Situation géographique
Le réservoir Robert-Bourassa se trouve dans la région administrative du Nord-du-Québec, sur le territoire d'Eeyou Istchee Baie-James, à l'est de la localité de Radisson. Il occupe une partie du cours de La Grande Rivière, qui coule d'est en ouest sur le plateau de la Jamésie avant de se jeter dans la baie James, à proximité de la communauté crie de Chisasibi.
Le réservoir s'étend sur un territoire de faible relief, caractéristique du Bouclier canadien, marqué par une multitude de lacs, de collines arrondies et de dépressions d'origine glaciaire. La mise en eau a ennoyé une partie de ce paysage, ce qui explique la forme très découpée de ses rives et la présence de nombreuses îles.
Dans l'enchaînement des ouvrages du complexe La Grande, le réservoir Robert-Bourassa occupe une position centrale : il reçoit les eaux provenant de l'amont du bassin de La Grande Rivière et, par les dérivations aménagées dans le cadre du projet de la Baie-James, une partie des eaux d'autres bassins voisins. En aval, les eaux turbinées poursuivent leur course vers l'aménagement La Grande-1, puis vers la baie James.
Le secteur est accessible par la route de la Baie-James, qui relie Matagami à Radisson, ainsi que par l'aéroport de La Grande Rivière, situé à proximité de Radisson.
Caractéristiques physiques
Les sources officielles ne s'accordent pas entièrement sur la superficie du réservoir. La Commission de toponymie du Québec et la fiche d'Hydro-Québec consacrée à l'aménagement Robert-Bourassa indiquent 2 835 km², tandis que la page d'Hydro-Québec portant sur la gestion de l'eau dans ses réservoirs affiche 2 905 km². Cet écart peut tenir à des méthodes de calcul différentes ou au niveau d'eau retenu comme référence.
| Caractéristique | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Superficie | 2 835 km² | Commission de toponymie du Québec ; Hydro-Québec |
| Superficie (autre valeur publiée) | 2 905 km² | Hydro-Québec, page sur la gestion de l'eau |
| Volume total | 61,7 milliards de m³ | Hydro-Québec |
| Volume utile pour la production | 19,4 milliards de m³ | Hydro-Québec |
Le volume utile, soit la tranche d'eau pouvant être mobilisée pour la production d'électricité, représente environ le tiers du volume total. Le reste correspond à la réserve permanente située sous le niveau minimal d'exploitation.
Le réservoir figure parmi les plus grands plans d'eau du Québec, naturels ou artificiels.
Ouvrages de retenue et aménagement
Le réservoir est retenu par le barrage Robert-Bourassa, érigé sur La Grande Rivière, et par un ensemble de digues qui ferment les points bas du relief autour de la cuvette inondée. Le Répertoire des barrages du gouvernement du Québec recense plusieurs de ces ouvrages sous l'appellation La Grande-2, notamment les digues CD-01 et CD-08.
L'ensemble fait partie de l'aménagement Robert-Bourassa, autrefois désigné La Grande-2 (LG-2). Celui-ci comprend :
- le barrage principal et les digues formant le réservoir ;
- la centrale Robert-Bourassa, aménagée en souterrain dans le roc ;
- la centrale La Grande-2-A, ajoutée ultérieurement et alimentée par le même réservoir ;
- un évacuateur de crues taillé en gradins dans le roc, couramment surnommé « l'escalier de géant », qui permet de rejeter les surplus d'eau sans passer par les turbines.
L'aménagement Robert-Bourassa est inscrit au Répertoire du patrimoine culturel du Québec, qui documente son intérêt à titre d'ensemble industriel associé au projet de la Baie-James. Hydro-Québec y offre des visites guidées gratuites au grand public, au départ de Radisson.
Exploitation hydroélectrique
Le réservoir Robert-Bourassa joue un rôle de régulation dans le complexe La Grande : il emmagasine l'eau pendant les périodes de forts apports, notamment lors de la crue printanière, puis la restitue aux centrales selon les besoins de production. Hydro-Québec gère ses grands réservoirs de façon pluriannuelle, de manière à compenser les variations naturelles de l'hydraulicité d'une année à l'autre.
La centrale Robert-Bourassa, la plus puissante du réseau d'Hydro-Québec, et la centrale La Grande-2-A puisent leur eau dans ce réservoir. Leur production est acheminée vers le sud du Québec par les lignes de transport à très haute tension qui relient le territoire de la Baie-James aux grands centres de consommation.
Le niveau du réservoir varie selon la saison et la stratégie d'exploitation, à l'intérieur de limites définies pour assurer la sécurité des ouvrages. Ces variations de niveau, appelées marnage, modifient périodiquement l'étendue des berges exondées.
Histoire
Le réservoir résulte du projet de la Baie-James, annoncé en 1971 par le gouvernement de Robert Bourassa. La première phase de ce projet visait l'aménagement de La Grande Rivière, et l'ouvrage La Grande-2 en constituait la pièce maîtresse.
Les travaux ont été encadrés par la Convention de la Baie-James et du Nord québécois, signée en 1975 par les gouvernements du Québec et du Canada, les Cris et les Inuits ainsi que les sociétés d'État concernées. Cette entente a établi notamment un régime des terres et des mesures de compensation et de suivi environnemental.
La localité de Radisson a été établie au milieu des années 1970 pour loger les travailleurs du chantier La Grande-2. La mise en eau du réservoir et la mise en service de la centrale, alors appelée La Grande-2, ont eu lieu à la fin des années 1970.
Au début des années 1990, la centrale La Grande-2-A a été ajoutée pour accroître la puissance tirée du même réservoir.
À la suite du décès de Robert Bourassa, en octobre 1996, le réservoir, la centrale et le barrage ont été renommés en son honneur.
Toponymie
Le nom du réservoir rappelle Robert Bourassa (1933-1996), premier ministre du Québec de 1970 à 1976 et de 1985 à 1994, sous le gouvernement duquel le développement hydroélectrique de la Baie-James a été lancé.
Selon la Commission de toponymie du Québec, le nom « Réservoir Robert-Bourassa » a été attribué par décret le 16 octobre 1996. La Base de données toponymiques du Canada, tenue par Ressources naturelles Canada, le répertorie comme nom officiel et indique le 13 décembre 1996 comme date de décision.
Avant ce changement, le plan d'eau était désigné en fonction de l'aménagement La Grande-2, selon la nomenclature numérique utilisée pour les ouvrages de La Grande Rivière (LG-1, LG-2, LG-3, LG-4). Le trait d'union entre le prénom et le nom de la personne honorée suit les règles d'écriture des noms de lieux établies par la Commission de toponymie.
Environnement et occupation du territoire
La création du réservoir a transformé un vaste territoire traditionnellement fréquenté par les Cris d'Eeyou Istchee pour la chasse, le piégeage et la pêche. L'ennoiement de terres boisées et de milieux humides a modifié les habitats aquatiques et riverains ainsi que les voies de circulation sur le territoire.
Comme dans d'autres grands réservoirs boréaux, la décomposition de la matière organique inondée a entraîné, dans les années suivant la mise en eau, une hausse temporaire des concentrations de mercure dans la chair des poissons. Ce phénomène a fait l'objet de programmes de suivi environnemental et de recommandations de consommation à l'intention des populations locales.
Le réservoir se situe dans le domaine de la forêt boréale ouverte et de la taïga, sous un climat subarctique marqué par des hivers longs et rigoureux. Sa surface demeure englacée pendant une grande partie de l'année.
Aujourd'hui, le secteur reste principalement occupé par les installations d'Hydro-Québec, la localité de Radisson et les activités traditionnelles cries, auxquelles s'ajoutent la pêche sportive et le tourisme industriel.

