Toponymie
Le nom officiel retenu par la Commission de toponymie du Québec est Rivière Saguenay. Le toponyme figure parmi les plus anciennement attestés du Québec : il apparaît dans la documentation coloniale dès le XVIe siècle, associé au « royaume du Saguenay » évoqué dans les récits de l'exploration du Saint-Laurent.
La fiche toponymique rappelle également un usage autochtone transmis dans la documentation publique, Pitchitaouichetz, employé pour désigner ce vaste cours d'eau. Le territoire riverain relève historiquement du Nitassinan innu, et la présence innue y est attestée de longue date, notamment autour des postes de traite de l'embouchure.
Par extension, le nom a été donné à la région administrative du Saguenay–Lac-Saint-Jean, à la ville de Saguenay, ainsi qu'à de nombreux éléments géographiques et administratifs du secteur, dont le fjord du Saguenay. L'usage courant distingue souvent la « rivière Saguenay » proprement dite de son cours inférieur, désigné comme le « fjord du Saguenay ».
Cours et hydrographie
La rivière prend naissance au lac Saint-Jean, dont elle constitue l'émissaire. Les eaux du lac s'écoulent par deux bras, la Grande Décharge et la Petite Décharge, séparés par l'île d'Alma, qui se réunissent en aval pour former le cours principal.
De là, la rivière suit une direction générale est jusqu'à l'estuaire du Saint-Laurent, qu'elle rejoint à la hauteur de Tadoussac. Les sources de référence lui attribuent une longueur d'environ 160 à 170 km.
| Donnée | Valeur indiquée |
|---|---|
| Longueur | environ 160 à 170 km |
| Bassin versant | environ 88 000 km² |
| Débit moyen | environ 1 750 à 1 760 m³/s |
| Profondeur maximale | environ 275 m |
Le bassin versant compte parmi les plus étendus du Québec méridional ; il intègre en amont l'ensemble du réseau tributaire du lac Saint-Jean. Le débit du cours d'eau est fortement régularisé par les ouvrages hydroélectriques établis sur le haut Saguenay et sur les décharges du lac Saint-Jean.
Dans sa partie inférieure, la rivière constitue un estuaire où l'eau salée du Saint-Laurent pénètre en profondeur sous une couche d'eau douce de surface, configuration caractéristique des fjords.
Le fjord et la géologie
La portion aval du Saguenay forme un fjord accessible à la navigation. La vallée correspond à une entaille profonde dans le roc précambrien du Bouclier canadien, façonnée par des accidents structuraux anciens puis surcreusée par les glaciers du Quaternaire.
Les parois rocheuses s'élèvent abruptement de part et d'autre du plan d'eau, atteignant plusieurs centaines de mètres au-dessus du niveau de la mer, notamment aux caps du secteur du parc national du Fjord-du-Saguenay. La profondeur maximale, souvent citée à environ 275 m, contraste avec la présence d'un seuil peu profond à l'embouchure, près de Tadoussac. Ce seuil limite les échanges d'eau profonde entre le fjord et l'estuaire du Saint-Laurent et provoque des remontées d'eau froide riches en nutriments dans la zone de confluence.
Le retrait de l'inlandsis wisconsinien a été suivi d'une invasion marine, la mer de Laflamme, qui a déposé argiles et sables dans la dépression du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Ces dépôts meubles expliquent une partie des terres agricoles de la région, mais aussi la sensibilité de certains versants aux glissements de terrain. La littérature scientifique souligne le caractère exceptionnel du fjord comme registre sédimentaire, ses dépôts enregistrant avec finesse les événements naturels et anthropiques successifs.
Milieux naturels et faune
La superposition d'eau douce en surface et d'eau salée en profondeur crée dans le fjord une mosaïque d'habitats peu commune, où cohabitent des espèces d'affinité marine, estuarienne et dulcicole. Les eaux profondes et froides abritent notamment des espèces marines adaptées à ces conditions.
La confluence du Saguenay et du Saint-Laurent, à Tadoussac, est reconnue pour sa richesse biologique : le brassage des masses d'eau y favorise une forte productivité, qui attire plusieurs espèces de mammifères marins. Le béluga du Saint-Laurent fréquente la partie basse du fjord, laquelle est comprise dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, aire protégée créée conjointement par les gouvernements du Québec et du Canada.
Sur les rives, le parc national du Fjord-du-Saguenay protège des escarpements, des baies et des secteurs forestiers appartenant au domaine de la sapinière à bouleau blanc et, sur les sommets exposés, à des groupements plus rabougris. Les parois rocheuses accueillent une flore adaptée aux conditions xériques et froides, ainsi que des sites de nidification d'oiseaux de falaise.
Occupation du territoire
Le Saguenay a servi de voie de pénétration vers l'intérieur du continent bien avant la colonisation agricole. Tadoussac, à son embouchure, compte parmi les plus anciens lieux d'échange entre Autochtones et Européens dans la vallée du Saint-Laurent, et la rivière a longtemps constitué l'axe du commerce des fourrures menant vers le lac Saint-Jean et, au-delà, vers l'intérieur.
À compter du XIXe siècle, l'exploitation forestière puis la colonisation agricole ouvrent la vallée. Les principales agglomérations riveraines se développent sur le haut Saguenay, autour de Chicoutimi et de Jonquière, aujourd'hui intégrées à la ville de Saguenay, ainsi qu'à La Baie, sur la baie des Ha! Ha!. En aval, l'occupation est plus dispersée : Sainte-Rose-du-Nord, L'Anse-Saint-Jean, Petit-Saguenay, Sacré-Cœur et Tadoussac jalonnent le fjord.
Le caractère navigable du cours inférieur a permis l'établissement d'installations portuaires en eau profonde, notamment dans le secteur de La Baie, qui desservent les industries régionales. En amont, l'énergie hydraulique du Saguenay et de ses tributaires a soutenu l'implantation de l'industrie de l'aluminium et des pâtes et papiers, déterminante pour l'économie du Saguenay–Lac-Saint-Jean.
Risques et enjeux
La vallée du Saguenay est exposée à des aléas naturels bien documentés. Les dépôts argileux issus de la mer de Laflamme rendent certains talus instables, et la région a été marquée par des glissements de terrain. Les crues, en particulier celles de juillet 1996 dans le bassin du Saguenay, ont entraîné des dommages considérables et conduit à une révision des approches québécoises en matière de gestion des barrages, de cartographie des zones inondables et de sécurité civile.
Les travaux publics consacrés à la protection du territoire contre les inondations traitent la rivière Saguenay comme un secteur nécessitant une caractérisation particulière, en raison de la combinaison de débits fluviaux régularisés, de marées et de conditions d'embâcles hivernaux.
Sur le plan environnemental, les sédiments du fjord conservent la trace des rejets industriels du XXe siècle, ce qui en fait un objet d'étude récurrent pour l'évaluation de la contamination historique. L'Organisme de bassin versant du Saguenay produit des portraits et des plans directeurs de l'eau pour son territoire.