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Histoire

Nation abénaquise

La nation abénaquise (aussi orthographiée Abénakis, ou Wabanaki) est une Première Nation de la famille algonquienne. Son territoire ancestral s'étendait sur une partie du nord-est de l'Amérique, notamment l'actuelle Nouvelle-Angleterre. Sous la pression de la colonisation britannique, des groupes abénaquis se sont installés dans la vallée du Saint-Laurent à partir de la seconde moitié du XVIIe siècle. Ils se sont fixés au début du XVIIIe siècle à Odanak et à Wôlinak, aujourd'hui situées dans le Centre-du-Québec. Alliés des Français pendant les guerres coloniales, les Abénaquis occupent une place importante dans l'histoire du Québec.

Parc de l’Église à Odanak
Photographie historique : Parc de l’Église à Odanak. Robert Garry (CC BY-SA 4.0) Wikimedia Commons · CC BY-SA 4.0

Origines et territoire ancestral

Le nom « Abénaquis » dérive d'un terme algonquien généralement rendu par « peuple du soleil levant » ou « gens de l'aurore ». Il désigne des peuples de langue algonquienne de l'est du continent. Leur territoire ancestral couvrait une vaste partie du nord-est de l'Amérique, dont des régions aujourd'hui situées dans le Maine, le New Hampshire et le Vermont. Il s'étendait jusqu'aux marges méridionales de l'actuel Québec.

Les historiens distinguent habituellement deux grands ensembles :

  • les Abénaquis de l'Est, établis surtout dans les bassins des rivières Kennebec, Androscoggin et Penobscot ;
  • les Abénaquis de l'Ouest, établis dans les vallées du Connecticut et de la Merrimack et autour du lac Champlain. On y range notamment les Sokokis, les Pennacooks et les Missisquois.

Avant le contact européen, ces groupes pratiquaient une économie saisonnière. Elle associait la chasse, la pêche et la cueillette et, dans les régions plus méridionales, la culture du maïs, de la courge et du haricot. L'organisation sociale reposait sur des bandes familiales liées par la parenté et par des alliances régionales. Les déplacements suivaient le réseau hydrographique.

Les Abénaquis faisaient partie d'un vaste réseau d'alliances qui unissait les peuples algonquiens du nord-est. On le désigne souvent sous le nom de confédération Wabanaki.

Migrations vers la vallée du Saint-Laurent

Au XVIIe siècle, l'expansion des colonies britanniques de Nouvelle-Angleterre bouleverse le territoire abénaquis. Les épidémies, les conflits armés et la perte de terres poussent plusieurs groupes à chercher refuge au nord. La guerre dite du roi Philip (1675-1676) accélère ce mouvement.

Les Abénaquis réfugiés sont d'abord accueillis à la mission de Sillery, près de Québec, où les jésuites encadrent une population autochtone chrétienne. Ils s'installent ensuite près des chutes de la rivière Chaudière, à la mission de Saint-François-de-Sales.

Au début du XVIIIe siècle, les Abénaquis se fixent durablement sur la rive sud du Saint-Laurent. Les dates communément retenues sont les suivantes :

CommunautéRivièreÉtablissement
OdanakSaint-Françoisvers 1700
WôlinakBécancourvers 1708

Ces établissements accueillent au fil du XVIIIe siècle d'autres réfugiés venus de Nouvelle-Angleterre, au gré des guerres coloniales. Ils deviennent ainsi des lieux de regroupement pour des familles d'origines abénaquises diverses. Les autorités françaises y voient un intérêt stratégique. Situées sur les voies d'eau menant vers le sud, ces communautés protègent les abords de la colonie laurentienne.

Alliance française et conflits coloniaux

Les relations entre les Abénaquis et les Français sont marquées par l'action des missionnaires et par une alliance militaire durable. Des jésuites, dont Sébastien Rale, actif à Norridgewock, sur la Kennebec, œuvrent auprès des Abénaquis restés en Nouvelle-Angleterre. Les frères Jacques et Vincent Bigot exercent leur ministère auprès des communautés du Saint-Laurent.

Les guerriers abénaquis participent à de nombreuses expéditions franco-autochtones contre les établissements britanniques. La Commission de toponymie du Québec rapporte leur participation à l'expédition de 1690 contre des postes de Nouvelle-Angleterre. Pendant la guerre anglo-wabanaki de 1722-1725, le village de Norridgewock est détruit et Sébastien Rale y est tué, en 1724.

Lors de la guerre de la Conquête, des Abénaquis combattent aux côtés des troupes françaises, notamment à la bataille des Plaines d'Abraham, en 1759. La même année, en octobre, un détachement de rangers commandé par Robert Rogers attaque et incendie le village de Saint-François (Odanak). Cet épisode est resté marquant dans la mémoire de la communauté.

Avec la Capitulation de Montréal, en 1760, et le passage de la colonie sous le régime britannique, les Abénaquis du Saint-Laurent doivent redéfinir leurs rapports avec les nouvelles autorités coloniales.

Régime britannique et XIXe siècle

Sous le régime britannique, les communautés d'Odanak et de Wôlinak demeurent établies sur leurs terres de la rive sud. La fin des guerres coloniales réduit toutefois le rôle militaire qui leur avait conféré une importance stratégique sous la Nouvelle-France. Les Abénaquis maintiennent des liens avec leurs territoires de chasse traditionnels. Ceux-ci s'étendent dans les Cantons-de-l'Est et jusqu'en Nouvelle-Angleterre.

Au XIXe siècle, la colonisation agricole et l'arpentage des cantons réduisent l'accès aux territoires de chasse. Une grande partie du patrimoine foncier des deux communautés se morcelle. L'adoption de la Loi sur les Indiens par le Parlement fédéral, en 1876, soumet les Abénaquis, comme les autres Premières Nations, à un encadrement administratif fédéral. Ce régime touche notamment l'appartenance, les terres de réserve et la gouvernance.

Pendant cette période, la vannerie de frêne et de foin d'odeur devient une activité économique importante. Les paniers abénaquis sont vendus dans les villes et les lieux de villégiature du Québec et de la Nouvelle-Angleterre. Ce savoir-faire constitue un élément durable de l'identité culturelle de la nation.

La période voit aussi un effort de documentation de la langue. Joseph Laurent (Sozap Lolô), chef à Odanak, publie en 1884 un ouvrage de dialogues et de vocabulaire abénaquis-anglais. Cet ouvrage demeure une référence pour l'étude de la langue.

Communautés d'Odanak et de Wôlinak

Odanak et Wôlinak sont les deux communautés abénaquises du Québec. Elles sont situées sur la rive sud du Saint-Laurent, dans la région administrative du Centre-du-Québec.

  • Odanak, à l'embouchure de la rivière Saint-François, est enclavée dans la MRC de Nicolet-Yamaska, près de Pierreville. Son nom signifie « au village ».
  • Wôlinak, sur la rivière Bécancour, est enclavée dans le territoire de la ville de Bécancour, dans la MRC de Bécancour.

Chaque communauté est administrée par un conseil de bande élu. Les deux communautés se sont dotées d'un organisme commun, le Grand Conseil de la Nation Waban-Aki. Il offre des services et assure une représentation sur des dossiers d'intérêt collectif.

Une part importante des membres de la nation vit à l'extérieur des deux communautés, ailleurs au Québec ou au Canada. Les dénombrements publiés varient selon les sources et les années de référence.

Odanak abrite le Musée des Abénakis, fondé en 1965. Il est considéré comme le premier musée autochtone du Québec et se consacre à la conservation et à la diffusion de l'histoire et de la culture abénaquises.

Langue et culture

La langue abénaquise appartient à la famille algonquienne. Le gouvernement du Québec la désigne sous le nom d'Aln8ba8dwaw8gan. Le caractère « 8 » est hérité des transcriptions missionnaires et sert à noter un son vocalique propre à la langue.

Au XXe siècle, la langue a fortement reculé au profit du français et de l'anglais. Elle demeure connue de certaines personnes aînées et fait l'objet d'une démarche de revitalisation : documentation, enseignement et production de matériel pédagogique. Les ouvrages et lexiques du XIXe siècle, dont celui de Joseph Laurent, servent d'appui à ces travaux.

La tradition orale abénaquise conserve un riche ensemble de récits, dont ceux consacrés à Gluskabe, héros culturel transformateur commun à plusieurs peuples wabanakis. La vannerie de frêne et de foin d'odeur est un savoir-faire transmis de génération en génération. Elle est aujourd'hui reconnue comme une expression majeure de l'art abénaquis.

Plusieurs personnalités issues de la nation ont contribué à la vie culturelle québécoise et canadienne. C'est notamment le cas de la cinéaste Alanis Obomsawin, qui a grandi à Odanak.

Question territoriale

La question territoriale occupe une place centrale dans l'histoire récente de la nation abénaquise. Les recherches historiques, dont l'article de Lucie Gill publié en 2003 dans la revue Recherches amérindiennes au Québec, retracent la formation des communautés d'Odanak et de Wôlinak. Elles décrivent aussi le morcellement progressif de leur patrimoine foncier depuis le XVIIIe siècle.

Ces travaux montrent que les terres concédées aux Abénaquis à l'époque de la Nouvelle-France ont été réduites au fil des cessions, des ventes et de l'empiétement colonial. Les territoires de chasse ancestraux, situés notamment dans les Cantons-de-l'Est et dans les régions frontalières, n'ont jamais fait l'objet d'un traité de cession comparable aux traités numérotés de l'Ouest canadien.

Les communautés ont formulé des revendications auprès des gouvernements fédéral et provincial. Elles portent sur l'étendue de leurs terres et sur la reconnaissance de leurs droits sur leurs territoires traditionnels. L'état de ces dossiers a évolué depuis les travaux de 2003.

La présence abénaquise est également inscrite dans la toponymie québécoise. Plusieurs voies portent le nom de la nation, comme la route des Abénaquis et la rue des Abénaquis à Sherbrooke, répertoriées par la Commission de toponymie du Québec.

Sources

  1. Gouvernement du Québec, « Abénaquis (Abénakis) »
  2. Gouvernement du Québec, « Profil des nations »
  3. Lucie Gill, « La nation abénaquise et la question territoriale », Recherches amérindiennes au Québec, 2003
  4. Commission de toponymie du Québec, « Route des Abénaquis »
  5. Commission de toponymie du Québec, « Rue des Abénaquis »
  6. Commission de toponymie du Québec, « Rue des Abénaquis — Sherbrooke »
  7. Société d'histoire de Bolton, « Abénakis »
  8. Université Laval, CEFAN, « Autochtones du Québec », L'aménagement linguistique dans le monde
  9. Les nations autochtones du Québec
  10. Dictionnaire biographique du Canada
  11. Savoirs.Québec, registre éditorial « Nation abénaquise »

Recherche documentaire

Références recueillies lors de la recherche web du dossier, en complément des sources citées dans le texte.

  1. Les premières nations du Québec et les inuits

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5

Mots-clés : abénaquis, abénakis, wabanaki, odanak, wôlinak, premières nations, nouvelle-france, centre-du-québec, famille algonquienne

Processus éditorial

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