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Histoire

Guerre de la Conquête

La guerre de la Conquête désigne, dans l'historiographie québécoise, le théâtre nord-américain de la guerre de Sept Ans. De 1754 à 1760, la Nouvelle-France et la Grande-Bretagne s'y affrontent avec leurs milices coloniales et leurs alliés autochtones. Amorcé dans la vallée de l'Ohio, le conflit culmine avec le siège de Québec et la bataille des plaines d'Abraham en 1759. Il prend fin avec la capitulation de Montréal, le 8 septembre 1760, puis le traité de Paris de 1763 confirme la cession de la colonie à la Couronne britannique.

Appellation et contexte

L'expression « guerre de la Conquête » est l'appellation consacrée au Québec. L'historien Guy Frégault en a fait le titre d'un ouvrage paru en 1955. Aux États-Unis, le même conflit est désigné sous le nom de French and Indian War. Ailleurs, il est généralement traité comme le volet américain de la guerre de Sept Ans (1756-1763).

Les hostilités commencent en Amérique du Nord en 1754, deux ans avant la déclaration de guerre officielle entre la France et la Grande-Bretagne en 1756. Le conflit s'inscrit ainsi dans un affrontement d'envergure mondiale. Celui-ci touche aussi l'Europe, l'Inde, l'Afrique de l'Ouest et les Antilles.

Au milieu du XVIIIe siècle, la rivalité entre les deux empires porte sur le contrôle de l'intérieur du continent, en particulier la vallée de l'Ohio. Cette région relie le Canada à la Louisiane. Les colons de Virginie et de Pennsylvanie, ainsi que des marchands de fourrures britanniques, la convoitent aussi.

Le rapport démographique est très inégal. La Nouvelle-France compte quelques dizaines de milliers d'habitants d'origine européenne. Les Treize Colonies britanniques en comptent plus d'un million. La colonie française s'appuie donc sur :

  • ses troupes de la Marine ;
  • sa milice canadienne ;
  • ses alliances avec de nombreuses nations autochtones ;
  • à partir de 1755, des bataillons des troupes de terre envoyés de France.

Déclenchement dans la vallée de l'Ohio (1754-1755)

Pour affirmer ses prétentions sur la vallée de l'Ohio, la France y érige une ligne de forts, dont le fort Duquesne, au confluent des rivières Allegheny et Monongahela. En 1754, un détachement de miliciens virginiens commandé par George Washington attaque un parti français dirigé par Joseph Coulon de Villiers de Jumonville, qui est tué. En représailles, les Français assiègent le fort Necessity, que Washington doit rendre le 3 juillet 1754.

En 1755, la Grande-Bretagne lance plusieurs offensives simultanées :

  • Fort Duquesne : le 9 juillet 1755, l'armée du général Edward Braddock est mise en déroute près de la rivière Monongahela par une force française, canadienne et surtout autochtone. Braddock meurt de ses blessures.
  • Acadie : le fort Beauséjour, à l'isthme de Chignectou, tombe aux mains des Britanniques en juin 1755. La même année commence la déportation des Acadiens, connue sous le nom de Grand Dérangement.
  • Lac Saint-Sacrement (lac George) : en septembre 1755, le baron de Dieskau est défait et capturé lors d'une attaque contre les positions britanniques.

La même année, Pierre de Rigaud de Vaudreuil de Cavagnial, né au Canada, devient gouverneur général de la Nouvelle-France.

Campagnes de 1756 à 1758

Le marquis Louis-Joseph de Montcalm arrive au Canada en 1756 pour commander les troupes de terre. Les premières campagnes tournent à l'avantage des Français, qui pratiquent une défense active aux frontières, appuyée par les raids de miliciens et d'alliés autochtones contre les établissements frontaliers britanniques.

AnnéeÉvénementIssue
1756Prise de Chouaguen (Oswego), sur le lac OntarioVictoire française
1757Prise du fort William Henry, au lac Saint-SacrementVictoire française
1758Siège de Louisbourg, sur l'île RoyaleVictoire britannique
1758Bataille de Carillon, le 8 juilletVictoire française
1758Prise du fort FrontenacVictoire britannique
1758Abandon du fort Duquesne par les FrançaisRecul français

La capitulation du fort William Henry, en août 1757, est suivie de l'attaque de la garnison britannique en retraite par des guerriers alliés aux Français. Cet épisode marque durablement les mémoires.

À Carillon, Montcalm repousse l'armée bien plus nombreuse du général James Abercromby. Cette victoire ne compense toutefois pas les revers de 1758. La chute de Louisbourg ouvre la route du Saint-Laurent à la flotte britannique. La perte du fort Frontenac compromet les communications avec les postes de l'Ouest.

La colonie souffre alors de mauvaises récoltes, de pénuries et d'une forte hausse des prix. Ces difficultés aggravent les tensions entre Vaudreuil et Montcalm sur la conduite de la guerre.

Siège de Québec (1759)

En 1759, la Grande-Bretagne attaque le cœur de la colonie. Une importante flotte remonte le Saint-Laurent et le major-général James Wolfe met le siège devant Québec à la fin de juin. Au même moment, d'autres armées britanniques s'emparent du fort Niagara et forcent les Français à évacuer Carillon et le fort Saint-Frédéric.

Pendant l'été, l'artillerie britannique installée à Pointe-Lévy bombarde la ville, dont une grande partie est détruite. Le 31 juillet, une attaque britannique contre les retranchements français de Beauport est repoussée près de la chute Montmorency. Wolfe ordonne ensuite de dévaster les campagnes, notamment les paroisses de la Côte-du-Sud et de la côte de Beaupré, où des fermes et des églises sont incendiées.

Dans la nuit du 12 au 13 septembre 1759, les troupes britanniques débarquent à l'Anse-au-Foulon et gravissent la falaise. Elles se déploient sur les plaines d'Abraham, à l'ouest de la ville. La bataille qui s'engage le 13 septembre est brève et se solde par la défaite des forces françaises.

Wolfe est tué pendant l'affrontement. Montcalm, mortellement blessé, meurt le lendemain. Le 18 septembre 1759, Jean-Baptiste-Nicolas-Roch de Ramezay, lieutenant du roi, signe la capitulation de Québec. L'armée française se replie vers la rivière Jacques-Cartier sous le commandement du chevalier de Lévis.

Campagne de 1760 et capitulation de Montréal

Au printemps 1760, le chevalier François-Gaston de Lévis tente de reprendre Québec. Le 28 avril 1760, il bat l'armée du général James Murray à la bataille de Sainte-Foy et assiège la ville. L'arrivée de navires britanniques dans le port de Québec en mai l'oblige toutefois à lever le siège et à se replier vers Montréal.

Une flotte française envoyée au secours de la colonie est défaite dans la baie des Chaleurs à la bataille de la Ristigouche, en juillet 1760.

Durant l'été, trois armées britanniques convergent vers Montréal :

  • celle du général Jeffery Amherst, par le lac Ontario et le haut Saint-Laurent ;
  • celle de Murray, depuis Québec, en remontant le fleuve ;
  • celle du brigadier William Haviland, par le lac Champlain et la rivière Richelieu.

Pendant cette progression, plusieurs nations autochtones alliées des Français concluent des ententes avec les Britanniques. C'est le cas des Hurons-Wendats de Lorette, avec qui Murray signe un document le 5 septembre 1760.

Encerclé et privé de renforts, le gouverneur Vaudreuil signe la capitulation de Montréal le 8 septembre 1760. Cet acte met fin à la résistance organisée de la Nouvelle-France. Les articles de capitulation garantissent notamment aux habitants la libre pratique de la religion catholique et la conservation de leurs biens.

Participation autochtone

Les nations autochtones jouent un rôle déterminant dans le conflit, non comme simples auxiliaires, mais comme acteurs poursuivant leurs propres intérêts politiques, territoriaux et commerciaux.

La Nouvelle-France bénéficie de l'appui de nombreux alliés :

  • des Autochtones domiciliés de la vallée du Saint-Laurent, dont des Abénakis, des Wendats et des Kanien'kehá:ka (Mohawks) établis près des missions ;
  • des nations des Grands Lacs et de l'Ouest, comme les Odawas (Outaouais) et les Anichinabés.

Leur maîtrise de la guerre en forêt contribue aux victoires françaises des premières années, notamment sur la Monongahela en 1755.

La Confédération des Haudenosaunee (Six-Nations), longtemps attachée à une politique de neutralité entre les deux empires, se rapproche des Britanniques au fil du conflit, notamment lors de la prise de Niagara en 1759.

À mesure que la défaite française se dessine, les nations alliées négocient leur neutralité ou leur paix avec les Britanniques. Le document signé par Murray avec les Hurons-Wendats en 1760 a été reconnu comme un traité par la Cour suprême du Canada dans l'arrêt R. c. Sioui, rendu en 1990.

L'insatisfaction des nations des Grands Lacs envers la politique britannique d'après-guerre mène, en 1763, au soulèvement associé au chef odawa Pontiac.

Conséquences

Après la capitulation de Montréal, la vallée du Saint-Laurent est placée sous un régime militaire britannique. Ce régime administre le territoire de 1760 à 1763 à partir de trois gouvernements : Québec, Trois-Rivières et Montréal.

La guerre se poursuit ailleurs dans le monde jusqu'au traité de Paris, signé le 10 février 1763. Par ce traité, la France cède le Canada et ses dépendances à la Grande-Bretagne. Elle conserve des droits de pêche sur une partie du littoral de Terre-Neuve et obtient les îles Saint-Pierre-et-Miquelon. La Louisiane occidentale avait été cédée à l'Espagne l'année précédente.

La Proclamation royale du 7 octobre 1763 crée ensuite la Province de Québec, dont les frontières sont réduites à la vallée du Saint-Laurent. Elle prévoit aussi l'introduction des lois anglaises. Cette orientation sera largement révisée par l'Acte de Québec de 1774.

Le conflit laisse la colonie éprouvée :

  • une grande partie de la ville de Québec et plusieurs paroisses rurales sont dévastées ;
  • le commerce est désorganisé ;
  • la monnaie de papier émise par l'administration française perd sa valeur.

Le Répertoire du patrimoine culturel du Québec estime à environ 10 000 le nombre de morts attribuables aux maladies et à la famine liées au conflit.

Une partie de l'élite administrative, militaire et marchande quitte la colonie pour la France. La majorité de la population canadienne demeure sur place, et l'Église catholique y conserve un rôle social central.

Mémoire et historiographie

La Conquête occupe une place majeure dans la mémoire collective québécoise. Elle a fait l'objet d'interprétations divergentes.

Au XIXe siècle, des historiens comme François-Xavier Garneau en font un moment fondateur du récit national canadien-français. Au milieu du XXe siècle, deux courants s'opposent :

  • l'école historique de Montréal (Guy Frégault, Maurice Séguin, Michel Brunet) voit dans la Conquête une rupture ayant décapité la bourgeoisie canadienne et placé la collectivité en situation de dépendance durable ;
  • l'école de Québec (notamment Fernand Ouellet et Jean Hamelin) attribue davantage les difficultés économiques ultérieures à des facteurs internes.

Plusieurs lieux commémorent le conflit à Québec. Le monument à Wolfe et à Montcalm, érigé à la fin des années 1820, honore conjointement les deux généraux. Le parc des Champs-de-Bataille, créé en 1908, est administré par la Commission des champs de bataille nationaux. Le monument des Braves, à Québec, rappelle la bataille de Sainte-Foy.

Ailleurs, des lieux historiques nationaux gérés par Parcs Canada, comme le fort Chambly et la Bataille-de-la-Ristigouche, présentent également ce conflit au public.

Le sujet reste sensible. En 2009, la reconstitution prévue pour le 250e anniversaire de la bataille des plaines d'Abraham a été annulée à la suite de vives controverses.

Sources

  1. Répertoire du patrimoine culturel du Québec, « Guerre de la Conquête »
  2. Parcs Canada, « La guerre de la Conquête : une guerre mondiale » (Lieu historique national du Fort-Chambly)
  3. RÉCITUS, « La guerre de la Conquête (1754-1760) »
  4. Alloprof, « Qu'est-ce que la guerre de la Conquête? »
  5. L'Encyclopédie canadienne, « Conquête »
  6. Wikipédia, « Guerre de la Conquête »
  7. Wikipédia, « Conquête de 1759-1760 »
  8. Université du Québec à Trois-Rivières, dépôt institutionnel
  9. Dictionnaire biographique du Canada (notices de Montcalm, Vaudreuil, Lévis, Wolfe, Murray)
  10. Guy Frégault, La guerre de la Conquête, Montréal, Fides, 1955
  11. Cour suprême du Canada, R. c. Sioui, 1990
  12. Savoirs.Québec, registre éditorial

Recherche documentaire

Références recueillies lors de la recherche web du dossier, en complément des sources citées dans le texte.

  1. Guerre de la Conquête - Répertoire du patrimoine culturel du ...
  2. 1757

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5

Mots-clés : guerre de la conquête, guerre de sept ans, nouvelle-france, plaines d'abraham, siège de québec, capitulation de montréal, traité de paris 1763, montcalm, alliés autochtones

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