Définition et mission
Un groupe de médecine de famille est un regroupement de médecins de famille qui travaillent en collaboration avec d'autres professionnels de la santé et des services sociaux pour offrir des soins de première ligne. Le terme est consigné dans le Grand dictionnaire terminologique de l'Office québécois de la langue française, et le sigle GMF est d'usage courant dans le réseau québécois de la santé.
Le modèle repose sur trois principes :
- le travail d'équipe interprofessionnel, qui associe médecins, infirmières et autres professionnels autour d'une même clientèle ;
- l'inscription des patients auprès d'un médecin du groupe ;
- la continuité du suivi, la personne inscrite pouvant être vue par un autre membre de l'équipe lorsque son médecin est absent.
Selon le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), les GMF offrent des services médicaux à leur clientèle inscrite, avec ou sans rendez-vous. Ces services sont aussi offerts à domicile, en semaine, la fin de semaine et les jours fériés. Le GMF occupe ainsi une place centrale dans l'accès aux services médicaux généraux, en complément des services de première ligne offerts par les établissements publics du réseau.
Historique
Origines
Le modèle des GMF s'inscrit dans la réflexion sur la réorganisation des services de première ligne menée au Québec au tournant des années 2000. Il est notamment lié aux travaux de la Commission d'étude sur les services de santé et les services sociaux, dite commission Clair, qui préconisait des équipes de médecins de famille responsables du suivi d'une population inscrite.
Cadre de gestion de 2002
Les premiers GMF sont reconnus à partir de 2002, en vertu d'un cadre de gestion adopté par le MSSS. Une publication ministérielle de 2007 présente alors le GMF comme un regroupement de médecins travaillant en étroite collaboration avec des infirmières. Le groupe offre des services à des personnes inscrites et entretient des liens avec les établissements publics de son territoire.
Programme de 2015
En 2015, un nouveau programme de financement et de soutien professionnel entre en vigueur et remplace le cadre de gestion de 2002. Ce programme lie le soutien accordé à chaque groupe au volume de sa clientèle inscrite. Il précise aussi les obligations d'accessibilité, notamment en matière d'heures d'ouverture.
Désignations complémentaires
Le modèle s'est ensuite diversifié. Les GMF engagés dans la formation des résidents en médecine familiale sont reconnus comme GMF universitaires. La désignation accès-réseau a été créée pour offrir des services à une clientèle inscrite ou non inscrite, en complément de l'offre des GMF.
Organisation et fonctionnement
Composition de l'équipe
Le noyau d'un GMF est formé de médecins omnipraticiens. Ils sont soutenus par des infirmières praticiennes spécialisées en soins de première ligne (IPSPL), qui peuvent assurer une partie du suivi des patients. Selon les services disponibles, l'équipe peut aussi comprendre :
- des infirmières cliniciennes ;
- des travailleuses et travailleurs sociaux ;
- des pharmaciennes et pharmaciens ;
- d'autres professionnels de la santé et des services sociaux.
Une partie de ces professionnels est rattachée aux établissements publics du réseau et affectée aux GMF de leur territoire. Les cliniques elles-mêmes sont généralement exploitées par les médecins qui y exercent.
Inscription et suivi
La personne inscrite est associée à un médecin du groupe, qui assume la responsabilité de son suivi. En l'absence de ce médecin, elle peut obtenir des services d'un autre médecin ou d'une IPSPL du même GMF. Ce mécanisme vise à réduire le recours aux urgences hospitalières pour des problèmes relevant de la première ligne.
Accessibilité
Les GMF offrent des plages de consultation avec et sans rendez-vous. Ils doivent aussi assurer une disponibilité en dehors des heures normales, y compris la fin de semaine et les jours fériés, selon les modalités fixées par le programme ministériel.
Types de désignation
Le réseau québécois distingue plusieurs désignations au sein du modèle.
| Désignation | Sigle | Caractéristique principale |
|---|---|---|
| Groupe de médecine de famille | GMF | Suivi continu d'une clientèle inscrite par une équipe interprofessionnelle |
| GMF universitaire | GMF-U | Activités d'enseignement en médecine familiale, en plus des soins |
| GMF accès-réseau | GMF-AR | Offre de services destinée aux clientèles inscrites et non inscrites |
GMF universitaire
Un GMF-U est un GMF reconnu pour ses activités d'enseignement. Il est agréé dans le Programme de médecine de famille par le Collège des médecins du Québec et par le Collège des médecins de famille du Canada. Les GMF-U accueillent des résidents en médecine familiale et d'autres stagiaires, en lien avec les facultés de médecine. Plusieurs d'entre eux ont succédé aux anciennes unités de médecine familiale.
GMF accès-réseau
La désignation accès-réseau vise à compléter les services des GMF. Elle s'adresse notamment aux personnes qui n'ont pas de médecin de famille ou qui ne peuvent pas consulter leur propre médecin dans un délai raisonnable. Un GMF-AR conserve sa clientèle inscrite. Il s'engage en outre à une offre de consultations accessible à la population non inscrite de son territoire.
Financement et encadrement
Les GMF sont reconnus par le ministre de la Santé et des Services sociaux et encadrés par le programme de financement et de soutien professionnel en vigueur depuis 2015. Ce programme prévoit :
- un soutien financier destiné aux frais de fonctionnement de la clinique, entre autres pour le personnel administratif et les ressources matérielles ;
- un soutien professionnel, par l'affectation d'infirmières et d'autres professionnels du réseau public ;
- un classement par niveaux, établi en fonction du nombre de patients inscrits, pondéré selon leur profil ; le niveau détermine l'ampleur des ressources accordées.
En contrepartie, chaque GMF s'engage à respecter des exigences d'inscription, d'assiduité de la clientèle et d'heures d'ouverture. L'atteinte de ces engagements fait l'objet d'un suivi par les autorités du réseau.
La rémunération des médecins qui exercent en GMF relève par ailleurs des ententes conclues entre le gouvernement du Québec et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec. Elle est versée par la Régie de l'assurance maladie du Québec. Le MSSS tient un indicateur de gestion qui recense le nombre de GMF reconnus par le ministre et toujours en fonction ; cette valeur varie selon la date de référence retenue.
Portrait statistique
Le nombre de GMF et la proportion de la population inscrite évoluent selon les reconnaissances, les fusions et les fermetures. Les données ci-dessous se rapportent aux périodes indiquées.
Mars 2021 (portrait de l'INESSS, 2022)
Dans un portrait publié en 2022, l'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux (INESSS) rapporte qu'en mars 2021, le Québec comptait 365 GMF.
31 mars 2020 (portrait de l'INESSS, 2022)
Le même rapport indique que 8,3 millions de personnes ont été repérées dans les banques de données clinico-administratives au 31 mars 2020. Parmi elles, près de 5,4 millions étaient inscrites auprès d'un médecin exerçant dans un GMF.
| Date de référence | Donnée | Valeur |
|---|---|---|
| Mars 2021 | Nombre de GMF au Québec | 365 |
| 31 mars 2020 | Personnes inscrites auprès d'un médecin en GMF | près de 5,4 millions |
| 31 mars 2020 | Personnes repérées dans les banques de données | 8,3 millions |
Le décompte le plus récent est publié par le MSSS dans son répertoire des indicateurs de gestion.
Évaluations et débats
Le modèle des GMF a fait l'objet de plusieurs évaluations publiques.
En 2015, le Vérificateur général du Québec a consacré un chapitre de son rapport aux services de première ligne du réseau. Ses travaux portaient notamment sur l'accessibilité aux médecins de famille et sur l'encadrement des GMF par le ministère.
Le portrait de l'INESSS publié en 2022 décrit la clientèle des GMF, leur répartition et les caractéristiques de leur offre de services. Il fournit des repères chiffrés sur la place du modèle dans la première ligne québécoise.
À l'occasion des vingt ans du modèle, l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS) a publié un bilan critique qui en recommande une révision en profondeur. Les débats portent notamment sur :
- l'accès aux soins pour les personnes non inscrites ;
- le statut des cliniques, majoritairement exploitées par des médecins, et le financement public qui leur est consenti ;
- l'intégration réelle des autres professionnels dans le suivi des patients ;
- l'articulation entre les GMF et les établissements publics de première ligne.
Des travaux universitaires ont également analysé le rôle des GMF dans la constitution d'équipes interprofessionnelles et de soins intégrés au Québec.