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Histoire

Guerres franco-iroquoises

Les guerres franco-iroquoises désignent une série de conflits armés qui opposent, au cours du XVIIe siècle, la Nouvelle-France et ses alliés autochtones, notamment les Innus, les Algonquins et les Hurons-Wendat, à la Confédération haudenosaunee, alors appelée Ligue des Cinq-Nations. Liées aux rivalités intertribales, au commerce des fourrures et à la concurrence franco-anglaise, ces guerres touchent durement la vallée du Saint-Laurent. Elles prennent fin avec la Grande Paix de Montréal, conclue le 4 août 1701.

Appellation et périodisation

L'expression « guerres franco-iroquoises » regroupe plusieurs phases d'hostilités séparées par des trêves et des traités. Le terme « iroquois », hérité des sources françaises, désigne la Confédération haudenosaunee, formée au XVIIe siècle de cinq nations établies au sud du lac Ontario et du Saint-Laurent :

  • les Mohawks (Agniers dans les sources françaises) ;
  • les Oneidas (Onneiouts) ;
  • les Onondagas (Onontagués) ;
  • les Cayugas (Goyogouins) ;
  • les Sénécas (Tsonnontouans).

Les bornes chronologiques varient selon les auteurs. Certains distinguent une première guerre, de 1641 à 1665 ou 1667, et une seconde, de 1687 à 1701 ; d'autres font remonter la reprise des hostilités à 1680 environ. Les affrontements de 1609 et de 1610, auxquels participe Samuel de Champlain, sont souvent présentés comme le point de départ de l'hostilité entre Français et Haudenosaunee.

Ces conflits s'insèrent dans un ensemble plus vaste de guerres entre nations autochtones de l'Est de l'Amérique du Nord, parfois appelées « guerres du castor » en raison du rôle joué par le commerce des fourrures. L'historiographie récente insiste sur le fait qu'ils ne se réduisent pas à un affrontement entre deux camps : chaque nation agit selon ses propres intérêts, alliances et stratégies.

Contexte et acteurs

Avant l'arrivée des Européens, les Haudenosaunee entretiennent déjà des rivalités avec les Hurons-Wendat, les Algonquins et les Innus. En s'établissant dans la vallée du Saint-Laurent, les Français s'insèrent dans ce réseau d'alliances : la traite des fourrures, sur laquelle repose l'économie de la colonie, dépend des nations du Nord et des Grands Lacs, adversaires des Cinq-Nations.

En 1609, Champlain accompagne un parti d'Algonquins, de Hurons-Wendat et d'Innus qui affronte des Mohawks près du lac qui portera son nom. L'usage des arquebuses françaises y cause la mort de chefs mohawks. Un nouvel affrontement a lieu en 1610 près de l'embouchure de la rivière Richelieu.

De leur côté, les Haudenosaunee commercent avec les Néerlandais établis sur le fleuve Hudson, notamment à Fort Orange, qui leur fournissent des armes à feu. Après 1664, les Anglais, maîtres de New York, prennent le relais de ce commerce et de cette alliance. La position géographique des Cinq-Nations, entre la vallée du Saint-Laurent, les Grands Lacs et les colonies néerlandaise puis anglaise, leur confère un rôle central dans les échanges et la diplomatie du Nord-Est.

La rivière Richelieu, le lac Champlain et le fleuve Saint-Laurent constituent les principales voies d'invasion et de raid entre les deux territoires.

Première phase (1641-1667)

Les hostilités s'intensifient au début des années 1640. Les établissements de Trois-Rivières et de Ville-Marie, fondée en 1642, subissent des attaques répétées, de même que les convois de traite sur le Saint-Laurent et l'Outaouais. Un fort est construit en 1642 à l'embouchure du Richelieu pour en contrôler l'accès.

Une paix est conclue à Trois-Rivières en 1645, mais elle ne dure pas : la guerre reprend dès 1646, année où le jésuite Isaac Jogues est tué en pays mohawk.

Destruction de la Huronie

En 1648 et 1649, des expéditions haudenosaunee frappent les villages des Hurons-Wendat, dans la région de la baie Georgienne. Les missionnaires jésuites Jean de Brébeuf et Gabriel Lalemant sont tués en mars 1649, et la mission de Sainte-Marie est abandonnée et incendiée par les jésuites eux-mêmes. La confédération huronne-wendat se disperse ; une partie des survivants gagne la région de Québec, où leurs descendants forment aujourd'hui la Nation huronne-wendat de Wendake. Au cours des années suivantes, d'autres nations, dont les Pétuns, les Neutres et les Ériés, sont à leur tour dispersées.

Pression sur la colonie

Dans les années 1650, la colonie laurentienne, peu peuplée, vit sous la menace constante des raids. En mai 1660, Adam Dollard des Ormeaux et ses compagnons, accompagnés d'alliés hurons et algonquins, sont tués au Long-Sault, sur l'Outaouais.

Intervention royale

Après l'instauration du gouvernement royal en 1663, Louis XIV envoie en 1665 le régiment de Carignan-Salières. Des forts sont élevés le long du Richelieu. Une campagne d'hiver menée par le gouverneur Daniel de Rémy de Courcelle au début de 1666 échoue, mais l'expédition conduite à l'automne 1666 par le lieutenant général Alexandre de Prouville de Tracy détruit des villages mohawks. Des traités conclus en 1665, 1666 et 1667 avec les nations haudenosaunee ouvrent une période de paix.

Paix relative et reprise des hostilités (1667-1689)

La paix conclue après les campagnes de 1665-1666 dure environ quinze ans. Elle favorise l'expansion de la colonie, l'établissement de seigneuries le long du Saint-Laurent et du Richelieu ainsi que la progression des Français vers les Grands Lacs. Durant cette période, des Haudenosaunee convertis au catholicisme s'installent près de Montréal, notamment à la mission Saint-François-Xavier, fondée en 1667 à La Prairie, à l'origine de l'actuelle communauté de Kahnawake. Ces « domiciliés » deviennent des alliés militaires des Français.

En 1673, le gouverneur Louis de Buade de Frontenac fait construire le fort Frontenac, à Cataracoui, sur le lac Ontario. La concurrence pour le commerce des fourrures dans la région des Grands Lacs ravive cependant les tensions, et les hostilités reprennent autour de 1680, notamment contre les alliés des Français dans l'Ouest.

En 1684, l'expédition du gouverneur Joseph-Antoine Le Febvre de La Barre contre les Sénécas tourne court et aboutit à un accord jugé défavorable par la cour. Son successeur, Jacques-René de Brisay de Denonville, mène en 1687 une campagne contre les villages sénécas. Au cours de cette période, des Haudenosaunee capturés sont envoyés en France pour servir sur les galères, ce qui alimente le ressentiment des Cinq-Nations.

Seconde phase (1689-1701)

La guerre s'inscrit dès lors dans le conflit entre la France et l'Angleterre, la guerre de la Ligue d'Augsbourg, que les colonies anglaises désignent comme la guerre du roi Guillaume. Les Haudenosaunee, alliés aux Anglais de New York, portent la guerre au cœur de la colonie.

Dans la nuit du 4 au 5 août 1689, un important parti haudenosaunee attaque l'établissement de Lachine, à l'ouest de l'île de Montréal. Plusieurs dizaines de colons sont tués ou faits prisonniers. L'événement, longtemps appelé « massacre de Lachine », constitue l'un des épisodes les plus marquants de la mémoire coloniale.

Rappelé en Nouvelle-France en 1689, Frontenac organise des raids contre les établissements anglais, dont Schenectady en 1690, et repousse la même année le siège de Québec mené par William Phips. Les attaques haudenosaunee se poursuivent dans la région de Montréal et le long du Richelieu ; la défense du fort de Verchères par Marie-Madeleine Jarret de Verchères, en 1692, en est un épisode célèbre.

La colonie adapte sa défense : fortification des seigneuries, recours aux milices et à la guerre d'escarmouche inspirée des pratiques autochtones. En 1696, Frontenac conduit une expédition contre les villages onondagas et oneidas. Le traité de Ryswick, signé en 1697, met fin à la guerre entre la France et l'Angleterre, mais les négociations avec les Cinq-Nations se poursuivent plusieurs années.

Grande Paix de Montréal

Le 4 août 1701, sous l'égide du gouverneur Louis-Hector de Callière, la Grande Paix de Montréal est ratifiée entre la France, ses alliés autochtones et les Cinq-Nations. Environ 1 300 délégués appartenant à une quarantaine de nations, venus de la vallée du Saint-Laurent, des Grands Lacs et de la région des Illinois, participent aux cérémonies.

Le chef huron-wendat Kondiaronk, dit le Rat, de Michillimakinac, joue un rôle déterminant dans les négociations ; il meurt à Montréal le 2 août 1701, peu avant la ratification, et reçoit des funérailles solennelles.

Le traité établit la paix entre les nations signataires et confie au gouverneur de la Nouvelle-France un rôle d'arbitre dans les différends entre nations alliées. Les Haudenosaunee s'engagent en outre à demeurer neutres en cas de guerre entre Français et Anglais. L'accord, conclu selon les usages diplomatiques autochtones, notamment l'échange de colliers de porcelaine, met fin aux guerres franco-iroquoises.

La même année, les Haudenosaunee concluent également un accord avec les autorités anglaises à Albany, ce qui illustre leur stratégie d'équilibre entre les deux puissances coloniales.

Conséquences

Les guerres franco-iroquoises ont des effets profonds et durables sur l'ensemble des peuples concernés.

  • Peuples autochtones : la dispersion des Hurons-Wendat, des Pétuns, des Neutres et des Ériés modifie la carte humaine des Grands Lacs. Les guerres, combinées aux épidémies d'origine européenne, entraînent de lourdes pertes, que les Haudenosaunee compensent en partie par l'intégration de captifs. De nouvelles communautés se forment dans la vallée du Saint-Laurent, comme celles des Hurons-Wendat près de Québec et des Haudenosaunee catholiques près de Montréal.
  • Nouvelle-France : l'insécurité freine le peuplement et le défrichement, surtout entre 1640 et 1666, et pèse sur le commerce des fourrures. Elle contribue à la décision de la Couronne d'intervenir directement dans la colonie après 1663, notamment par l'envoi de troupes, dont une partie s'établit ensuite dans la vallée du Saint-Laurent.
  • Organisation militaire : la colonie développe une tradition militaire fondée sur la milice, les forts et la petite guerre, qui marquera les conflits coloniaux du XVIIIe siècle.
  • Géopolitique : la Grande Paix de 1701 assure une neutralité haudenosaunee qui facilite l'expansion française vers l'intérieur du continent, notamment avec la fondation de Détroit la même année.

Mémoire et historiographie

Pendant longtemps, l'historiographie canadienne-française présente ces conflits sous l'angle de la survie de la colonie face à un ennemi décrit comme redoutable. Les récits des Relations des jésuites, principale source contemporaine, influencent durablement cette représentation. Des figures comme Dollard des Ormeaux, les martyrs jésuites ou Madeleine de Verchères deviennent des héros de la mémoire nationale ; la fête de Dollard, longtemps célébrée au Québec en mai, est remplacée depuis 2003 par la Journée nationale des patriotes.

À partir de la seconde moitié du XXe siècle, les historiens réévaluent ces conflits. Des travaux portent sur l'ampleur réelle des pertes subies par la colonie, sur les logiques économiques et diplomatiques propres aux nations autochtones, ainsi que sur les pratiques guerrières haudenosaunee, comme les guerres de deuil visant à remplacer les morts par l'intégration de captifs. Les Haudenosaunee sont désormais considérés comme des acteurs politiques autonomes plutôt que comme de simples adversaires de la colonisation française.

La Grande Paix de Montréal fait l'objet d'une attention renouvelée, notamment à l'occasion de son tricentenaire en 2001. Elle est commémorée à Montréal, entre autres par la place de la Grande-Paix, dans le Vieux-Montréal.

Sources

  1. Ministère de la Défense nationale du Canada, « L’arrivée des Européens : les guerres du XVIIe siècle »
  2. L’Encyclopédie canadienne, « Guerres iroquoises »
  3. Service national du RÉCIT de l’univers social, « Les guerres iroquoises »
  4. Jérémie L. St-Louis, « Guerre franco-iroquoise dans la vallée du Saint-Laurent : réactions et stratégies militaires (1689-1696) », Cap-aux-Diamants, 2018
  5. André Vachon, « La guerre iroquoise et ses conséquences », Les Cahiers des Dix, 1973
  6. John A. Dickinson, « La guerre iroquoise et la mortalité en Nouvelle-France, 1608-1666 », Revue d’histoire de l’Amérique française, 1982
  7. Université Laval, « Histoire du français au Québec : colonie du Canada »
  8. Learn Quebec, « Les guerres iroquoises »
  9. Wikipédia, « Guerres franco-iroquoises »
  10. Dictionnaire biographique du Canada (notices sur Champlain, Frontenac, Callière et Kondiaronk)
  11. Registre éditorial de Savoirs.Québec, « Guerres franco-iroquoises »

Recherche documentaire

Références recueillies lors de la recherche web du dossier, en complément des sources citées dans le texte.

  1. Guerre franco-iroquoise dans la vallée du Saint-Laurent : réactions et stratégies militaires (1689-1696)

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5

Mots-clés : nouvelle-france, haudenosaunee, cinq-nations, iroquois, hurons-wendat, grande paix de montréal, carignan-salières, lachine, commerce des fourrures, xviie siècle

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