Toponymie
Le réservoir et le barrage qui le retient portent le nom de Lomer Gouin (1861-1929), premier ministre du Québec de 1905 à 1920. Selon la Commission de toponymie du Québec, la désignation a été attribuée en 1919, alors que Lomer Gouin était encore en fonction, peu après l'achèvement de l'ouvrage.
La création du réservoir a ennoyé de nombreux lacs, baies et tronçons de rivières qui portaient auparavant des noms distincts, souvent d'origine atikamekw. Le nom de la communauté d'Opitciwan, longtemps orthographié Obedjiwan dans les documents officiels, rappelle cette toponymie autochtone antérieure à la mise en eau. La Commission de toponymie situe la réserve d'Obedjiwan aux sources du Saint-Maurice.
Géographie
Le réservoir Gouin se trouve dans la région administrative de la Mauricie, sur le territoire de la ville de La Tuque, dans le secteur de la Haute-Mauricie. Il occupe un plateau du Bouclier canadien, dans un milieu dominé par la forêt boréale.
Sa forme est très irrégulière : le plan d'eau se compose d'un réseau de bassins reliés entre eux, découpés par de multiples presqu'îles, baies et îles. La Commission de toponymie du Québec lui attribue :
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Superficie | 1 302 km² |
| Longueur | plus de 100 km |
| Largeur maximale | 71 km |
Les superficies publiées varient selon les sources et selon la méthode de mesure retenue (inclusion ou non des îles, niveau d'eau de référence). Hydro-Québec indique une superficie de 130 275 hectares, soit environ 1 302,75 km², valeur concordant avec celle de la Commission de toponymie, tandis que d'autres références avancent des chiffres plus élevés.
Hydrographie et régularisation
Le réservoir Gouin est considéré comme la source de la rivière Saint-Maurice, qui s'écoule ensuite vers le sud jusqu'au fleuve Saint-Laurent, à Trois-Rivières. Parmi ses tributaires figurent notamment les rivières Toussaint et Wapous. Hydro-Québec évalue la superficie de son bassin versant à 9 473 km².
Le réservoir a pour fonction principale la régularisation. Le barrage Gouin permet d'emmagasiner les eaux de la fonte printanière et des précipitations, puis de les relâcher de manière contrôlée afin de maintenir un débit plus constant dans le Saint-Maurice. Cette gestion soutient la production des centrales hydroélectriques aménagées en aval sur la rivière et contribue à la maîtrise des crues dans le bassin.
Le barrage Gouin
Selon Hydro-Québec, le barrage Gouin mesure 502 mètres de longueur et 26 mètres de hauteur. Il est aujourd'hui exploité par Hydro-Québec, qui a entrepris des travaux de réhabilitation de son évacuateur de crues afin d'en assurer la pérennité.
Histoire
Au début du XXe siècle, l'industrialisation de la Mauricie, fondée sur l'hydroélectricité et la transformation du bois, rend nécessaire une meilleure maîtrise du régime du Saint-Maurice, rivière au débit très variable selon les saisons. La construction d'un grand ouvrage de retenue à la tête du bassin est entreprise dans ce contexte.
Les travaux du barrage commencent en 1916 et s'achèvent à la fin de 1917, dans un secteur alors isolé de la Haute-Mauricie. L'ouvrage est mis en service en 1918 et reçoit le nom de barrage Gouin en 1919.
La mise en eau transforme profondément le territoire : de vastes superficies de forêt et de nombreux lacs sont ennoyés, formant l'un des plus grands plans d'eau du Québec méridional de l'époque. L'aménagement modifie aussi l'occupation traditionnelle du territoire par les Atikamekw, dont les lieux de campement, de chasse et de pêche se trouvaient le long des cours d'eau touchés.
En 2018, le barrage a atteint son centenaire, souligné comme une étape de l'histoire de la régularisation du Saint-Maurice.
Présence atikamekw
Le pourtour du réservoir fait partie du territoire ancestral des Atikamekw. La communauté d'Opitciwan est établie sur la rive nord du réservoir, sur une réserve que la Commission de toponymie désigne sous le nom d'Obedjiwan.
Selon l'Aire faunique communautaire du réservoir Gouin, la mise en eau provoquée par le barrage a entraîné le déplacement du village, dont l'emplacement d'origine a été inondé. Cet épisode demeure un élément marquant de la mémoire de la communauté et de l'histoire de l'aménagement hydraulique de la Haute-Mauricie.
Opitciwan est l'une des trois communautés atikamekw du Québec, avec Manawan et Wemotaci.
Occupation du territoire et activités
Le réservoir et ses rives sont principalement voués à la gestion de l'eau, à l'exploitation forestière et aux activités de prélèvement faunique. Le secteur est desservi par un réseau de chemins forestiers.
Une aire faunique communautaire a été instituée sur le réservoir Gouin. Ce mode de gestion, prévu par le cadre légal québécois sur la conservation et la mise en valeur de la faune, confie à un organisme du milieu la gestion de la pêche sur un plan d'eau désigné. L'organisme met aussi en valeur des sites historiques et culturels, dont ceux d'Opitciwan et du barrage Gouin.
Le réservoir est fréquenté pour la pêche sportive, en particulier celle du doré et du grand brochet, ainsi que pour la villégiature, la navigation de plaisance et le canot-camping. Plusieurs pourvoiries sont établies sur ses rives et ses îles.

