Jeunesse et formation
Alain Grandbois naît le 25 mai 1900 à Saint-Casimir, dans l'actuelle MRC de Portneuf (région de la Capitale-Nationale), au sein d'une famille aisée. Il fait ses études classiques notamment au Petit Séminaire de Québec et au collège Saint-Dunstan de Charlottetown, à l'Île-du-Prince-Édouard. Il étudie ensuite le droit à l'Université Laval et est admis au Barreau, mais n'exerce guère la profession.
Un héritage familial lui assure une indépendance financière qui lui permet, dès le milieu des années 1920, de quitter le Québec pour l'Europe. Ce choix d'une vie itinérante, rare pour un écrivain canadien-français de son époque, détermine l'orientation de son œuvre.
Les années de voyage
De la fin des années 1920 à 1939, Grandbois vit principalement en France, en particulier à Paris et sur l'île de Port-Cros, en Méditerranée. Il fréquente les milieux littéraires et artistiques parisiens et entreprend de longs périples qui le mènent notamment en Afrique, en Russie, en Inde, en Chine et au Japon.
En 1934, lors d'un séjour à Hankéou (aujourd'hui Hankou, en Chine), il fait imprimer à très faible tirage un premier ensemble de poèmes, connu sous le titre de Poèmes d'Hankéou, qui préfigure le recueil de 1944.
Son premier livre, Né à Québec (1933), publié à Paris, est une biographie romancée de l'explorateur Louis Jolliet. L'ouvrage témoigne déjà de son intérêt pour les grandes figures de la découverte et pour le récit d'exploration.
Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale le contraint à rentrer au Québec en 1939.
Retour au Québec et vie littéraire
De retour au pays, Grandbois s'établit dans la région de Québec et se consacre à l'écriture. Il publie Les Voyages de Marco Polo (1941), autre récit consacré à un explorateur, puis, en 1944, le recueil Les Îles de la nuit, paru à Montréal aux éditions Lucien Parizeau et illustré par le peintre Alfred Pellan.
La même année, il est élu à la Société royale du Canada et figure parmi les membres fondateurs de l'Académie canadienne-française, devenue depuis l'Académie des lettres du Québec. Il publie ensuite le recueil de nouvelles Avant le chaos (1945) et le recueil de poèmes Rivages de l'homme (1948).
Au début des années 1950, il présente à la radio de Radio-Canada des causeries consacrées à ses voyages, réunies plus tard sous le titre Visages du monde (1971). Il travaille également au Musée de la province de Québec. L'Étoile pourpre paraît en 1957 aux Éditions de l'Hexagone, qui rassemblent ses recueils dans le volume Poèmes en 1963.
Alain Grandbois meurt à Québec le 18 mars 1975.
Œuvre poétique
L'œuvre poétique de Grandbois tient en trois recueils principaux :
| Année | Titre |
|---|---|
| 1944 | Les Îles de la nuit |
| 1948 | Rivages de l'homme |
| 1957 | L'Étoile pourpre |
Ces recueils rompent avec la poésie canadienne-française de tradition terroiriste ou patriotique. Grandbois y pratique un vers libre ample, à la syntaxe incantatoire, marqué par la répétition et l'anaphore. Les images y sont souvent cosmiques : la nuit, la mer, les astres, les îles.
La critique souligne la portée métaphysique de cette poésie. Elle est dominée par la conscience de la mort et la fuite du temps, la quête de l'amour et la condition humaine. Le voyage, omniprésent dans la vie de l'auteur, s'y transforme en errance intérieure plutôt qu'en exotisme descriptif.
Cette poésie est d'une tonalité universelle et non régionaliste. Elle a valu à Les Îles de la nuit d'être considéré comme l'acte fondateur de la poésie québécoise moderne, aux côtés des œuvres d'Hector de Saint-Denys Garneau, de Rina Lasnier et d'Anne Hébert.
Œuvre en prose
Parallèlement à la poésie, Grandbois a produit une œuvre en prose diversifiée, inspirée par l'histoire et le voyage :
- Né à Québec (1933), biographie romancée de Louis Jolliet ;
- Les Voyages de Marco Polo (1941), récit consacré au voyageur vénitien ;
- Avant le chaos (1945), recueil de nouvelles situées dans le monde cosmopolite de l'entre-deux-guerres ;
- Visages du monde (1971), recueil de textes tirés de ses causeries radiophoniques sur ses voyages.
Ces ouvrages se distinguent par un style soigné et par une attention constante au destin des individus face à l'histoire. Les nouvelles d'Avant le chaos évoquent en particulier une Europe et une Asie à la veille des bouleversements de la Seconde Guerre mondiale.
Réception et postérité
Accueillie avec une certaine réserve à sa parution, l'œuvre de Grandbois connaît une reconnaissance croissante à partir des années 1950. Les poètes réunis autour des Éditions de l'Hexagone, dont Gaston Miron, voient en lui un précurseur. La réédition de ses recueils dans Poèmes (1963) consacre cette filiation. Il est dès lors présenté comme l'un des premiers grands poètes modernes du Québec, et son œuvre est enseignée dans les cégeps et les universités.
Son œuvre a fait l'objet d'éditions critiques et de nombreuses études universitaires.
Sa mémoire est perpétuée par plusieurs hommages :
- le prix Alain-Grandbois, décerné par l'Académie des lettres du Québec à un recueil de poésie ;
- l'avenue Grandbois, à Québec, et la rue Alain-Grandbois, à Lévis, dont les fiches de la Commission de toponymie du Québec rappellent sa carrière ;
- une mention au Répertoire du patrimoine bâti de la Ville de Québec.
Distinctions
Au cours de sa carrière, Alain Grandbois a reçu plusieurs distinctions :
- membre de la Société royale du Canada (1944) ;
- membre fondateur de l'Académie canadienne-française (1944) ;
- prix Ludger-Duvernay de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (1950) ;
- prix Athanase-David, la plus haute distinction littéraire du gouvernement du Québec, l'un des Prix du Québec (1969).
Avant la création des Prix du Québec en 1968, Grandbois avait déjà été distingué dans le cadre de l'ancien concours littéraire de la province, qui portait aussi le nom d'Athanase David.