Biographie
Anne Hébert naît en 1916 à Sainte-Catherine-de-Fossambault, aujourd'hui Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier, dans la région de la Capitale-Nationale. Elle grandit à Québec dans un milieu cultivé : son père, Maurice Hébert, est critique littéraire, et elle est la cousine du poète Hector de Saint-Denys Garneau, dont l'influence sur ses débuts est souvent soulignée.
Elle commence à publier des poèmes en 1939 et fait paraître son premier livre en 1942. Durant les années 1950, elle travaille pour la radio de Radio-Canada et pour l'Office national du film du Canada, où elle écrit notamment des textes et des scénarios.
Après avoir partagé son temps entre Montréal et Paris, elle s'installe en France en 1967. Elle y poursuit l'essentiel de sa carrière de romancière, publiée par des éditeurs parisiens, tout en demeurant étroitement associée à la vie littéraire québécoise. Elle revient vivre à Montréal en 1998 et y meurt le 22 janvier 2000.
Poésie
La poésie occupe une place fondatrice dans l'œuvre d'Anne Hébert. Son premier recueil, Les Songes en équilibre (1942), reste marqué par une inspiration intimiste et religieuse.
Le Tombeau des rois (1953) marque une rupture. Le recueil, au vers dépouillé, met en scène une descente symbolique dans un univers d'enfermement et de mort, dont le sujet poétique cherche à s'arracher. Il est considéré comme l'un des textes majeurs de la poésie québécoise de l'après-guerre.
En 1960 paraît le recueil Poèmes, qui réunit Le Tombeau des rois et un nouvel ensemble, Mystère de la parole, au souffle plus ample, célébrant la parole et le monde. Il est précédé de l'essai « Poésie, solitude rompue », souvent cité comme un art poétique de l'autrice.
Elle revient à la poésie dans ses dernières années avec notamment Le Jour n'a d'égal que la nuit (1992).
Romans et nouvelles
Le recueil de nouvelles Le Torrent (1950) inaugure l'œuvre narrative d'Anne Hébert. La nouvelle éponyme, récit d'un enfant soumis à une mère autoritaire, est fréquemment lue comme une allégorie de la société canadienne-française d'avant la Révolution tranquille.
Son premier roman, Les Chambres de bois, paraît en 1958. Suivent plusieurs romans qui lui valent une reconnaissance internationale :
- Kamouraska (1970), inspiré d'un fait divers survenu au XIXe siècle dans le Bas-Saint-Laurent ;
- Les Enfants du sabbat (1975) ;
- Héloïse (1980) ;
- Les Fous de Bassan (1982), situé dans un village de la côte gaspésienne ;
- Le Premier Jardin (1988) ;
- L'Enfant chargé de songes (1992) ;
- Aurélien, Clara, Mademoiselle et le Lieutenant anglais (1995) ;
- Est-ce que je te dérange ? (1998) ;
- Un habit de lumière (1999).
Plusieurs de ces romans ont été adaptés au cinéma, notamment Kamouraska, par Claude Jutra, et Les Fous de Bassan, par Yves Simoneau.
Théâtre et autres écrits
Anne Hébert a également écrit pour la scène, la radio et le cinéma. Son expérience à Radio-Canada et à l'Office national du film du Canada l'amène à pratiquer l'écriture dramatique et scénaristique dès les années 1950.
Sa pièce la plus connue, Le Temps sauvage, paraît en 1966. Elle y reprend des thèmes centraux de son œuvre : la figure maternelle dominatrice, l'isolement d'une famille repliée sur elle-même et le désir d'émancipation des enfants.
Ces écrits dramatiques, moins étudiés que sa poésie et ses romans, témoignent de la cohérence d'un univers qui circule d'un genre à l'autre.
Thèmes et style
L'œuvre d'Anne Hébert se distingue par une écriture exigeante, précise et chargée d'images. Elle explore de manière récurrente :
- les passions refoulées et la violence du désir ;
- l'enfermement, physique ou moral, et la quête de libération ;
- l'autorité familiale et religieuse, souvent incarnée par des figures maternelles ;
- la mort, le crime et la culpabilité ;
- le pays, ses paysages et sa mémoire, du fleuve Saint-Laurent à la Gaspésie.
La critique associe fréquemment son œuvre à la remise en question des valeurs traditionnelles de la société canadienne-française, en résonance avec les transformations du Québec au milieu du XXe siècle. Ses romans font souvent appel au fantastique, au gothique et à la pluralité des voix narratives, comme dans Les Fous de Bassan, où plusieurs témoins racontent un même drame.
Distinctions
Anne Hébert a reçu de nombreuses distinctions au Québec, au Canada et en France, parmi lesquelles :
| Distinction | Œuvre ou motif |
|---|---|
| Prix Femina (France) | Les Fous de Bassan (1982) |
| Prix du Gouverneur général | Les Enfants du sabbat (1975) et L'Enfant chargé de songes (1992) |
| Prix Athanase-David | Ensemble de l'œuvre |
| Prix Gilles-Corbeil | Ensemble de l'œuvre |
Le prix Athanase-David, la plus haute distinction littéraire décernée par le gouvernement du Québec, et le prix Gilles-Corbeil, attribué pour l'ensemble d'une œuvre, consacrent sa place dans la littérature québécoise.
Postérité
L'œuvre d'Anne Hébert demeure l'une des plus étudiées de la littérature québécoise, dans l'enseignement collégial et universitaire comme dans la recherche internationale. Son centenaire, en 2016, a donné lieu à des publications et à des colloques.
Le Centre Anne-Hébert de l'Université de Sherbrooke se consacre à l'étude de son œuvre ; il propose notamment une chronologie de son parcours et une bibliographie critique. Son fonds d'archives est conservé à Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
Les Presses de l'Université de Montréal ont publié une édition critique de ses œuvres complètes, accompagnée de variantes consultables en ligne. La Ville de Québec, où elle a grandi, a également intégré son nom à son répertoire toponymique et patrimonial.