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Histoire

Nation anishinaabe au Québec

La nation anishinaabe au Québec, désignée officiellement par le gouvernement du Québec sous le nom d'« Algonquins (Anichinabés) », regroupe neuf communautés établies en Abitibi-Témiscamingue et en Outaouais. Elle appartient à la grande famille culturelle et linguistique anishinaabe, qui s'étend au-delà des frontières québécoises. Présents dans les bassins de la rivière des Outaouais et de l'Abitibi bien avant l'arrivée des Européens, ses membres ont été des alliés des Français au XVIIe siècle, avant de subir les effets de la colonisation agricole, forestière et minière, de la Loi sur les Indiens et de la sédentarisation.

Désignation et appartenance

Le terme Anishinaabe (pluriel Anishinaabeg) signifie approximativement « être humain » ou « personne » dans les langues de la famille algonquienne. Il désigne un ensemble culturel et linguistique large, qui comprend notamment les Algonquins, les Ojibwés, les Outaouais et les Nipissingues, répartis entre le Québec, l'Ontario, les Prairies et le nord des États-Unis.

Au Québec, le gouvernement emploie la désignation « Algonquins (Anichinabés) » pour la nation établie en Abitibi-Témiscamingue et en Outaouais. Les communautés elles-mêmes utilisent des graphies variées : Anicinabek, Anishinabeg, Anishnabe ou Omàmiwininiwak, ce dernier terme étant associé aux Algonquins de la vallée de l'Outaouais. L'usage encyclopédique consiste à conserver les formes retenues par chaque communauté ou organisation.

Le nom « Algonquin », d'origine incertaine, a été popularisé par les Français au début du XVIIe siècle. Il a ensuite servi à désigner, par extension, l'ensemble de la famille linguistique algonquienne, ce qui entraîne une ambiguïté fréquente entre la nation et la famille de langues.

La langue de la nation, appelée anicinabemowin dans la terminologie québécoise, fait partie du continuum anishinaabemowin. Elle demeure parlée dans plusieurs communautés, à des degrés de vitalité variables.

Territoire et mode de vie traditionnel

Le territoire historique des Anishinaabeg du Québec couvre principalement le bassin de la rivière des Outaouais, appelée Kitchissippi (« grande rivière »), ainsi que ses affluents, et s'étend vers le nord jusqu'aux bassins de l'Abitibi et du Témiscamingue. Ce territoire chevauche l'actuelle frontière entre le Québec et l'Ontario.

L'organisation sociale reposait sur des bandes familiales nomades, dont les déplacements suivaient le cycle des saisons :

  • en hiver, les familles se dispersaient sur leurs territoires de chasse et de piégeage respectifs ;
  • au printemps et en été, elles se regroupaient près des lacs et des grandes rivières pour la pêche, la cueillette et les échanges ;
  • à l'automne, elles regagnaient leurs territoires familiaux.

La chasse à l'orignal, au castor et au caribou, la pêche, le piégeage et la cueillette des petits fruits constituaient la base de la subsistance. Le canot d'écorce de bouleau assurait les déplacements sur un réseau hydrographique dense, qui servait aussi de voie d'échange avec les nations voisines, notamment les Hurons-Wendats au sud-ouest et les Cris au nord.

La position des Anishinaabeg le long de la rivière des Outaouais leur conférait un rôle d'intermédiaires dans les circuits commerciaux reliant les Grands Lacs à la vallée du Saint-Laurent, rôle qui s'est accentué avec l'arrivée des Européens.

Régime français

Les Anishinaabeg figurent parmi les premiers alliés des Français dans la vallée du Saint-Laurent. En 1603, à Tadoussac, Samuel de Champlain participe à une rencontre réunissant des Algonquins, des Innus et des Etchemins, rencontre souvent présentée comme le point de départ de l'alliance franco-autochtone. En 1609, des guerriers algonquins accompagnent Champlain lors de l'expédition contre les Iroquois (Haudenosaunee) sur le lac qui porte aujourd'hui son nom.

En 1613, Champlain remonte la rivière des Outaouais jusqu'à l'île aux Allumettes, où vivaient les Kichesipirinis, groupe algonquin qui contrôlait le passage sur la rivière et prélevait des droits sur les convois commerciaux. Leur chef Tessouat est l'un des interlocuteurs autochtones les plus cités dans les écrits de Champlain.

La traite des fourrures transforme profondément l'économie anishinaabe. L'intensification des conflits avec la Confédération iroquoise, au cours des décennies 1640 et 1650, provoque la dispersion de plusieurs groupes de la vallée de l'Outaouais. Certaines familles se réfugient près des établissements français, notamment à Trois-Rivières et à Sillery, puis à la mission du lac des Deux Montagnes, établie au XVIIIe siècle par les Sulpiciens, où Algonquins, Nipissingues et Mohawks cohabitent.

La Grande Paix de Montréal, conclue en 1701 entre la France et une quarantaine de nations autochtones, met fin à ce cycle de guerres et permet aux familles anishinaabe de réoccuper progressivement leurs territoires de chasse.

Régime britannique et XIXe siècle

Après la Conquête, la Proclamation royale de 1763 reconnaît l'existence de terres réservées aux nations autochtones et réserve à la Couronne le droit d'acquérir ces terres. Les Anishinaabeg de la vallée de l'Outaouais adressent, à partir de la fin du XVIIIe siècle et tout au long du XIXe siècle, de nombreuses pétitions aux autorités coloniales pour dénoncer l'empiétement sur leurs territoires de chasse.

La traite se poursuit sous l'égide de la Compagnie du Nord-Ouest puis de la Compagnie de la Baie d'Hudson, qui exploite des postes au lac Témiscamingue et au Grand lac Victoria, lieux de rassemblement estival pour de nombreuses familles.

À partir des premières décennies du XIXe siècle, l'exploitation forestière dans la vallée de l'Outaouais modifie profondément le territoire : coupe du pin, flottage du bois sur les rivières, ouverture de chantiers et de terres agricoles. Les missionnaires oblats, présents au Témiscamingue et dans la Haute-Gatineau, jouent un rôle important dans l'évangélisation et dans les démarches de création de réserves.

Au milieu du XIXe siècle, des terres sont mises de côté au Bas-Canada pour l'usage de nations autochtones. C'est dans ce contexte que sont établies les réserves de Maniwaki, aujourd'hui Kitigan Zibi, en Haute-Gatineau, et de Timiskaming, près du lac Témiscamingue. L'adoption de la Loi sur les Indiens en 1876 place ensuite les communautés sous un régime fédéral de tutelle qui encadre le statut, la gouvernance et l'administration des terres de réserve.

XXe siècle : colonisation, sédentarisation et pensionnats

L'ouverture de l'Abitibi à la colonisation agricole, au début du XXe siècle, notamment avec la construction du chemin de fer Transcontinental, puis l'essor de l'industrie minière à partir des années 1920 et 1930, réduisent considérablement les territoires de chasse et de piégeage des familles anishinaabe du nord. La construction de barrages et la création de réserves fauniques, comme celle de La Vérendrye, modifient également l'accès au territoire.

Ces transformations, combinées aux politiques fédérales, favorisent la sédentarisation. Le gouvernement du Québec situe la constitution de plusieurs réserves algonquines entre 1940 et 1974, notamment celles de Pikogan, près d'Amos, de Lac-Simon, près de Val-d'Or, et de Lac-Rapide, dans la réserve faunique La Vérendrye. D'autres communautés, comme Kitcisakik, Winneway et Hunter's Point, ne sont pas constituées en réserve.

Comme d'autres peuples autochtones, les Anishinaabeg ont été soumis au système des pensionnats indiens. De nombreux enfants des communautés de l'Abitibi-Témiscamingue ont fréquenté le pensionnat de Saint-Marc-de-Figuery, près d'Amos, en activité de 1955 à 1973, tandis que d'autres ont été envoyés dans des établissements situés en Ontario. Les travaux de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, achevés en 2015, ont documenté les effets durables de ce système sur la transmission de la langue, de la culture et des liens familiaux.

Communautés contemporaines

Le Québec compte neuf communautés anishinaabe (algonquines), réparties entre l'Abitibi-Témiscamingue et l'Outaouais.

CommunautéRégion administrativeSituation
Kitigan ZibiOutaouaisPrès de Maniwaki, en Haute-Gatineau
Lac-RapideOutaouaisDans la réserve faunique La Vérendrye
TimiskamingAbitibi-TémiscaminguePrès de Notre-Dame-du-Nord
KebaowekAbitibi-TémiscaminguePrès de Témiscaming
Hunter's PointAbitibi-TémiscamingueTémiscamingue, sans statut de réserve
WinnewayAbitibi-TémiscamingueTémiscamingue, sans statut de réserve
KitcisakikAbitibi-TémiscamingueGrand lac Victoria, sans statut de réserve
Lac-SimonAbitibi-TémiscaminguePrès de Val-d'Or
PikoganAbitibi-TémiscaminguePrès d'Amos

Chaque communauté est administrée par un conseil de bande. Kitigan Zibi est généralement considérée comme la plus populeuse. Une partie importante des membres de la nation réside hors communauté, notamment dans les villes de Val-d'Or, d'Amos, de Rouyn-Noranda, de Maniwaki et de Gatineau.

Les activités de chasse, de pêche et de piégeage conservent une place importante dans la vie sociale et culturelle, aux côtés de l'emploi dans les services publics, la foresterie, le tourisme et les entreprises communautaires.

Organisation politique et revendications

Sur le plan politique, les communautés anishinaabe du Québec se regroupent au sein d'organisations régionales. Le Conseil tribal de la nation algonquine Anishinabeg réunit plusieurs communautés, tandis que le Secrétariat de la nation algonquine en regroupe d'autres. Les communautés participent également à l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador.

Aucun traité territorial n'a été conclu entre la Couronne et les Anishinaabeg du Québec. La nation affirme ainsi ne jamais avoir cédé ses droits sur son territoire ancestral, revendication qui sous-tend de nombreuses démarches juridiques et politiques concernant l'exploitation forestière, minière et hydroélectrique. Du côté ontarien, les Algonquins de l'Ontario mènent par ailleurs une négociation territoriale distincte.

Parmi les initiatives marquantes figure l'Entente trilatérale signée en 1991 entre la communauté de Lac-Rapide, le gouvernement du Québec et le gouvernement du Canada, qui visait l'élaboration d'un plan de gestion intégrée des ressources sur une partie du territoire traditionnel de la communauté.

Les enjeux contemporains comprennent la reconnaissance des droits ancestraux, la consultation sur les projets d'exploitation des ressources, l'obtention d'un statut de réserve ou d'une assise territoriale pour les communautés qui n'en disposent pas, ainsi que l'accès aux services de santé, d'éducation et de logement.

Mémoire et transmission

La mémoire collective anishinaabe repose largement sur la tradition orale, transmise par les aînés, ainsi que sur la toponymie, qui conserve de nombreux noms d'origine algonquienne dans l'Outaouais et en Abitibi-Témiscamingue, comme Kipawa, Témiscamingue ou Abitibi.

Depuis quelques décennies, les communautés mènent des projets de documentation de leur propre histoire. À Lac-Simon, un projet collaboratif lancé à l'initiative de membres de la communauté vise à recueillir et transmettre l'histoire locale, en associant récits d'aînés, archives et travail de recherche. Des initiatives semblables existent ailleurs, notamment pour la revitalisation de l'anicinabemowin dans les écoles de bande et pour la valorisation des savoirs liés au territoire.

L'histoire anishinaabe occupe une place croissante dans l'historiographie québécoise, qui s'intéresse davantage, depuis la fin du XXe siècle, au rôle des nations autochtones dans l'alliance franco-amérindienne, dans la traite des fourrures et dans l'occupation du territoire de l'ouest et du nord-ouest du Québec. Les pow-wow annuels, organisés notamment à Kitigan Zibi et à Pikogan, sont devenus des lieux de rassemblement et d'affirmation culturelle.

Sources

  1. Gouvernement du Québec, Algonquins (Anichinabés)
  2. Gouvernement du Québec, Profil des nations
  3. L'Encyclopédie canadienne, Anichinabé
  4. Histoire Québec, « Savoir d'où l'on vient pour savoir où l'on va » (2019)
  5. Observatoire de l'Abitibi-Témiscamingue, Portrait des Autochtones (2019)
  6. Hydro-Québec, Portrait des nations autochtones du Québec
  7. Université Laval, CEFAN, L'aménagement linguistique dans le monde : Autochtones du Québec
  8. Wikipédia, Anichinabés
  9. Commission de vérité et réconciliation du Canada, Rapport final (2015)
  10. Dictionnaire biographique du Canada, notice Tessouat
  11. Savoirs.Québec, registre éditorial

Recherche documentaire

Références recueillies lors de la recherche web du dossier, en complément des sources citées dans le texte.

  1. Autochtones au Québec — Wikipédia
  2. Les Amérindiens du Canada et du Québec | Carte et Tribu

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5

Mots-clés : anishinaabeg, algonquins, anichinabés, premières nations, outaouais, abitibi-témiscamingue, traite des fourrures, pensionnats indiens

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