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Santé

Pénurie de personnel en santé au Québec

La pénurie de personnel en santé au Québec désigne le déficit de main-d'œuvre que connaît, de façon chronique, le réseau de la santé et des services sociaux. Elle touche en particulier les infirmières, les préposés aux bénéficiaires et les technologues, sans être uniforme selon les professions, les régions ou les secteurs public et privé. Elle se traduit par des postes vacants, des difficultés de recrutement et de rétention, ainsi que par des réductions ou des interruptions de services. Ses causes, comme son ampleur réelle, font l'objet d'interprétations divergentes entre le gouvernement, les syndicats et les chercheurs.

Définition et portée

L'expression « pénurie de personnel en santé » recouvre au Québec plusieurs réalités distinctes. Elle peut désigner :

  • des postes vacants et des besoins de main-d'œuvre non comblés dans les établissements publics ;
  • des pénuries ciblées dans certaines professions (soins infirmiers, assistance aux bénéficiaires, technologies médicales, pharmacie d'établissement) ;
  • des pénuries régionales, plus aiguës dans certains territoires éloignés des grands centres ;
  • des difficultés de recrutement et de maintien en poste propres au réseau public.

Ces constats ne correspondent pas nécessairement à une pénurie uniforme de l'ensemble du secteur de la santé et des services sociaux. La mesure de l'enjeu dépend de l'indicateur retenu : le nombre de postes vacants, les effectifs par habitant et la capacité réelle des établissements à pourvoir leurs horaires de travail mesurent des aspects différents. Une description rigoureuse doit donc préciser la profession, le territoire, le secteur (public ou privé), la période et l'indicateur utilisé.

L'enjeu concerne l'ensemble des établissements du réseau public, soit les centres hospitaliers, les centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), les centres locaux de services communautaires (CLSC) et les services de soutien à domicile, de même que les services de santé mentale et de protection de la jeunesse. Il s'inscrit aussi dans un contexte pancanadien : les difficultés de recrutement et de rétention sont documentées dans l'ensemble des provinces et territoires.

Historique

Les difficultés de main-d'œuvre dans le réseau québécois sont signalées depuis plusieurs décennies. Dès le milieu des années 2010, des ordres professionnels, dont l'Ordre des pharmaciens du Québec, décrivaient des pénuries de personnel dans les établissements de santé.

Pandémie de COVID-19 (2020-2022)

La pandémie de COVID-19 a accentué et rendu plus visible le manque de personnel, en particulier dans les CHSLD durement touchés au printemps 2020. Le gouvernement du Québec a alors lancé un programme de formation accélérée et rémunérée de préposés aux bénéficiaires afin de renforcer les effectifs des milieux d'hébergement. Les absences pour maladie ou isolement, l'épuisement professionnel et les départs ont accru la pression sur le personnel restant. À l'automne 2021, la crainte de perdre des travailleurs a pesé dans la décision gouvernementale de renoncer à imposer la vaccination obligatoire au personnel déjà en poste.

Période récente

Depuis la pandémie, l'enjeu demeure au cœur du débat public. Le recours au temps supplémentaire, y compris obligatoire, et à la main-d'œuvre indépendante issue d'agences de placement a été critiqué par les syndicats et a fait l'objet d'interventions législatives. La réforme de la gouvernance du réseau, qui a mené à la création de Santé Québec, a fait de cette société d'État l'employeur unique du personnel des établissements publics à compter de 2024, ce qui modifie le cadre de gestion de la main-d'œuvre.

Professions et secteurs touchés

Les tensions de main-d'œuvre ne sont pas identiques d'une profession à l'autre.

GroupePrincipaux enjeux signalés
Infirmières et infirmières auxiliairesPostes vacants, temps supplémentaire, attraction et rétention
Préposés aux bénéficiairesBesoins élevés en CHSLD et en soutien à domicile
TechnologuesDifficultés de recrutement dans certains laboratoires et services d'imagerie
Médecins de familleAccès à un médecin de famille, recrutement et maintien en poste
Pharmaciens d'établissementPénuries signalées dès le milieu des années 2010

Une analyse de l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS) publiée en 2024 relève une diminution ou une stagnation du nombre de médecins et d'infirmières par habitant au Québec. À l'échelle canadienne, l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS) signale en 2024 des enjeux de recrutement et de maintien en poste touchant notamment les médecins de famille et le personnel des soins de longue durée.

Les soins de longue durée, le soutien à domicile et les services de santé mentale sont fréquemment cités parmi les secteurs les plus sensibles, en raison du vieillissement de la population et de la croissance des besoins. Les régions éloignées des grands centres urbains font également face à des difficultés particulières d'attraction du personnel.

Causes avancées

Les causes de la pénurie et leur poids relatif sont interprétés différemment selon les acteurs.

Facteurs démographiques

Le vieillissement de la population québécoise accroît la demande de soins, tandis que les départs à la retraite d'une partie du personnel réduisent l'offre de main-d'œuvre expérimentée.

Conditions de travail

La charge de travail, les horaires, le temps supplémentaire obligatoire et l'épuisement professionnel sont au centre du débat public. La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), principal syndicat du personnel infirmier, soutient qu'il s'agit moins d'une pénurie de main-d'œuvre que d'une « pénurie de conditions attractives », mettant l'accent sur les conditions d'exercice et l'attraction de la profession. Cette lecture reflète la position d'une organisation syndicale.

Déplacement vers le secteur privé

L'analyse de l'IRIS publiée en 2024 conclut que, en tenant compte du vieillissement de la population, l'effectif total des secteurs public et privé par habitant était plus élevé en 2022 qu'en 1991, alors que le réseau public manquait de personnel dans presque toutes les catégories d'emploi. Ses auteurs avancent que le déplacement de personnel vers le secteur privé, notamment vers les agences de placement et les cliniques privées, contribue à cet écart. Il s'agit de la conclusion de ces chercheurs et non d'un consensus officiel.

Organisation du réseau

Les réformes successives de la structure du réseau, la centralisation administrative et la gestion des horaires sont également invoquées par divers observateurs comme facteurs influençant la rétention du personnel.

Conséquences sur les services

Le manque de personnel se répercute sur l'accès aux soins et sur la continuité des services. Parmi les effets régulièrement rapportés figurent :

  • la fermeture temporaire ou partielle de services d'urgence, en particulier la nuit ou en période estivale, dans certains établissements régionaux ;
  • la réduction du nombre de lits disponibles et le report d'activités chirurgicales ;
  • l'allongement des délais d'attente pour des consultations, des examens ou des services de soutien à domicile ;
  • le recours accru au temps supplémentaire, qui alourdit la charge du personnel en poste.

Constats du Protecteur du citoyen (2022-2023)

Dans son rapport annuel 2022-2023, le Protecteur du citoyen observe que le manque de personnel est fréquemment invoqué par les établissements pour expliquer des réductions ou des interruptions de services. L'institution souligne que cette explication ne dispense pas les établissements de leurs obligations envers les usagers. Au cours de cet exercice, elle a traité 2 233 motifs de plaintes et de signalements concernant le réseau de la santé et des services sociaux, dont 43,2 % se sont révélés fondés.

Le gouvernement du Québec a pour sa part déjà affirmé publiquement que la fermeture des urgences ne constitue pas une solution au manque de personnel, privilégiant le maintien des services par la réorganisation du travail.

Mesures gouvernementales

Le gouvernement du Québec et le ministère de la Santé et des Services sociaux ont adopté diverses mesures pour attirer et retenir le personnel. Parmi les principales :

  • Formation accélérée : programmes de formation rémunérée, comme celui des préposés aux bénéficiaires lancé en 2020, et soutien aux étudiants dans les programmes de soins infirmiers.
  • Incitatifs financiers : primes de recrutement et de rétention offertes au personnel infirmier, notamment dans le cadre d'une opération de main-d'œuvre lancée à l'automne 2021, avec des montants majorés dans certaines régions.
  • Encadrement des agences : adoption en 2023 d'une loi limitant le recours aux agences de placement de personnel et à la main-d'œuvre indépendante dans le secteur de la santé et des services sociaux, avec une réduction progressive de ce recours selon les régions.
  • Recrutement international : missions de recrutement à l'étranger et mesures facilitant la reconnaissance des compétences de professionnels formés hors du Canada.
  • Réforme de la gouvernance : création de Santé Québec, devenue l'employeur unique du personnel des établissements publics.
  • Négociations collectives : les conventions collectives conclues avec les syndicats du secteur public portent en partie sur l'organisation du travail, la stabilité des équipes et la réduction du temps supplémentaire.

À l'échelle fédérale, Santé Canada a publié en 2025 un document de réflexion sur l'avenir de l'effectif en santé au pays, qui traite de planification de la main-d'œuvre, de formation et de rétention. Les organisations syndicales pancanadiennes ont aussi formulé leurs propres propositions pour résoudre la crise des ressources humaines en santé.

Débats et interprétations

La nature même de la pénurie fait l'objet de débats. Trois grandes lectures coexistent dans l'espace public québécois.

  • Une pénurie démographique : le vieillissement de la population et les départs à la retraite créeraient un déséquilibre structurel entre les besoins et la main-d'œuvre disponible.
  • Une pénurie de conditions : défendue notamment par la FIQ, cette lecture attribue l'essentiel du problème aux conditions de travail, qui pousseraient le personnel qualifié à réduire ses heures, à changer de secteur ou à quitter la profession.
  • Un problème de répartition : défendue notamment par l'IRIS, cette lecture souligne que l'effectif global par habitant n'a pas diminué depuis 1991 et que le manque se concentre dans le réseau public, en partie en raison d'un transfert vers le secteur privé.

Ces interprétations ne s'excluent pas nécessairement. Leur confrontation dépend largement des indicateurs retenus : un nombre élevé de postes vacants peut coexister avec une hausse des effectifs totaux si les besoins croissent plus vite ou si la main-d'œuvre se répartit différemment entre secteurs. Les chiffres de postes vacants, à eux seuls, ne suffisent pas à décrire la situation d'ensemble.

L'enjeu demeure étroitement lié aux grands débats sur l'avenir du système public de santé au Québec, notamment la place du secteur privé, l'organisation des soins de première ligne et la valorisation des professions de soins.

Sources

  1. Protecteur du citoyen — Rapport annuel 2022-2023, communiqué sur les services de santé et services sociaux
  2. Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec — Pénurie de main-d'œuvre ou pénurie de conditions attractives?
  3. Institut canadien d'information sur la santé — Main-d'œuvre de la santé, 2024 : recrutement et maintien en poste
  4. Institut de recherche et d'informations socioéconomiques — Mythes et réalité de la pénurie de main-d'œuvre en santé et services sociaux au Québec (2024)
  5. Institut de recherche et d'informations socioéconomiques — Mythes et réalité de la pénurie de main-d'œuvre en santé et services sociaux au Québec, version PDF
  6. Santé Canada — Les soins offerts aux Canadiens : l'avenir de l'effectif en santé au Canada (2025)
  7. Ordre des pharmaciens du Québec — Pénurie de personnel en établissement de santé (2015)
  8. Syndicat national des employées et employés généraux du secteur public — Être à court d'effectifs : résoudre la crise des ressources humaines en santé (2025)
  9. Gouvernement du Québec — Manque de personnel en santé : fermer les urgences n'est pas la solution
  10. Savoirs.Québec — Registre éditorial

Recherche documentaire

Références recueillies lors de la recherche web du dossier, en complément des sources citées dans le texte.

  1. Faute d'instruments stériles, des dizaines d'interventions chirurgicales sont annulées et des salles d'opération fermées au Québec

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5

Mots-clés : pénurie de main-d'œuvre, santé, infirmières, préposés aux bénéficiaires, réseau public, temps supplémentaire obligatoire, agences de placement, santé québec

Processus éditorial

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