de Saint-Germain-en-Laye (1632), qui met fin à l'occupation de la ville par les frères Kirke. Les jésuites, arrivés en Nouvelle-France dès 1625, y poursuivent alors une double mission : l'évangélisation des peuples autochtones et l'encadrement religieux et scolaire de la petite colonie française.
L'établissement est installé sur un terrain de la Haute-Ville, face à la place du marché, à proximité de l'église paroissiale Notre-Dame. L'emplacement correspond à celui qu'occupe aujourd'hui l'hôtel de ville de Québec. Le collège naît donc au cœur même de la ville naissante, dans le voisinage immédiat des principales institutions religieuses de la colonie.
Par son ancienneté, il est fréquemment présenté comme le premier collège classique d'Amérique du Nord, précédant d'environ un an la fondation de Harvard, au Massachusetts. Cette primauté, souvent rappelée dans l'historiographie québécoise, fait du collège un repère de l'histoire de l'éducation au Québec et, plus largement, en Amérique du Nord.
Enseignement
Le collège dispense le cours classique selon le modèle pédagogique des collèges jésuites d'Europe, fondé sur la Ratio studiorum. Le programme comprend l'étude de la grammaire, des humanités et de la rhétorique, puis de la philosophie ; un enseignement de théologie s'y ajoute au fil du temps pour la formation des futurs ecclésiastiques. Une école primaire, rattachée à l'établissement, accueille également les plus jeunes élèves.
Les exercices publics font partie de la vie de l'institution. En 1666, Louis Jolliet, futur explorateur du Mississippi, y soutient une thèse de philosophie en présence de l'intendant Jean Talon, un épisode souvent cité pour illustrer le rayonnement intellectuel du collège.
À partir de 1708, les jésuites y donnent aussi des cours d'hydrographie, c'est-à-dire de navigation, de cartographie et de mathématiques appliquées. Cet enseignement prépare les pilotes, nécessaires à la navigation sur le fleuve Saint-Laurent, ainsi que les arpenteurs chargés de délimiter les terres de la colonie. Le collège répond ainsi à des besoins pratiques de la Nouvelle-France, au-delà de la seule formation humaniste et religieuse.
L'établissement possède en outre une bibliothèque et une apothicairerie, qui témoignent de son rôle de centre de savoir dans la colonie.
Bâtiments
Les premiers bâtiments du collège sont construits en bois. La construction d'un ensemble en pierre est amorcée en 1647. Au cours des décennies suivantes, le collège et la résidence des pères sont agrandis et réaménagés autour d'une cour intérieure, selon un plan caractéristique des grandes maisons religieuses de l'époque.
Une église attenante, dont les travaux commencent en 1666, complète l'ensemble. Elle borde la place du marché de la Haute-Ville et forme, avec l'église paroissiale voisine, l'un des pôles religieux et urbains de Québec sous le Régime français.
Le complexe comprend également des jardins et des dépendances. Le souvenir de ces jardins se perpétue dans le secteur, où des vestiges archéologiques subsistent, notamment près de la rue des Jardins. L'ampleur de l'ensemble en fait l'un des édifices les plus importants de la ville au XVIIIe siècle.
| Étape | Date |
|---|---|
| Fondation du collège | 1635 |
| Début de la construction en pierre | 1647 |
| Début des travaux de l'église | 1666 |
Conquête et Régime britannique
Le siège de Québec en 1759 et la capitulation de la ville marquent un tournant pour l'institution. Après la Conquête, les autorités britanniques occupent les bâtiments du collège, qui sont dès lors utilisés à des fins militaires et administratives.
L'enseignement ne cesse pas immédiatement. Le cours classique se poursuit jusqu'en 1768, tandis que l'école primaire ferme ses portes en 1776. Entre-temps, la Compagnie de Jésus est supprimée par le pape Clément XIV en 1773. Sous le nouveau régime, il est interdit aux jésuites de recruter de nouveaux membres dans la colonie, si bien que la communauté s'éteint progressivement ; le dernier jésuite de la province, le père Jean-Joseph Casot, meurt en 1800.
Les biens de la Compagnie passent alors à la Couronne. La question des « biens des Jésuites » alimente pendant tout le XIXe siècle des débats politiques au Bas-Canada puis au Québec, jusqu'à l'adoption d'une loi de règlement en 1888 sous le gouvernement d'Honoré Mercier.
L'église du collège, dont l'état se dégrade, est démolie en 1807.
Caserne et démolition
Sous le Régime britannique, le collège sert principalement de caserne. Les militaires y logent pendant une grande partie du XIXe siècle, et l'édifice est alors couramment désigné comme les casernes des Jésuites. Cet usage prolongé entraîne des transformations importantes de l'ensemble conventuel d'origine.
Le départ de la garnison britannique de Québec en 1871, dans la foulée du retrait des troupes impériales du Canada après la Confédération, prive le bâtiment de sa fonction. Laissé à l'abandon, le site se détériore et le collège est démoli en 1877.
Le terrain demeure ensuite inoccupé pendant plusieurs années avant que la Ville de Québec n'y fasse construire son hôtel de ville, de 1894 à 1896. L'édifice municipal occupe depuis lors l'emplacement de l'ancien collège, en face de la basilique-cathédrale Notre-Dame-de-Québec.
Vestiges et mémoire
Bien que le collège ait disparu, sa présence demeure inscrite dans le paysage et la mémoire de Québec. Le fronton de l'ancien collège est conservé à l'hôtel de ville. Des vestiges archéologiques subsistent dans le secteur, et la Ville de Québec documente le site dans le cadre de son programme d'archéologie urbaine, qui retrace l'histoire de l'établissement et de ses transformations.
Une plaque commémorative rappelle également l'existence du collège et son importance dans l'histoire de l'enseignement au Canada.
La toponymie de la ville conserve le souvenir de la présence jésuite, notamment par la rue des Pères-Jésuites et l'avenue des Jésuites, officialisées par la Commission de toponymie du Québec.
Les jésuites, revenus au Canada en 1842, ont fondé de nouveaux établissements au Québec, dont le Collège Saint-Charles-Garnier, à Québec, parfois présenté comme l'héritier symbolique de l'ancien collège. En 2025, les Archives des jésuites au Canada ont souligné les 400 ans de la mission jésuite à Québec, rappelant la place du collège dans cette histoire. Par ailleurs, l'histoire de sa bibliothèque intéresse les historiens du livre, qui étudient la circulation des collections savantes de la Nouvelle-France vers les institutions qui leur ont succédé, comme le Séminaire de Québec.