Présentation
C't'à ton tour, Laura Cadieux est le premier roman publié par Michel Tremblay après le succès de sa pièce Les Belles-sœurs, créée en 1968. L'ouvrage paraît en 1973 aux Éditions du Jour, à Montréal, dans la collection « Les Romanciers du Jour ».
Le titre reprend une formule de la vie courante, celle qu'on adresse à la personne dont c'est le tour d'être reçue. Il annonce à la fois le cadre du récit, une salle d'attente, et son registre, la parole familière. La graphie du titre varie selon les éditions et les catalogues, l'accent sur le « à » n'étant pas toujours reproduit (« C't'a ton tour »).
Le roman se situe dans le prolongement de l'univers que Tremblay développe au théâtre au tournant des années 1970 : celui des femmes des quartiers populaires de l'est de Montréal, de leurs préoccupations quotidiennes et de leur manière de parler.
Récit et personnages
Le livre est construit comme un long monologue de Laura Cadieux, femme au foyer d'un quartier ouvrier montréalais. Venue consulter le médecin qu'elle fréquente régulièrement, elle passe le temps de l'attente à observer, commenter et rapporter les propos des autres patientes.
La salle d'attente devient ainsi une scène où se croisent des voisines, des connaissances et des inconnues. Les conversations portent sur la santé, le corps, la famille, le mariage, les enfants et les petites rivalités du voisinage. Le regard de Laura, à la fois mordant et tendre, fait alterner le comique des situations et la gravité de certaines confidences.
Cette structure, qui concentre l'action dans un lieu unique et sur une durée limitée, rapproche le roman de la forme théâtrale. Elle explique en partie la facilité avec laquelle l'œuvre a été transposée sur scène et à l'écran.
Langue et écriture
Le roman est écrit dans la langue parlée des milieux populaires montréalais, souvent désignée sous le nom de joual, que Michel Tremblay avait déjà imposée au théâtre. Le choix de faire porter tout le récit par la voix d'une narratrice issue de ce milieu donne au texte son rythme oral, fait de digressions, de répétitions et d'apostrophes.
Dans une étude publiée dans la revue Littérature en 1987, intitulée « Michel Tremblay et le bonheur de parler », Yannick Resch analyse le roman sous l'angle de l'oralité. Elle situe l'ouvrage dans l'évolution de l'écriture orale et populaire chez Tremblay et examine le rôle du monologue comme principe de composition.
Le roman participe ainsi du débat, vif au Québec dans les années 1960 et 1970, sur la légitimité de la langue populaire en littérature et sur l'affirmation d'une littérature proprement québécoise.
Éditions
Après sa parution initiale, le roman a été réédité à plusieurs reprises, signe de sa présence durable dans le corpus de la littérature québécoise.
| Année | Éditeur | Remarque |
|---|---|---|
| 1973 | Éditions du Jour | Collection « Les Romanciers du Jour », édition originale |
| 1985 | Alain Stanké | Réédition |
| 1997 | Bibliothèque québécoise | Édition de poche, avec une introduction de Manon Gauthier |
L'édition de la Bibliothèque québécoise, collection consacrée aux classiques de la littérature québécoise, a contribué à la diffusion du roman dans le milieu scolaire et collégial.
Adaptations
Théâtre
Le caractère dialogué et scénique du roman a favorisé son passage à la scène. Selon la revue Jeu, une première adaptation théâtrale est présentée dès 1974, soit l'année suivant la parution du livre.
Cinéma
En 1998, la réalisatrice et comédienne Denise Filiatrault porte le roman à l'écran dans le long métrage québécois C't'à ton tour, Laura Cadieux, avec Ginette Reno dans le rôle-titre. Le film connaît une suite, Laura Cadieux… la suite, sortie en 1999 et également réalisée par Denise Filiatrault.
Dans un article intitulé « Autour de Laura Cadieux », publié dans Jeu : revue de théâtre en 1998, Patricia Belzil revient sur les adaptations successives de l'œuvre et sur le film de Denise Filiatrault.
Place dans l'œuvre de Michel Tremblay
C't'à ton tour, Laura Cadieux précède de quelques années le cycle romanesque des Chroniques du Plateau-Mont-Royal, inauguré en 1978 par La grosse femme d'à côté est enceinte. Il partage avec ce cycle l'intérêt pour les femmes des quartiers populaires de Montréal et pour la vie quotidienne de leur milieu.
Le roman se distingue toutefois par sa forme resserrée et par le recours exclusif à la voix d'une narratrice. Il constitue en ce sens un trait d'union entre le théâtre de Tremblay, fondé sur la parole des personnages, et son œuvre romanesque ultérieure.
L'ouvrage figure dans les répertoires de référence consacrés à l'auteur, dont la notice de l'Infocentre littéraire des écrivains québécois, et ses manuscrits ou documents connexes peuvent être consultés dans les fonds d'archives consacrés à Michel Tremblay.