Biographie
Philippe Panneton naît en 1895 à Trois-Rivières, en Mauricie. Il choisit comme nom de plume le patronyme de sa mère, Éva Ringuet.
Il entreprend des études de médecine et exerce cette profession à Montréal. Il enseigne également à l'Université de Montréal, où il mène une carrière universitaire parallèlement à ses activités littéraires. Cette double appartenance au milieu médical et au milieu des lettres marque son parcours : l'écriture reste pour lui une activité menée en marge de la pratique professionnelle, ce qui explique en partie l'apparition relativement tardive de son premier roman.
Après la Seconde Guerre mondiale, Panneton fait son entrée dans la diplomatie canadienne. Il occupe notamment le poste d'ambassadeur du Canada au Portugal. Il meurt en 1960, alors qu'il exerce encore des fonctions diplomatiques à l'étranger.
Sa vie et son œuvre ont fait l'objet d'une biographie de Jean Panneton, Ringuet. La vie et l'œuvre de Philippe Panneton, publiée aux éditions du Septentrion.
Trente arpents
Trente arpents, premier roman de Ringuet, paraît à Paris chez Flammarion en 1938. Le récit suit la vie d'Euchariste Moisan, cultivateur québécois attaché à sa terre de trente arpents, depuis la prise de possession du bien familial jusqu'à sa dépossession.
Le roman est structuré en quatre parties portant le nom des saisons — printemps, été, automne, hiver —, qui correspondent aux âges de la vie du personnage. La progression saisonnière traduit à la fois l'enracinement du paysan dans le cycle de la nature et son déclin inéluctable.
À travers le destin de Moisan, l'œuvre décrit les transformations du Québec rural au début du XXe siècle : mécanisation, rapport à l'argent, attraction de la ville et de l'émigration, éclatement de la famille et perte de l'autorité paternelle. Le dénouement, qui éloigne le vieux cultivateur de sa terre, rompt avec l'idéalisation propre au roman du terroir traditionnel.
Réception
Le roman obtient rapidement une reconnaissance au Canada comme en France et fait l'objet d'une traduction anglaise sous le titre Thirty Acres. La critique le considère aujourd'hui comme un classique du roman québécois. Il a été réédité à plusieurs reprises, notamment dans la collection Bibliothèque québécoise, dont une édition de 2012 a été signalée par la critique, et demeure étudié dans l'enseignement collégial.
Renouvellement du roman de la terre
Le roman de la terre, ou roman du terroir, domine longtemps la production romanesque canadienne-française. Il valorise généralement la vie agricole, la fidélité à la terre ancestrale et la transmission du patrimoine familial, en opposition à la ville perçue comme un lieu de perdition.
Trente arpents s'inscrit dans cette tradition tout en la renouvelant. Ringuet adopte un regard réaliste, attentif aux réalités économiques et sociales, et refuse l'idéalisation du monde paysan. La terre y apparaît comme une puissance indifférente au destin des individus, et le cultivateur comme un homme pris dans des changements qui le dépassent.
Avec d'autres œuvres de la même période, comme Menaud, maître-draveur de Félix-Antoine Savard (1937) ou Le Survenant de Germaine Guèvremont (1945), le roman est souvent présenté comme l'un des textes qui marquent à la fois l'aboutissement et la remise en question du roman de la terre au Québec. Il prépare, selon l'historiographie littéraire, le passage vers le roman urbain et psychologique qui se développe dans les décennies suivantes.
Autres œuvres
Avant Trente arpents, Panneton s'est fait connaître par des pastiches littéraires, genre dont il est l'un des praticiens au Québec ; les recueils de pastiches québécois ont fait l'objet d'études universitaires qui lui accordent une place.
Après le succès de son premier roman, Ringuet publie d'autres romans, des essais et des recueils de nouvelles. Parmi ses ouvrages figurent notamment :
- Un monde était leur empire, essai consacré aux civilisations amérindiennes précolombiennes ;
- L'héritage et autres contes, recueil de nouvelles réédité par Bibliothèque québécoise en 2018 ;
- Fausse monnaie, roman ;
- Le poids du jour, roman qui aborde le passage de la campagne à la ville ;
- L'amiral et le facteur, essai historique.
Ses romans postérieurs à Trente arpents ont reçu un accueil plus discret, et c'est principalement ce premier roman qui assure la postérité de l'auteur.
Distinctions et reconnaissance
Trente arpents a valu à son auteur plusieurs distinctions au Canada et en France. Panneton a par ailleurs été honoré pour l'ensemble de son œuvre.
| Année | Distinction |
|---|---|
| 1939 | Prix du Gouverneur général (Trente arpents) |
| 1939 | Prix de l'Académie française (Trente arpents) |
| 1940 | Prix des Vikings (Trente arpents) |
| 1940 | Prix de la province de Québec (Trente arpents) |
| 1953 | Prix de l'Académie française |
| 1955 | Prix Duvernay |
Panneton figure parmi les membres fondateurs de l'Académie canadienne-française, devenue l'Académie des lettres du Québec. Sa ville natale, Trois-Rivières, conserve et diffuse sa mémoire, notamment par l'intermédiaire de ses ressources patrimoniales numériques. Un colloque universitaire consacré à Ringuet a également été organisé en sa mémoire, témoignant de l'intérêt de la recherche pour son œuvre.