Toponymie
Le nom de la rivière est généralement rattaché à Nanikana, un terme anichinabé interprété comme « route des ancêtres » ou « route fluviale ». Cette lecture souligne le rôle de la rivière comme voie de déplacement pour les Anichinabés, qui l'empruntaient entre l'intérieur des terres et la baie James.
La Commission de toponymie du Québec relève aussi les variantes Inikana et Anâkona. Une autre interprétation, selon laquelle le nom signifierait « rivière aux biscuits », circule depuis longtemps, mais elle est contestée.
Le nom Harricana ne s'applique qu'à partir du lac Blouin. En amont, le cours d'eau porte le nom de rivière Bourlamaque, un toponyme également donné à l'ancien village minier voisin de Val-d'Or. Le nom de la rivière a été repris par plusieurs institutions, entreprises et organismes de la région.
Cours
Le cours de la rivière commence dans le secteur de Val-d'Or, près de la ligne de partage des eaux. Au nord de cette ligne, les eaux s'écoulent vers la baie James. Au sud, elles rejoignent le bassin du Saint-Laurent par l'intermédiaire de la rivière des Outaouais.
Apprès avoir porté le nom de rivière Bourlamaque, le cours d'eau devient la rivière Harricana au lac Blouin. Il s'élargit ensuite en traversant une série de lacs :
- le lac Malartic ;
- le lac La Motte ;
- le lac Figuery ;
- le lac Obalski.
La rivière traverse ensuite la ville d'Amos. Elle poursuit sa course vers le nord à travers les basses terres argileuses de l'Abitibi, puis entre dans le Nord-du-Québec. Elle franchit enfin la frontière interprovinciale et se jette dans la baie Hannah, une échancrure du sud de la baie James, en Ontario.
La longueur de la rivière varie selon les sources. La Commission de toponymie du Québec donne environ 480 km. Les documents du ministère de l'Environnement du Québec retiennent plutôt environ 533 km. Cet écart s'explique vraisemblablement par le tracé ou la méthode de mesure utilisés. La pente relativement faible de la rivière et son débit ont favorisé la navigation et le flottage du bois.
Bassin versant
Selon les documents ministériels, le bassin hydrographique de la rivière Harricana couvre environ 29 300 km². Il s'étend sur deux régions administratives québécoises, l'Abitibi-Témiscamingue et le Nord-du-Québec, ainsi que sur une partie du nord-est de l'Ontario.
La portion méridionale du bassin comprend les principales agglomérations riveraines :
- la ville de Val-d'Or, près des sources ;
- la ville d'Amos ;
- plusieurs villages agricoles issus de la colonisation de l'Abitibi.
Plus au nord, le bassin traverse un territoire forestier peu peuplé. On y trouve de vastes tourbières, des milieux humides riverains et des peuplements de forêt boréale. Ces milieux sont décrits dans les documents de conservation portant sur le corridor nord de la rivière.
La gestion intégrée de l'eau du bassin relève, du côté québécois, de l'Organisme de bassin versant Abitibi-Jamésie (OBVAJ). Cet organisme est l'un des organismes de bassin versant reconnus en vertu de la gestion de l'eau par bassin versant au Québec.
Histoire et occupation du territoire
Avant l'arrivée des Eurodescendants, la rivière Harricana servait de voie de circulation aux Anichinabés (Algonquins). Ils l'utilisaient pour leurs déplacements saisonniers et pour leurs échanges vers le nord, en direction de la baie James. À partir du régime de la traite des fourrures, elle s'est inscrite dans les réseaux de circulation qui reliaient l'intérieur aux postes de la baie James.
Au début du XXe siècle, la construction du chemin de fer Transcontinental a ouvert l'Abitibi à la colonisation agricole. Amos a été fondée sur les rives de l'Harricana, à l'endroit où la voie ferrée franchit la rivière. Elle est devenue l'un des premiers pôles de peuplement de la région. La rivière a alors servi au transport des colons et des marchandises.
L'exploitation forestière a ensuite fait de la rivière une voie de drave, ou flottage du bois. Sa pente modérée se prêtait bien à cet usage. À partir des années 1930, l'essor minier du secteur de Val-d'Or et de Malartic, dans la partie supérieure du bassin, a renforcé l'occupation du territoire riverain. Aujourd'hui, la rivière est fréquentée pour la villégiature, la pêche et le canot-camping, notamment dans ses tronçons septentrionaux.
Conservation
Deux portions distinctes de la rivière font l'objet de réserves aquatiques projetées. Ce statut provisoire est prévu par la Loi sur la conservation du patrimoine naturel du Québec.
| Territoire | Superficie | Particularité |
|---|---|---|
| Réserve aquatique projetée de la Haute-Harricana | 177,2 km² | Corridor riverain d'environ 190 km |
| Réserve aquatique projetée de la rivière Harricana Nord | 250,8 km² | Corridor nord, tourbières et forêts riveraines |
Les documents ministériels qui encadrent ces territoires définissent les objectifs de conservation. Il s'agit notamment de protéger les milieux riverains, les milieux humides et la qualité des paysages fluviaux. Ces documents précisent aussi les règles applicables aux activités qui s'y déroulent.
La Fondation Rivières range l'Harricana parmi les grandes rivières sauvages du Québec dont la protection n'est pas encore achevée. Elle souligne que plusieurs réserves aquatiques projetées attendent toujours l'obtention d'un statut permanent.
Dans la culture
La rivière a donné son titre au roman Harricana de l'écrivain français Bernard Clavel, paru en 1983. Ce roman appartient au cycle romanesque Le Royaume du Nord, qui évoque la colonisation et la vie des pionniers dans le nord du Québec.
Dans la région, le nom de la rivière est associé à l'identité abitibienne. Plusieurs établissements, organismes et entreprises de l'Abitibi-Témiscamingue le portent, de même que la marque québécoise de vêtements et d'accessoires en fourrure recyclée fondée par la designer Mariouche Gagné.

