Origines et Conquête
Quelques Écossais séjournent en Nouvelle-France sous le Régime français, comme marchands ou soldats, mais leur présence demeure marginale avant 1760. La Conquête britannique marque le véritable début de l'implantation écossaise. Les régiments des Highlands, dont le 78e régiment (Fraser Highlanders), participent à la campagne de 1759 devant Québec, et une partie des soldats démobilisés s'établit dans la colonie.
Le premier gouverneur civil de la province de Québec, James Murray, est lui-même d'origine écossaise. En 1762, il concède à deux officiers écossais, John Nairne et Malcolm Fraser, les seigneuries de Murray Bay et de Mount Murray, dans l'actuelle région de La Malbaie, en Charlevoix. Plusieurs de ces militaires épousent des Canadiennes, et leurs descendants s'intègrent rapidement à la population francophone ; des patronymes comme Fraser, Harvey, Ross ou McNicoll se retrouvent ainsi dans des familles francophones de Charlevoix, de la Côte-du-Sud et du Bas-Saint-Laurent.
D'autres familles écossaises acquièrent des seigneuries, notamment la famille Fraser à Rivière-du-Loup. À la suite de la Révolution américaine, des loyalistes d'origine écossaise s'ajoutent à ce premier noyau, tandis que l'immigration directe depuis les Highlands, les Lowlands et les Hébrides se poursuit tout au long du XIXe siècle.
Commerce des fourrures
Après 1763, des marchands écossais installés à Montréal prennent rapidement le contrôle d'une large part de la traite des fourrures, en s'appuyant sur le savoir-faire des voyageurs canadiens-français et sur les réseaux commerciaux autochtones hérités du Régime français.
La Compagnie du Nord-Ouest, constituée à Montréal à partir de la fin des années 1770 et consolidée au début des années 1780, est dominée par des associés écossais, dont Simon McTavish et son neveu William McGillivray. Elle devient la principale rivale de la Compagnie de la Baie d'Hudson jusqu'à la fusion des deux entreprises en 1821. Des explorateurs liés à la compagnie, comme Alexander Mackenzie et Simon Fraser, atteignent l'Arctique et le Pacifique par voie terrestre.
Les grands bourgeois de la traite se regroupent au sein du Beaver Club, fondé à Montréal en 1785, qui réunit les hommes ayant hiverné dans le Nord-Ouest. Les fortunes accumulées dans ce commerce sont ensuite réinvesties dans l'immobilier, la banque, le transport et l'industrie, ce qui assure la continuité de l'influence écossaise dans l'économie montréalaise au XIXe siècle.
Finance et industrie à Montréal
Au XIXe siècle, les Écossais occupent une place prépondérante dans l'élite d'affaires de Montréal, alors métropole économique du Canada. Plusieurs figures écossaises comptent parmi les fondateurs ou les dirigeants de la Banque de Montréal, créée en 1817, notamment John Richardson et, plus tard, Peter McGill.
Dans la seconde moitié du siècle, la communauté fournit plusieurs des principaux capitaines d'industrie du pays :
- Hugh Allan, armateur, fondateur de la ligne de navigation Allan et de la Banque des marchands ;
- John Redpath, entrepreneur en construction puis fondateur d'une raffinerie de sucre au bord du canal de Lachine ;
- George Stephen et Donald Smith (lord Strathcona), financiers associés à la Banque de Montréal et à la construction du chemin de fer Canadien Pacifique ;
- les familles Ogilvie, dans la minoterie, et Morgan, dans le commerce de détail.
Ces entrepreneurs résident pour beaucoup dans le secteur surnommé le « Mille carré doré », au pied du mont Royal, où plusieurs de leurs demeures subsistent. Leur réseau s'appuie sur des liens familiaux, religieux et associatifs, notamment la Société Saint-André de Montréal, fondée en 1835. La présence écossaise marque aussi l'administration coloniale : des gouverneurs comme lord Dalhousie et lord Elgin, ce dernier associé à l'avènement du gouvernement responsable, sont d'origine écossaise.
Éducation, religion et institutions
L'apport le plus durable de la communauté concerne l'enseignement supérieur. Le marchand James McGill, né à Glasgow en 1744 et mort à Montréal en 1813, lègue terres et argent pour la fondation d'un collège ; l'Université McGill obtient sa charte royale en 1821. Le modèle universitaire écossais influence durablement ses programmes, notamment en médecine.
À Québec, la Société littéraire et historique de Québec est fondée en 1824 sous le patronage de lord Dalhousie, et le Morrin College, établi en 1862 grâce au legs du médecin d'origine écossaise Joseph Morrin, s'installe dans l'ancienne prison de la ville, aujourd'hui le Centre Morrin.
Sur le plan religieux, la communauté est majoritairement presbytérienne. L'église St. Andrew's de Québec, liée à l'Église d'Écosse, et l'église de la rue Saint-Gabriel à Montréal, ouverte en 1792 et considérée comme le premier temple protestant de la ville, en sont des jalons. Le Collège presbytérien de Montréal forme les pasteurs à partir de 1865.
La communauté introduit également des pratiques sportives et militaires : le Royal Montreal Curling Club est fondé en 1807 et le Royal Montreal Golf Club en 1873. Le régiment The Black Watch (Royal Highland Regiment) of Canada, constitué à Montréal en 1862, perpétue la tradition militaire des Highlands.
Établissements ruraux
En dehors des villes, plusieurs régions québécoises reçoivent des colons écossais au XIXe siècle.
Cantons de l'Est
À partir des années 1840, et particulièrement vers 1845, des familles gaélophones originaires de l'île de Lewis, dans les Hébrides extérieures, s'établissent dans le haut du bassin de la rivière Saint-François, dans les cantons de Lingwick, Winslow, Hampden et Marston. Des localités comme Stornoway, Gould et Scotstown témoignent de cette implantation. Ces familles maintiennent des traditions gaéliques, notamment par la fondation d'une église évangélique et d'une école gaélique à Stornoway. La langue gaélique s'y maintient pendant plusieurs générations avant de reculer au XXe siècle, sous l'effet de l'émigration et de l'arrivée de populations francophones.
Haut-Saint-Laurent et Outaouais
La vallée de la rivière Châteauguay, autour de Huntingdon et d'Ormstown, accueille de nombreux agriculteurs écossais dans la première moitié du XIXe siècle. L'Outaouais, notamment le Pontiac, ainsi que la région d'Argenteuil, autour de Lachute, comptent aussi d'importantes communautés écossaises liées à l'agriculture et au commerce du bois.
Est du Québec
Dans Charlevoix, la Côte-du-Sud et le Bas-Saint-Laurent, les descendants de soldats et de seigneurs écossais se fondent progressivement dans la population francophone, ne laissant souvent que leurs patronymes comme trace visible de leur origine.
Démographie contemporaine
Le Recensement de 2021 de Statistique Canada dénombre 192 685 personnes au Québec ayant déclaré une origine écossaise, seule ou en combinaison avec d'autres origines, selon le portrait statistique publié par le ministère de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration.
| Indicateur | Valeur | Année |
|---|---|---|
| Personnes déclarant une origine écossaise (réponses uniques et multiples) | 192 685 | 2021 |
Ce chiffre mesure une ascendance déclarée et non l'appartenance à une communauté organisée ni le nombre de personnes nées en Écosse. Les répondants peuvent déclarer plusieurs origines ethniques ou culturelles, et les réponses totales additionnent les réponses uniques et multiples. Une part importante des personnes déclarant cette origine est francophone, conséquence des mariages mixtes remontant au XVIIIe siècle.
Au XXe siècle, la composante anglophone de la communauté connaît un déclin relatif, accentué par le déplacement du centre économique canadien vers Toronto et par les départs d'anglophones à partir des années 1970. Plusieurs localités rurales autrefois écossaises des Cantons de l'Est sont aujourd'hui majoritairement francophones.
Mémoire et patrimoine
La présence écossaise demeure visible dans le paysage québécois par la toponymie, l'architecture et la vie associative. Des noms de lieux comme Stornoway, Scotstown, Inverness, Dundee ou Lochaber rappellent l'origine des colons, tandis que des édifices comme l'église St. Andrew's de Québec, le Centre Morrin et les résidences du Mille carré doré à Montréal témoignent de leur rôle institutionnel et économique.
La Société Saint-André de Montréal poursuit ses activités associatives et caritatives, et des événements comme des jeux des Highlands, des défilés et des célébrations entourant le jour du Tartan, le 6 avril, ou la nuit de Robert Burns, en janvier, entretiennent les traditions écossaises. Les corps de cornemuses et la danse des Highlands restent pratiqués dans plusieurs milieux.
L'histoire de la communauté fait l'objet de travaux d'historiens et de sociétés d'histoire régionales, notamment sur Montréal, sur les colons gaéliques des Cantons de l'Est et sur les familles seigneuriales du Bas-Saint-Laurent. Les sociétés de généalogie consacrent aussi une attention particulière aux lignées écossaises, nombreuses dans les familles québécoises francophones comme anglophones.