Toponymie
Le nom de l'île commémore René Levasseur (1933-1968), ingénieur d'Hydro-Québec et directeur du chantier de Manic-Cinq, aménagement hydroélectrique dont fait partie le barrage Daniel-Johnson. Selon la Commission de toponymie du Québec, il est décédé quelques jours avant l'inauguration officielle de ce barrage. Le nom rend ainsi hommage aux artisans des grands chantiers hydroélectriques de la Manicouagan, qui ont transformé le paysage de la région.
Plusieurs entités situées sur l'île portent des noms liés à l'histoire de l'exploration de la Côte-Nord. Le mont Babel, point culminant de l'île, rappelle le missionnaire oblat Louis Babel, qui a parcouru l'arrière-pays de la Côte-Nord au XIXe siècle ; la réserve écologique aménagée sur l'île porte également son nom.
Le réservoir qui entoure l'île est souvent surnommé « l'œil du Québec » en raison de sa forme annulaire caractéristique, bien visible depuis l'espace.
Géographie
L'île René-Levasseur se trouve au centre du réservoir Manicouagan, à quelque 240 km au nord de Baie-Comeau, dans la région administrative de la Côte-Nord. Sur le plan administratif, elle fait partie du territoire non organisé de Rivière-aux-Outardes, dans la municipalité régionale de comté de Manicouagan.
La Commission de toponymie du Québec lui attribue une superficie d'environ 2 020 km² et un diamètre d'environ 50 km, ce qui en fait l'une des plus grandes îles lacustres du monde. Sa forme presque circulaire épouse le contour de l'anneau d'eau du réservoir.
Relief et hydrographie
Le relief de l'île est dominé en son centre par le mont Babel, qui culmine à plus de 950 m d'altitude. Le terrain s'abaisse progressivement vers les rives du réservoir. L'intérieur de l'île compte de nombreux plans d'eau, parmi lesquels le lac Du Chaunoy et le lac Observation, ainsi qu'un réseau de cours d'eau qui s'écoulent vers le réservoir.
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Superficie | environ 2 020 km² |
| Diamètre | environ 50 km |
| Point culminant | mont Babel (plus de 950 m) |
| Distance de Baie-Comeau | environ 240 km au nord |
Géologie
L'île René-Levasseur correspond à la partie centrale de la structure d'impact de Manicouagan, l'une des plus grandes structures d'impact météoritique encore reconnaissables à la surface de la Terre. Cette structure s'est formée il y a environ 214 millions d'années, à la fin du Trias, lorsqu'un corps céleste a percuté le socle précambrien du Bouclier canadien.
L'impact a laissé un relief circulaire composé d'un plateau central, d'origine en partie liée à la fusion et à la déformation des roches sous l'effet du choc, entouré d'une dépression annulaire. Au fil des millions d'années, l'érosion, notamment glaciaire, a profondément modelé cette structure. Avant l'aménagement hydroélectrique, la dépression annulaire était occupée par deux lacs en forme d'arc, les lacs Mouchalagane et Manicouagan.
Il importe de distinguer deux phénomènes : l'île elle-même n'a pas été créée par l'impact météoritique. Celui-ci est à l'origine du relief central et de la dépression qui l'entoure, tandis que le caractère insulaire du massif découle de la formation du réservoir au XXe siècle.
En raison de son intérêt scientifique, la structure de Manicouagan est étudiée par les géologues et les planétologues comme exemple de cratère d'impact terrestre de grande taille.
Formation de l'île et aménagement hydroélectrique
L'île doit son existence au programme d'aménagement hydroélectrique des rivières Manicouagan et aux Outardes, entrepris par Hydro-Québec à partir de la fin des années 1950. La pièce maîtresse de ce complexe est le barrage Daniel-Johnson, ouvrage à voûtes multiples et à contreforts, construit sur la rivière Manicouagan dans le cadre du chantier de Manic-Cinq.
La mise en eau du réservoir Manicouagan, consécutive à la construction du barrage, a fait monter le niveau des deux lacs annulaires préexistants et submergé les terres basses qui reliaient le massif central au continent. Les deux arcs lacustres se sont alors rejoints pour former un anneau d'eau continu, isolant le plateau central et donnant naissance à l'île René-Levasseur.
Le réservoir ainsi formé constitue l'un des plus vastes réservoirs du Québec et joue un rôle central dans la régularisation des débits alimentant les centrales situées en aval sur la rivière Manicouagan. Le chantier de Manic-Cinq, dirigé un temps par René Levasseur, a marqué l'histoire du développement hydroélectrique québécois des années 1960, période d'expansion rapide de la société d'État.
Milieu naturel et aires protégées
L'île René-Levasseur est couverte de forêt boréale, dominée par les peuplements résineux caractéristiques de cette zone de végétation de la Côte-Nord. Son isolement relatif et la variété de ses altitudes, du niveau du réservoir jusqu'au sommet du mont Babel, lui confèrent une diversité de milieux qui a suscité l'intérêt des naturalistes et des organismes de conservation.
Deux aires protégées y sont documentées :
- la réserve écologique Louis-Babel, qui protège une partie du secteur central de l'île, notamment les milieux associés au mont Babel ;
- la réserve de biodiversité projetée de l'île René-Levasseur, située dans la partie est de l'île, pour laquelle le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement a examiné une superficie proposée de 204 km².
Le projet de réserve de biodiversité a fait l'objet d'une démarche de consultation publique menée par le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement, conformément au cadre québécois de conservation du patrimoine naturel. Ces démarches s'inscrivent dans la constitution du réseau d'aires protégées du Québec sur le territoire de la Côte-Nord.
Occupation du territoire et exploitation forestière
L'île René-Levasseur n'a pas de population permanente. Elle appartient à un vaste territoire non organisé, sans administration municipale propre, dont la gestion relève de la MRC de Manicouagan et, pour les terres et les ressources du domaine de l'État, du gouvernement du Québec.
Le massif forestier de l'île a longtemps été considéré comme une ressource forestière de première importance pour l'industrie de la Côte-Nord. Son exploitation a suscité des débats publics opposant les besoins de l'industrie forestière régionale aux préoccupations de conservation exprimées par des groupes environnementaux et par des chercheurs, notamment au cours des années 2000. Ces débats ont porté sur l'étendue des secteurs à protéger et sur la place de l'île dans le réseau québécois d'aires protégées.
Le territoire de la Manicouagan s'inscrit par ailleurs dans le Nitassinan, territoire ancestral revendiqué par les Innus, dont la présence dans le bassin de la rivière Manicouagan est antérieure aux aménagements hydroélectriques.
L'accès à la région du réservoir s'effectue principalement par la route 389, qui relie Baie-Comeau à Fermont et longe le complexe de Manic-Cinq.

