Toponymie
Le nom de la rivière fait référence à l'outarde, appellation usuelle au Québec de la bernache du Canada, oiseau migrateur fréquentant les battures de l'estuaire du Saint-Laurent.
Le cours d'eau figure sur des documents cartographiques anciens. La Commission de toponymie du Québec relève notamment l'appellation « Rivière de Cane » ou « de Caen », attribuée au pilote et cosmographe Jean Alfonse en 1544. Elle signale également des graphies innues historiques associées à l'idée d'« outarde » ou de « perdrix d'eau », témoignant de la fréquentation ancienne de la vallée par les Innus.
Le nom de la rivière a été repris par plusieurs entités géographiques et administratives de son bassin et de son embouchure :
- la baie aux Outardes, où elle se jette dans le Saint-Laurent ;
- les municipalités de Chute-aux-Outardes et de Pointe-aux-Outardes ;
- le territoire non organisé de Rivière-aux-Outardes ;
- les centrales et réservoirs d'Hydro-Québec désignés par les numéros 2, 3 et 4 (par exemple le réservoir aux Outardes 2 et la centrale aux Outardes-2), dont les noms sont également consignés par la Commission de toponymie.
Géographie
Cours
La rivière aux Outardes prend sa source en terrain montagneux, à environ 20 km au sud des monts Otish, sur le plateau laurentien. Elle s'écoule globalement vers le sud à travers la région administrative de la Côte-Nord. Dans son cours supérieur, elle traverse plusieurs plans d'eau, dont le lac Plétipi et le lac des Îles Brûlées.
Dans son cours inférieur, elle traverse la MRC de Manicouagan et franchit les derniers dénivelés du Bouclier canadien avant d'atteindre la plaine côtière. Elle se jette dans l'estuaire du Saint-Laurent par la baie aux Outardes, à proximité des municipalités de Chute-aux-Outardes et de Pointe-aux-Outardes, non loin de Baie-Comeau. Son embouchure est voisine de celle de la rivière Manicouagan, les deux cours d'eau encadrant la péninsule de Manicouagan.
Affluents
Ses principaux affluents sont :
- la rivière Matonipi ;
- la rivière du Bois Long ;
- la rivière à l'Argent.
Milieu
Le bassin versant s'étend principalement sur des terres publiques couvertes de forêt boréale, parsemées de lacs et de tourbières caractéristiques du Bouclier canadien. La partie supérieure du bassin est comprise dans le territoire non organisé de Rivière-aux-Outardes, tandis que l'occupation permanente se concentre près de l'embouchure, sur la rive de l'estuaire.
Aménagement hydroélectrique
La rivière aux Outardes est l'un des deux cours d'eau du complexe hydroélectrique Manic-Outardes, aménagé par Hydro-Québec à partir de la fin des années 1950 avec la rivière Manicouagan voisine. Ce vaste chantier a contribué à faire de la Côte-Nord l'une des principales régions productrices d'hydroélectricité du Québec.
Le cours de la rivière est aménagé en paliers successifs, chacun comprenant un réservoir et une centrale :
| Installation | Caractéristique documentée |
|---|---|
| Réservoir aux Outardes 4 | Réservoir pluriannuel, selon Hydro-Québec |
| Centrale aux Outardes-4 | Centrale du palier amont |
| Centrale aux Outardes-3 | Centrale du palier intermédiaire |
| Centrale aux Outardes-2 | Mise en service en 1978 ; 523 MW |
Le caractère pluriannuel du réservoir aux Outardes 4 signifie que ses réserves peuvent être gérées sur plusieurs années, ce qui permet d'atténuer les variations d'hydraulicité d'une année à l'autre. Hydro-Québec publie des renseignements sur la gestion hydrique propre à la Côte-Nord, notamment en période de crue.
Centrale aux Outardes-2
Située sur le territoire de Pointe-aux-Outardes, la centrale aux Outardes-2 constitue le palier le plus en aval de la rivière. Mise en service en 1978, elle compte trois groupes turbine-alternateur totalisant une puissance installée de 523 MW. Son réservoir, le réservoir aux Outardes 2, est inscrit au répertoire de la Commission de toponymie du Québec. Hydro-Québec y a entrepris des travaux de réfection visant à prolonger la durée de vie des installations.
Occupation humaine
La vallée de la rivière aux Outardes fait partie du territoire traditionnel des Innus, dont la présence est attestée notamment par les graphies anciennes du nom de la rivière. Le cours d'eau a longtemps servi de voie de circulation vers l'intérieur des terres.
L'établissement permanent d'origine européenne s'est concentré près de l'embouchure, sur la côte de l'estuaire. Les municipalités de Pointe-aux-Outardes et de Chute-aux-Outardes, dans la MRC de Manicouagan, tirent leur nom de la rivière. Le développement de cette dernière est étroitement lié aux aménagements hydroélectriques réalisés à proximité.
Au XXe siècle, l'exploitation forestière et surtout la construction des centrales du complexe Manic-Outardes ont transformé l'économie régionale. Ces chantiers ont entraîné l'ouverture de routes d'accès vers l'intérieur et l'arrivée de nombreux travailleurs sur la Côte-Nord, dans le contexte de l'essor de Baie-Comeau et des environs.
En amont, le bassin demeure peu peuplé et relève majoritairement du territoire non organisé de Rivière-aux-Outardes. Il est fréquenté pour les activités forestières, la villégiature, la chasse et la pêche, ainsi que pour l'exploitation et l'entretien des installations d'Hydro-Québec.
Homonymie
Plusieurs cours d'eau du Québec portent le nom de rivière aux Outardes. Celle de la Côte-Nord, tributaire du Saint-Laurent, est la plus importante, mais elle ne doit pas être confondue avec :
- la rivière aux Outardes, affluent de la rivière Châteauguay, dans le sud-ouest du Québec ;
- la rivière aux Outardes, affluent du Saguenay.
Le nom désigne également le territoire non organisé de Rivière-aux-Outardes, dans la MRC de Manicouagan, qui couvre une partie du bassin versant de la rivière de la Côte-Nord. La fréquence de ce toponyme s'explique par l'abondance des outardes, ou bernaches, dans les milieux humides et le long des cours d'eau du Québec.

